Israël et ses récents alliés à Biden: Ne répétez pas l’erreur d’Obama sur l’Iran
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Opinion

Israël et ses récents alliés à Biden: Ne répétez pas l’erreur d’Obama sur l’Iran

Le président élu a déclaré qu'il "réintégrerait" l'accord nucléaire de 2015. Il a également souligné son "soutien indéfectible à la sécurité d'Israël". C'est une contradiction

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le vice-président américain Joseph Biden salue alors qu'il s'apprête avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à donner une conférence de presse à Jérusalem, le mardi 9 mars 2010. (AP Photo/Debbie Hill, Pool)
Le vice-président américain Joseph Biden salue alors qu'il s'apprête avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à donner une conférence de presse à Jérusalem, le mardi 9 mars 2010. (AP Photo/Debbie Hill, Pool)

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al Zayani, est arrivé à l’aéroport Ben Gurion en fin de matinée mercredi pour la toute première visite officielle d’un ministre de son pays en Israël. Il a passé la journée à Jérusalem pour rencontrer les dirigeants israéliens et participer à un sommet tripartite avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

De tels phénomènes auraient été impensables jusqu’à très récemment. Mais la visite d’Al Zayani a été jugée si banale – après qu’Israël a conclu des accords avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan au cours des trois derniers mois, et que tout le monde a commencé à envoyer des délégations pour finaliser, formaliser et développer les nouveaux liens – qu’aucune des trois principales chaînes de télévision israéliennes n’a jugé utile d’interrompre leur banale émission de fin de matinée pour retransmettre en direct son arrivée à l’aéroport.

Conclus sous l’administration Trump, les derniers accords d’Israël ne sont pas nés d’un nouvel engouement pour Sion à Abou Dhabi et Manama, mais plutôt, et surtout, de la prise de conscience croissante dans le Golfe que face au régime rapace de la République islamique, les ennemis de l’Iran feraient bien de se faire des amis.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, (à gauche), accueille le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif Al-Zayani en Israël, le 18 novembre 2020. (Miri Shimonovich/MFA)

Le président américain Donald Trump a déclaré il y a trois semaines que jusqu’à dix autres pays se préparaient à resserrer leurs liens avec Israël, cinq d’entre eux étant fermement sur la bonne voie et les autres également « en plein dans le mille ». Mais c’était avant l’élection présidentielle du 3 novembre.

La défaite annoncée avant l’heure de Trump face à Joe Biden, et l’intention explicitement déclarée de Biden de « réintégrer » l’accord nucléaire iranien de 2015 – négocié lorsqu’il était vice-président de Barack Obama, et dont Trump s’est retiré – a d’un seul coup rebattu les cartes de la région sur l’Iran. La question de savoir quels autres pays, et quand, pourraient maintenant décider de normaliser leurs relations avec Israël n’est qu’un aspect du recalibrage plus large déclenché immédiatement par la victoire annoncée de Biden.

Le Moyen-Orient ne fait pas le vide, et la défaite de Trump se répercute sur notre voisinage. Les Palestiniens ont soudainement décidé de reprendre la coopération sécuritaire avec Israël, et indiquent qu’ils veulent rétablir des liens avec les États-Unis, en présumant que la vision de paix de Trump qu’ils détestaient tant n’est plus d’actualité. En Israël, où Trump est jugé le moins susceptible d’autoriser l’annexion des implantations, puisque ce plan a été explicitement suspendu selon les termes de l’accord entre Israël et les Émirats arabes unis, Netanyahu subit des pressions de son propre camp de droite pour légaliser des dizaines d’avant-postes en Cisjordanie avant l’entrée en fonction de Biden.

Et sur l’Iran, les choses bougent d’heure en heure.

Le président américain Donald Trump arrive pour prendre la parole dans la roseraie de la Maison Blanche, le 13 novembre 2020, à Washington. (AP Photo/Evan Vucci)

Anticipant une approche plus empathique de Téhéran par un successeur dont il n’a pas encore concédé la victoire, Trump aurait envisagé de faire dans ses dernières semaines ce que le JCPOA de 2015 n’a manifestement pas fait – démanteler le programme d’armes nucléaires des ayatollahs – en frappant un ou plusieurs des sites d’enrichissement nucléaire du régime islamiste.

Le fait qu’il ait été dissuadé par ses collaborateurs inquiets, et que cela soit devenu public, a déjà enhardi Téhéran, dont le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif – l’interlocuteur rusé du secrétaire d’État américain John Kerry dans les négociations sur le JCPOA – a accepté mardi avec magnanimité de discuter de la manière dont les États-Unis pourraient revenir à l’accord de 2015, à condition qu’ils lèvent d’abord toutes leurs sanctions sur Téhéran. Ceci, alors même que l’Iran aggrave ses violations de l’accord en accélérant son enrichissement d’uranium.

