La famille Tamimi conteste l’origine de la blessure à la tête de l’adolescent
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La famille Tamimi conteste l’origine de la blessure à la tête de l’adolescent

La famille a attaqué Yoav Mordechai après qu'il a déclaré que le jeune de 15 ans avait été blessé dans une chute de vélo, et non par une balle en caoutchouc tirée par Tsahal

Jacob Magid est le correspondant implantations du Times of Israël

Muhammad Tamimi parle de sa blessure à la tête le 5 janvier 2018. (Capture d'écran/YouTube)
Muhammad Tamimi parle de sa blessure à la tête le 5 janvier 2018. (Capture d'écran/YouTube)

Un haut responsable militaire israélien a accusé lundi une célèbre famille palestinienne de mener le monde en bateau, et a affirmé qu’un adolescent avait été blessé en tombant de vélo et non par une balle en caoutchouc tirée par les soldats israéliens, mais les dossiers médicaux publiés par la famille réfutent cette version des faits.

Le traumatisme crânien de Mohammed Tamimi est au centre d’une affaire qui a déclenché une série de critiques contre Israël, après qu’Ahed Tamimi, alors âgée de 16 ans, avait été arrêtée pour avoir giflé un soldat de Tsahal et traduite en justice.

Ahed a déclaré devant le tribunal qu’elle était en colère parce que son cousin avait été blessé par des soldats quelques heures plus tôt, mais lundi, le général de division Yoav Mordechai, coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), a contesté cette affirmation, après que Mohammed et huit autres personnes ont été arrêtés lundi matin, tôt dans la matinée, lors d’un raid de l’armée israélienne dans la ville de Nebi Saleh, en Cisjordanie.

Quelques heures après la libération de Mohammed, Mordechai a signalé sur Facebook que le jeune homme de 15 ans avait avoué aux enquêteurs qu’il s’était blessé à la tête en tombant de son vélo et en se cognant la tête sur le guidon.

Citant un article dans lequel le père de Mohammed, Fadel, décrivait comment son fils avait pris une balle de caoutchouc dans la tête alors qu’il assistait à des affrontements avec des soldats de Tsahal en décembre, Mordechai a fustigé la famille Tamimi en les qualifiant de comédiens professionnels.

« La culture du mensonge se perpétue parmi les jeunes et les vieux de la famille Tamimi », a écrit le chef de la COGAT dans des posts en hébreu et en arabe.

La première page du dossier médical de la consultation de Muhammad Tamimi le 15 décembre 2017. (Courtoisie de la famille)

Mais le dossier médical de la consultation du garçon à l’hôpital Istishari de Ramallah, produit par la famille Tamimi, contredit la déclaration de Mordechai.

« Le patient susmentionné s’est présenté à notre hôpital le 15/12/2017 immédiatement après une blessure par balle (traumatisme crânien) infligée par des soldats israéliens (entrée de la zone maxillaire gauche, pas de blessure à la sortie) indique le document.

La famille Tamimi s’en prend à Mordechai et à d’autres qui prétendent que les Tamimis ne font que jouer des rôles pour faire passer Israël pour un mauvais élève.

« Ce qui a commencé par une tentative farfelue de prétendre que nous ne sommes pas une vraie famille, est devenu maintenant le déni de la réalité », peut-on lire dans la déclaration.

Bassem Tamimi (C) le père de la jeune Palestinienne de seize ans, Ahed Tamimi (hors champ), célèbre militante contre ‘l’occupation’ israélienne, fait signe à sa fille lors d’une audience devant le tribunal militaire israélien à la prison militaire d’Ofer, dans le village de Betunia en Cisjordanie, le 15 janvier 2018. (Thomas Coex/AFP)

La famille, et particulièrement Ahed, est bien connue pour ses fréquentes apparitions dans les médias, ce qui lui vaut une réputation de « provocateur » en Israël.

Une enquête menée en 2015 par un sous-comité de la Knesset dirigé par le vice-ministre Michael Oren (Koulanou) a enquêté pour savoir si la famille Tamimi était « réelle » ou composée d’acteurs rémunérés.

Après de vives réactions, M. Oren a reconnu le mois dernier que les résultats de l’enquête « n’étaient pas concluants et qu’il restait un point d’interrogation important sur la question ».

Lundi, la famille Tamimi s’est attaquée à Mordechai et au gouvernement israélien, disant qu’il n’y a « aucune limite à la volonté d’Israël de discréditer la lutte juste des Tamimi contre le colonialisme israélien ».

Ahed Tamimi, aujourd’hui âgée de 17 ans, a fait la une des journaux en décembre après avoir été filmée en train d’harceler deux soldats qui se tenaient dans le jardin à l’extérieur de sa maison et qui a fini par gifler l’un d’entre eux au visage.

Depuis, elle est devenue une célébrité pour les militants pro-palestiniens et des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs endroits pour réclamer sa libération. De nombreux Palestiniens la considèrent comme une courageuse opposante au contrôle militaire sur la Cisjordanie, tandis que les Israéliens accusent sa famille de l’utiliser comme un pion dans des provocations mises en scène.

Dans sa version de l’incident, communiquée devant le tribunal lors d’une audience en décembre, elle a déclaré que les mêmes soldats qui avaient participé à la vidéo avaient tiré une balle en caoutchouc sur son cousin dans la tête une heure avant la rencontre filmée.

« Puis j’ai vu les mêmes soldats qui ont blessé mon cousin, cette fois devant ma maison. Je ne pouvais pas me taire et j’ai réagi comme je l’ai fait », a déclaré Tamimi.

La Palestinienne Ahed Tamimi arrive au tribunal militaire israélien à la prison militaire d’Ofer, dans le village de Betunia, en Cisjordanie, le 13 février 2018. (Crédit : THOMAS COEX / AFP)

La blessure de Mohammed a nécessité que les médecins le mettent dans le coma et lui enlèvent une partie du crâne.

Son père a dit à la chaîne palestinienne Wattan lundi qu’il avait essayé de négocier avec les soldats venus l’arrêter et d’autres pour revenir la semaine prochaine quand Mohammed aura subi une seconde intervention chirurgicale pour soigner son crâne.

Une porte-parole de l’armée a déclaré au Times of Israel que « le jeune homme de 15 ans a été examiné par un médecin de l’armée israélienne et a été considéré apte pour la détention ».

Il a été interrogé par la police israélienne pour sa participation à une « émeute violente » et relâché quelques heures plus tard, a déclaré la porte-parole.

Mardi matin, la famille de Mohammed a également publié des photos de sa radiographie ainsi que de la balle ensanglantée après avoir été retirée de son crâne.

Ils ont expliqué qu’après une pression considérable de la police, le jeune homme de 15 ans a dit aux enquêteurs qu’il était tombé de sa bicyclette parce qu’il pensait qu’en s’en tenant à son histoire originale, il aurait d’autres ennuis.

« Israël a arrêté au milieu de la nuit un jeune garçon de 15 ans blessé et traumatisé et l’a fait mentir en le menaçant d’être envoyé en prison dans son état », a déclaré le communiqué.

La famille a également souligné que le mineur était interrogé seul, sans la présence d’un parent ou d’un avocat.

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