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Analyse

Israël anticipe déjà le prochain conflit à Gaza

L’opération a été considérée comme un succès dès "les premières secondes", mais les combats ont duré plus longtemps que prévu, et la prochaine bataille n'est probablement pas loin

Emanuel Fabian

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le système de défense aérienne israélien Dôme de fer tirant des missiles-intercepteurs sur des roquettes lancées depuis la Bande de Gaza, sur Ashkelon, dans le sud d'Israël, le 13 mai 2023. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)
Le système de défense aérienne israélien Dôme de fer tirant des missiles-intercepteurs sur des roquettes lancées depuis la Bande de Gaza, sur Ashkelon, dans le sud d'Israël, le 13 mai 2023. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)

Les combats de cinq jours entre Israël et le groupe terroriste du  Jihad islamique palestinien dans la Bande de Gaza, baptisée Opération « Bouclier et Flèche », qui s’est achevée par un cessez-le-feu samedi soir, a été le premier conflit majeur sous les ordres du chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Herzi Halevi. Cette série de combats a été considérée comme un succès, mais elle a duré plus longtemps que nécessaire, la prochaine escalade potentielle étant déjà à portée de main.

Sur le plan strictement militaire, Israël est sorti clairement vainqueur de ce round. Six commandants du Jihad islamique palestinien ont été tués, dont trois lors des premières frappes, tôt mardi matin, et des centaines de sites appartenant au groupe terroriste ont été frappés. Tsahal a déclaré que le nombre de tirs de mortier sur les communautés de la frontière sud avait diminué de 50 % par rapport aux séries précédentes contre le Jihad islamique, grâce aux frappes sur les escadrons de lancement.

Les responsables israéliens ont déclaré que l’armée avait atteint tous ses objectifs, non pas pendant les combats, mais dès les premières frappes à Gaza, juste après 2h du matin mardi. Néanmoins, trois autres commandants de haut rang du groupe terroriste ont été tués dans les jours qui ont suivi, après d’importantes attaques à la roquette sur le sud et le centre d’Israël. Des responsables, dont Halevi, avaient menacé le Jihad islamique palestinien de poursuivre les assassinats ciblés si les tirs de roquettes ne cessaient pas.

Le cycle des batailles limitées de ces dernières années contre le Jihad islamique, le deuxième groupe terroriste de la Bande de Gaza, n’est pas sans faire penser à un disque rayé : à plusieurs reprises, Israël a tué des membres importants du groupe après des attaques contre le pays, ce qui a entraîné des tirs de roquettes pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’une trêve soit négociée par l’Égypte.

La première fois qu’Israël a combattu le Jihad islamique palestinien seul, sans que le Hamas, le groupe terroriste au pouvoir à Gaza, ne le rejoigne, c’était en 2019, à la suite de l’assassinat d’un commandant de haut rang : Baha Abu al-Ata était le chef du Jihad islamique dans le nord de Gaza, responsable d’une série d’attaques à la roquette contre Israël cette année-là.

En août 2022, Israël a mené une bataille similaire contre le Jihad islamique palestinien, après avoir lancé une nouvelle attaque surprise contre le groupe et tué Tayseer Jabari, le commandant du groupe terroriste dans le nord de la Bande de Gaza. (Jabari avait remplacé Hussam Abu Harbeed, tué par Israël lors d’une guerre en mai 2021 contre le Hamas et d’autres groupes terroristes. Abu Harbeed avait remplacé Abu al-Ata).

Une maison touchée par une frappe aérienne israélienne dans la ville de Gaza, le 13 mai 2023. (Crédit : Majdi Fathi/AFP)

L’opération de l’année dernière a eu lieu après que le Jihad islamique eut menacé de répondre à l’arrestation d’un membre important du groupe en Cisjordanie, Bassem Saadi. La bataille de cette année a commencé dans des circonstances similaires.

