Israël ne fait face à aucune menace existentielle, selon l’ex patron du Mossad
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Israël ne fait face à aucune menace existentielle, selon l’ex patron du Mossad

Tamir Pardo prévient qu’un monde rétréci présente de nouveaux défis ; cite la montée du Hezbollah, la révolution iranienne, et la perte d’influence de la Turquie et de l’Arabie saoudite

L'actuel chef du Mossad Tamir Pardo (Crédit : David Vaaknin / POOL / FLASH90)
L'actuel chef du Mossad Tamir Pardo (Crédit : David Vaaknin / POOL / FLASH90)

Israël ne fait plus face à aucune menace existentielle, a déclaré Tamir Pardo, le directeur sortant de l’agence de renseignements d’Israël, le Mossad, pendant un entretien publié samedi. Mais il a averti que la nature des défis que l’Etat juif doit affronter a spectaculairement changé ces dernières années.

« Chacun sait qu’Israël est un pays très fort. Nous ne sommes plus à un moment où Israël, en tant que nouvel état, devait faire face à des peurs existentielles », a déclaré Pardo au journal hébraïque Maariv.

« Le plus grand défi affronté par chaque directeur de l’organisation est de s’adapter à la réalité, a-t-il déclaré. C’est une réalité profondément différente de celle qui existait quand j’ai été enrôlé dans l’armée israélienne en 1971. A cette époque, nous affrontions des problèmes complètement différents, parce que les menaces étaient différentes. Le Hezbollah était une organisation complètement différente, l’Iran a totalement changé, et même la Turquie et l’Arabie saoudite ne sont plus ce qu’elles étaient. »

Pardo était un officier du Mossad qui a monté les échelons.

Initié à la politique, il a servi comme opérateur radio pour Yoni Netanyahu (le frère du Premier ministre) pendant l’opération de sauvetage à Entebbe en 1976.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) avec le directeur sortant du Mossad, Tamir Pardo (à droite) et le futur directeur Yossi Cohen, à Tel Aviv, le 6 janvier 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) avec le directeur sortant du Mossad, Tamir Pardo (à droite) et le futur directeur Yossi Cohen, à Tel Aviv, le 6 janvier 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Il s’est retiré au début du mois après cinq ans aux commandes, et a laissé les rênes à Yossi Cohen, le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Selon Pardo, l’une des plus grandes différences aujourd’hui est le rétrécissement du monde, et les changements que cela a apporté en termes de considérations sécuritaires.

« Nous devons prendre en compte l’impact d’évènements lointains. Nous vivons dans un seul fuseau horaire, et la distance ne veut rien dire, a-t-il déclaré. Le battement d’ailes d’un papillon dans une région du monde peut immédiatement entraîner un tsunami ici. »

« Ce n’est pas assez de contrôler notre environnement immédiat, et nous devons comprendre qu’il sera difficile de fournir des alertes pour chaque évènement, mais nous devons savoir quand les choses se produisent en temps réel, et nous devons connaître leurs implications pour les joueurs les plus éloignés du terrain. Le renseignement est différent. »

Pardo a rappelé le souvenir d’une réunion avec un officiel arabe qui déplorait ce qu’il voyait comme le refus d’Israël à s’intégrer dans le Moyen-Orient, ou à pleinement comprendre sa culture.

« Quand j’ai commencé à diriger le Mossad, j’ai rencontré un haut fonctionnaire de la périphérie arabe [Maariv suppose qu’il s’agisse de l’Arabie saoudite ou d’un autre pays du Golfe], qui m’a demandé si nous avions vraiment choisi de vivre au Moyen-Orient, parce qu’il pensait que ce n’était pas le cas », a-t-il déclaré.

« Quand je lui ai demandé pourquoi il avait ce sentiment, il m’a demandé : ‘Combien de juifs nés en Israël parlent arabe ? Combien connaissent la culture arabe ? Et même combien veulent seulement la connaître ? Comment voulez-vous me comprendre alors que vous vivez au Moyen-Orient et ne connaissez pas la langue parlée par des centaines de millions de personnes autour de vous ? Combien d’entre vous ont déjà ouvert le Coran ? Pas pour prier, mais pour tenter de comprendre ce qui y est écrit, pour comprendre la culture, comprendre que nous ne sommes pas tous identiques, et qu’il y a une différence entre les Egyptiens et les Jordaniens, les Palestiniens, les Saoudiens ou les Libanais. Vous ne connaissez rien. Vous ne savez rien. C’est plus facile pour vous d’aller au Canada. Vous vous sentirez culturellement plus à la maison qu’ici, mais enfin, que faites-vous ici ? Vous n’avez toujours pas choisi de faire partie du Moyen-Orient. »

Mitch Ginsburg a contribué à cet article.

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