Haïm Korsia revient sur sa tribune pour que l’assassin de Sarah Halimi soit jugé
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Haïm Korsia revient sur sa tribune pour que l’assassin de Sarah Halimi soit jugé

"Si une décision de justice n’est manifestement pas comprise, c’est qu’elle n’est pas prise au nom du peuple", a affirmé le grand rabbin de France

Le Grand Rabbin de France Haim Korsia prononce un discours lors d'un événement appelé "La nuit des survivants " à Paris, le 23 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Kamil Zihnioglu)
Le Grand Rabbin de France Haim Korsia prononce un discours lors d'un événement appelé "La nuit des survivants " à Paris, le 23 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Kamil Zihnioglu)

Le 25 décembre dernier, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a signé une tribune dans Le Figaro intitulée « Madame la Ministre, il faut que le meurtre de Sarah Halimi soit jugé ».

Il appelait à ce que le meurtrier de Sarah Halimi, une sexagénaire juive brutalement assassinée en 2017, déclaré pénalement irresponsable le 19 décembre, soit jugé. Pour ce, il avait décidé d’en appeler à la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet.

La semaine dernière, le journal Actualité juive revenait dans une interview avec le grand rabbin sur cette tribune.

Haïm Korsia y expliquait que, « devant l’incompréhension de la décision rendue par la Chambre de l’instruction, […] il fallait, à un moment donné, dire les choses. Si une décision de justice n’est manifestement pas comprise, c’est qu’elle n’est pas prise au nom du peuple. Il faut qu’il y ait un procès car seul un débat contradictoire peut amener une vérité qui est celle de la justice. »

« Avoir un procès, c’est pouvoir établir les faits, leur enchaînement, les manquements, les erreurs qui ont permis d’aboutir à la tragédie et apprendre aussi de tout cela, estime-t-il. C’est se battre pour la mémoire de Lucie Attal ainsi que pour la prise en compte de la souffrance de sa famille à qui l’on répond que si la personne était hors de son discernement, il n’y a alors plus rien à dire. »

« De plus, si je comprends que l’on pose la question de la responsabilité pénale des individus, je suis surpris de voir qu’à chaque fois qu’une personne juive est visée, on nous explique que l’agresseur n’avait pas toute sa tête. J’aimerais ainsi savoir pourquoi toutes ces personnes, lorsqu’elles deviennent folles, produisent de l’antisémitisme. »

Dans sa tribune au Figaro, le responsable religieux écrivait : « Concernant la décision tragique et ubuesque de ne pas juger l’assassin présumé de Lucie Attal-Halimi, sous prétexte de ‘bouffée délirante’ ponctuelle, il y a une grave rupture de confiance et je ne peux croire que ce choix soit le reflet de ce que pensent les Français. »

« La justice se doit de cautériser les plaies, à défaut de ne pouvoir les réparer, en constatant la culpabilité d’un suspect et en lui infligeant une peine à la hauteur de la gravité des actes commis », ajoutait-il.

« Comment ne pas s’indigner, non pas de la décision, qui est de la responsabilité des magistrats, mais que l’on empêche le procès ? », interrogeait-il. « Comment envisager que le suspect puisse échapper à la justice ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Priver la famille de Mme Attal et la société dans son ensemble, d’un procès. »

Le grand-rabbin, qui rappelait qu’il a été établi que le meurtrier avait consommé une forte dose de cannabis, ayant provoqué une « bouffée délirante aiguë » – ce qui serait la cause du meurtre – questionnait : « Pourquoi l’emprise de la drogue constituerait-elle ici une circonstance atténuante, voire excluante ? Ne serait-ce pas précisément l’inverse ? Comment expliquer qu’une bouffée délirante aiguë consécutive à une absorption volontaire et considérable de stupéfiants puisse exonérer quiconque de ses responsabilités ? Devrait-on en déduire que tout individu drogué serait doté d’un permis de tuer les Juifs ? »

« Si l’altération de la condition du suspect a exacerbé ses pulsions antisémites, cela signifie bien qu’elles étaient préexistantes ! », estimait-il.

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