Un membre du Jihad islamique palestinien en Cisjordanie, Khader Adnan, longtemps accusé d’être le porte-parole du groupe terroriste, est mort en détention israélienne dans l’attente de son procès, après une grève de la faim de 86 jours. Peu de temps après la mort d’Adnan, le 2 mai, le Jihad islamique a lancé plus de 100 roquettes sur Israël, lors d’une brève flambée de violence.

Après une seule journée de combat, les deux parties ont accepté un cessez-le-feu sous la médiation de représentants de l’Égypte, du Qatar et des Nations unies.

Mais Israël avait d’autres plans.

Les premières frappes

Le jour même de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré de hauts responsables de l’armée et de la Défense pour approuver l’Opération « Bouclier et Flèche ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assistant à une réunion du cabinet de sécurité au quartier général de l’armée, à Tel Aviv, le 9 mai 2023. (Crédit : Avi Ohayan/GPO)

L’armée et l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet ont attendu plusieurs jours le moment optimal pour assassiner Khalil Bahitini, qui commandait le Jihad islamique palestinien dans le nord de Gaza (après avoir remplacé Jabari), Jihad Ghanem, un haut responsable du conseil armé du groupe, et Tareq Izz el-Din, accusé de diriger les activités terroristes du Jihad islamique en Cisjordanie à partir d’une base à Gaza.

Les frappes distinctes sur les trois chefs terroristes dans leurs résidences ont eu lieu en moins de 20 secondes tôt mardi matin. Tsahal s’est déclarée satisfaite des résultats de l’opération, bien qu’elle ait causé la mort de dix civils, dont les épouses et les enfants des chefs terroristes, ainsi que plusieurs de leurs voisins.

L’armée a anticipé les tirs de roquettes ou les attaques à la frontière immédiatement après l’attaque, en fermant plusieurs routes exposées aux missiles guidés antichars et en imposant des restrictions sur les rassemblements et les déplacements jusqu’à 40 kilomètres de la Bande de Gaza.

Les attaques redoutées n’ont commencé à se concrétiser qu’un jour plus tard.

Quelques heures après les frappes, mardi après-midi, l’armée a déclaré avoir pris pour cible deux membres du Jihad islamique palestinien qui s’apprêtaient à mener une attaque de missiles antichars à la frontière contre des cibles israéliennes.

Des soldats bloquant une route près de la frontière avec Gaza, dans le sud d’Israël, le 10 mai 2023. (Crédit : Flash90)

Un silence tendu a régné en Israël jusqu’à mercredi matin, plus de 30 heures après les premières frappes à Gaza, lorsque le Jihad islamique palestinien a lancé des salves de roquettes sur le sud d’Israël et une poignée de projectiles à longue portée sur Tel Aviv.

Mercredi soir, des informations sur un éventuel cessez-le-feu ont commencé à circuler pour la première fois. Israël a confirmé qu’il évaluait une proposition faite par les médiateurs égyptiens, mais les choses se sont rapidement effondrées après un nouveau bombardement des villes israéliennes, qui a causé d’importants dégâts matériels, cette nuit-là.

Le cessez-le-feu retardé

Les pourparlers de trêve ont de nouveau été interrompus après qu’Israël a mené des frappes de représailles dans la Bande de Gaza, notamment des attaques distinctes jeudi qui ont tué Ali Ghali, le chef des forces de roquettes du Jihad islamique palestinien, et Ahmad Abu Deka, son adjoint. En réponse, les terroristes ont lancé une salve de roquettes sur le centre et le sud d’Israël, perpétuant ainsi le cycle.

Lors de l’une des attaques de jeudi, une roquette s’est abattue sur un immeuble résidentiel de la ville centrale de Rehovot, tuant une Israélienne de 80 ans.

Vendredi après-midi, l’armée a frappé et tué un sixième membre important du Jihad islamique palestinien depuis le début de la dernière série d’hostilités. Iyad al-Hassani était responsable du Département des opérations du groupe. Il avait également remplacé le chef du  Jihad islamique dans le nord de Gaza, Bahitini, qui a été tué lors des premières frappes. Al-Hassani est le cinquième commandant du Jihad islamique palestinien dans le nord de Gaza à être tué par Israël en moins de quatre ans.