Sur cette photo publiée le 4 novembre 2019 par l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi, directeur de l’organisation, s’entretient avec les médias lors de la visite de l’installation d’enrichissement de Natanz, dans le centre de l’Iran. (Organisation de l’énergie atomique d’Iran via AP)

Également manifestement préoccupé par le fait que Biden pourrait s’avérer être un tendre pour Téhéran, le ministre d’État aux Affaires étrangères de l’Arabie saoudite – le gros poisson parmi les 10 pays que Trump considère comme prêts à normaliser leurs relations avec Israël – prévient que son royaume pourrait vouloir se doter lui-même de la bombe si la campagne nucléaire iranienne ne déraille pas. Discutant de la menace iranienne, de la politique américaine, de l’avènement supposé de Biden et des propres préoccupations de Ryad, Adel al-Jubeir a déclaré succinctement à l’agence de presse allemande DPA : « Nous pensons que les Iraniens ne répondent qu’à la pression. »

Le Saoudien Adel al-Jubeir s’adresse aux médias lors d’une conférence de presse à Prague, en République tchèque, le 10 janvier 2020. (AP Photo/Petr David Josek)

Partageant pleinement cette affirmation, Israël a lancé tôt mercredi matin des frappes aériennes contre huit cibles en Syrie, dont plusieurs installations contrôlées par la Force Quds du Corps des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran, quelques heures après que Tsahal a annoncé avoir trouvé des engins explosifs, placés sur ordre de l’Iran, destinés à faire exploser des patrouilles de Tsahal en territoire contrôlé par Israël à la frontière syrienne.

L’Iran cherche sans relâche à renforcer son emprise militaire sur la Syrie ; Israël cherche sans relâche à la déjouer. Les frappes de mercredi matin, et le fait qu’Israël ait atypiquement reconnu immédiatement qu’il les avait menées, visaient clairement, entre autres choses, à clarifier qu’un changement de présidence américaine ne modifiera pas la détermination d’Israël à contrecarrer Téhéran partout et chaque fois que cela sera nécessaire.

Dans un écho du discours de Netanyahu au Congrès en mars 2015 implorant les législateurs de bloquer le « très mauvais » accord nucléaire d’Obama, l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis Ron Dermer a publiquement exhorté lundi Biden à ne pas réintégrer le JCPOA. « Venez vous asseoir avec vos alliés dans la région. Écoutez-nous », a plaidé M. Dermer. « Nous sommes en première ligne. Nous avons le plus à perdre. Venez nous parler. Essayez d’élaborer une position commune, ce qui me semble possible, non seulement pour les questions nucléaires mais aussi pour faire face à l’agression régionale de l’Iran ».

La visite d’Al Zayani du Bahreïn a dit à peu près la même chose, bien que de façon plus modérée. Citant des inquiétudes sur la « belligérance » de l’Iran, il a déclaré mercredi au site web d’Axios à Jérusalem : « Nous devons être consultés si les Etats-Unis poursuivent un tel accord avec l’Iran ». C’est ce que pensent tous les nouveaux partenaires régionaux d’Israël, et tous ces partenaires potentiels en attente.

Israël reste le poids lourd militaire de la région et n’a pas d’autre choix que de tenir tête à Téhéran. Après tout, le régime cherche ouvertement notre destruction et travaille implacablement pour obtenir les outils nécessaires à la réalisation de cette ambition. Mais la marge de manœuvre d’Israël, et celle des nations de même sensibilité au Moyen-Orient et au-delà, est immensément élargie si les États-Unis remplissent leur rôle de superpuissance, et préservent leurs propres intérêts, en se plaçant au premier rang de la bataille pour empêcher l’Iran d’obtenir la bombe.

Le président américain Barack Obama (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au Bureau ovale, à la Maison blanche, le 9 novembre 2015. (Crédit : AFP/Saul Loeb)

Il est impossible d’échapper au fait que l’administration Biden et le gouvernement Netanyahu vont être en désaccord et s’affronter sur la question palestinienne. Dans leur appel téléphonique tardif de mardi, quand Netanyahu a finalement réussi à reconnaître Biden comme le président désigné des États-Unis, Biden a pris soin de souligner son engagement envers l’avenir d’Israël en tant qu’“État juif et démocratique”. Cette formulation a été choisie avec soin, afin de souligner son soutien à la solution à deux États qui n’est plus fermement soutenue par Netanyahu.

Mais en ce qui concerne l’Iran, les deux dirigeants peuvent, devraient et doivent être étroitement alignés. Dans l’appel de mardi, M. Biden a également souligné son « soutien indéfectible à la sécurité d’Israël ». Cela requiert une politique lucide et étroitement coordonnée pour contrecarrer les ayatollahs, contrairement au processus de négociation de 2015, où Israël a été marginalisé par l’administration Obama. Cette fois, s’il vous plaît, il ne doit pas y avoir l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre nous.

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