La police et les secouristes près d’un bâtiment touché par une roquette tirée depuis la Bande de Gaza, à Rehovot, le 11 mai 2023. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Les tirs de roquettes et de mortiers se sont poursuivis tout au long du week-end, bien que de manière sporadique, certains responsables de la Défense estimant que le Jihad islamique palestinien cherchait à faire durer le conflit aussi longtemps que possible. Une nouvelle offre de cessez-le-feu a été examinée par les deux parties, alors que des tirs de roquettes ont tué un Palestinien de la Bande de Gaza qui travaillait en Israël et ont grièvement blessé son frère.

Finalement, plus tard que prévu, une trêve négociée par l’Égypte a été conclue, comme lors de tous les récents affrontements. Et comme le veut la tradition, les tirs de roquettes se sont poursuivis même après le cessez-le-feu de 22h, entraînant de nouvelles frappes israéliennes.

Faits et chiffres

Tsahal a déclaré qu’au total, au cours des cinq jours, plus de 1 400 roquettes et mortiers ont été lancés sur Israël depuis la Bande de Gaza. Le système de défense aérienne Dôme de fer a intercepté quelque 430 projectiles qui se dirigeaient vers des zones habitées, avec un taux de réussite de 95 %. Le système antimissile à moyenne portée Fronde de David a également intercepté deux projectiles pendant les combats, lors de sa toute première utilisation opérationnelle réussie.

Le Jihad islamique palestinien disposerait de milliers de projectiles, mais la grande majorité d’entre eux seraient des roquettes ou des mortiers de faible qualité et de courte portée, selon les évaluations militaires. Le groupe terroriste possède quelques roquettes à longue portée, mais elles sont loin d’avoir la capacité du groupe terroriste palestinien du Hamas, qui a réussi à attaquer le centre d’Israël à plusieurs reprises au cours d’une guerre en mai 2021. Dans le même temps, les améliorations apportées aux missiles-intercepteurs Tamir du Dôme de fer ont permis d’augmenter le taux d’interception.

Des roquettes tirées depuis Gaza vers Israël, le 13 mai 2023. (Crédit : Mahmoud Hams/AFP)

Cependant, plusieurs roquettes ont réussi à échapper au système antimissile et à atterrir dans des zones peuplées, tuant une personne et causant des dégâts matériels aux habitations et aux infrastructures civiles. Le deuxième décès est survenu dans une zone ouverte, où le Dôme de Fer ne tente pas d’intercepter les projectiles entrants.

Toujours selon les données de Tsahal, quelque 290 roquettes lancées vers Israël sont retombées dans la Bande de Gaza. Dans plusieurs cas, les tirs ratés de roquettes ont tué des civils palestiniens. Selon les estimations de l’armée, au moins quatre Palestiniens non impliqués ont été tués dans ces attaques, dont certains étaient des enfants.

Au total, l’armée israélienne a déclaré avoir frappé plus de 400 cibles du Jihad islamique palestinien dans la Bande de Gaza, y compris des centres de commandement utilisés par le groupe terroriste et des dizaines de sites de lancement de roquettes.

Cette image diffusée par le Jihad islamique palestinien montre des commandants de haut rang tués au cours d’une bataille de cinq jours avec Israël entre le 9 et le 13 mai, de gauche à droite : Ahmed Abu Deka, Iyad al-Hassani, Jihad Ghanem, Khalil Bahitini, Tareq Izz el-Din et Ali Ghali. (Autorisation)

Les responsables israéliens ont déclaré que les assassinats ciblés de membres importants du Jihad islamique avaient paralysé sa chaîne de commandement, ce qui constitue une réussite dans le cadre de la série de combats. Mais cela n’a pas empêché la poursuite des tirs de roquettes juste après le cessez-le-feu, le groupe terroriste recevant des ordres de ses dirigeants à l’étranger, principalement au Liban, ont indiqué des responsables militaires.

Tsahal affirme avoir mieux réussi cette fois-ci à empêcher activement les tirs de roquettes sur Israël ou les attaques de missiles antichars à la frontière, en frappant huit escadrons qui étaient en route pour lancer une attaque ou qui venaient de tirer des roquettes. Les responsables militaires ont déclaré que ces efforts ont permis de réduire de 50 % les tirs de mortier sur le sud par rapport à la dernière série d’opérations avec le Jihad islamique palestinien, et qu’aucune attaque de missiles antichars n’a été menée à bien.

Des roquettes lancées depuis le sud de la Bande de Gaza en direction d’Israël, le 12 mai 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Le ministère de la Santé de la Bande de Gaza, dirigé par le Hamas, a déclaré que 33 personnes, dont six enfants, avaient été tuées au cours des combats, mais il n’a pas précisé combien d’entre elles étaient affiliées à des groupes terroristes. Au moins 18 des personnes tuées ont été revendiquées comme membres du Jihad islamique palestinien, du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et des Brigades des moudjahidines, un autre groupe terroriste plus petit.

Israël rejette généralement les critiques selon lesquelles il prend pour cible des civils, affirmant qu’il prend de nombreuses précautions pour éviter de telles pertes inutiles. Il a néanmoins admis la mort de 10 civils lors des premières frappes contre les dirigeants du Jihad islamique.

Elle affirme que le choix des cibles repose sur des renseignements très précis et qu’il est approuvé par des conseillers juridiques et d’autres experts. L’armée affirme également qu’elle a affiné ses missiles guidés, en délivrant de petites charges qui minimisent les dommages au-delà de la cible.

Israël fait également valoir que les victimes civiles sont inévitables dans l’environnement urbain densément peuplé de Gaza. Les terroristes tirent souvent des roquettes à partir de zones résidentielles très peuplées, attirant les représailles israéliennes, et Israël accuse les terroristes d’utiliser des civils, y compris leurs propres familles, comme boucliers humains.

Un bâtiment abritant l’appartement, au dernier étage d’un chef armé du Jihad islamique palestinien, détruit par une frappe aérienne israélienne à Khan Younis, le 11 mai 2023. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Israël a mené quatre guerres majeures et plusieurs séries de combats plus courts contre des groupes terroristes dans la Bande de Gaza. Certains cycles, dont le dernier, se sont limités au Jihad islamique palestinien, soutenu par l’Iran, les dirigeants du Hamas de Gaza étant restés à l’écart.

Le cessez-le-feu a débuté samedi à 22h et, malgré plusieurs tirs de roquettes dans l’heure qui a suivi, Israël a levé toutes les restrictions sur le front intérieur dimanche à midi, ouvrant les routes, les lignes ferroviaires et les postes-frontières fermés depuis cinq jours.

Le prochain round

Le calme va donc régner jusqu’à la prochaine « inévitable » série de combats, qui pourrait survenir plus tôt que prévu, une fois que le Jihad islamique palestinien aura remplacé ses dirigeants tués, reconstitué ses stocks de roquettes et se sera préparé à une nouvelle bataille.

Les responsables militaires israéliens ont mis en garde contre la Marche des drapeaux – un rassemblement controversé de nationalistes juifs – dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, jeudi, à l’occasion de Yom Yeroushalayim – la Journée de Jérusalem – qui pourrait déclencher une nouvelle série d’affrontements.

Aucun changement n’a été apporté à l’itinéraire, ce qui indique que les autorités israéliennes chargées de la Défense estiment que la journée se déroulera sans incident majeur. Mais les tensions étant déjà très fortes après la dernière série d’hostilités, Israël a déclenché un compte à rebours jusqu’au prochain conflit avec la Bande de Gaza, qu’il ait lieu ce jeudi ou à une date ultérieure.

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