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La saison de ski annulée révèle les difficultés économiques causées par la guerre dans le nord d’Israël

400 000 personnes étaient venues sur le mont Hermon, le seul endroit où il y a régulièrement de la neige, pendant l'hiver 2022-2023 ; sous la menace des tirs du Hezbollah, cette année, ce chiffre a plongé à zéro

Le directeur-général de Hermon, Refael Nave, a été dans la réserve militaire depuis le début de la guerre, le 7 octobre. Il est aussi membre de l'équipe de sécurité de sa ville de Neve Ativ, au pied du mont Hermon, photographiée ici le 4 avril 2024. (Crédit : Uriel Heilman/ JTA)
Le directeur-général de Hermon, Refael Nave, a été dans la réserve militaire depuis le début de la guerre, le 7 octobre. Il est aussi membre de l'équipe de sécurité de sa ville de Neve Ativ, au pied du mont Hermon, photographiée ici le 4 avril 2024. (Crédit : Uriel Heilman/ JTA)

JTA — Au cours des quatre dernières saisons hivernales, le directeur-général de la station de ski du mont Hermon, Refael Nave, a passé pratiquement chaque journée dans les hauteurs de cette montagne dont le sommet chevauche les frontières séparant Israël de la Syrie, d’une part, et du Liban, d’autre part.

Seul endroit, en Israël, à connaître un enneigement régulier, la petite station, unique en son genre dans le pays, a attiré 400 000 visiteurs pendant les hivers 2022 et 2023. Certains sont venus skier, mais pas seulement ; la majorité a fait le déplacement pour profiter de la neige, pour prendre la télécabine qui monte jusqu’à un poste d’observation ouvrant sur un panorama magnifique à presque 2 300 mètres d’altitude, ou pour faire de la luge.

Par ailleurs, les administrateurs du site ont récemment investi lourdement en vue de la saison d’été, espérant attirer ainsi un plus grand nombre encore de touristes.

Pourtant, cet hiver, pas un seul visiteur payant n’a pu venir sur cette montagne située dans le nord du plateau du Golan. Le mont Hermon a été fermé sur ordre de l’armée le 7 octobre, une journée funeste où les terroristes du Hamas ont envahi le sud d’Israël, tuant près de 1 200 personnes et kidnappant 253 personnes, qui ont été prises en otage dans la bande de Gaza. Un assaut qui a entraîné une guerre qui s’est rapidement propagée au nord de l’État juif et à ce jour, le mont n’a toujours pas été rouvert au public.

Nave a passé une grande partie de l’hiver à faire des allées et venues entre le mont Hermon et son domicile de Neve Ativ, ce village à l’architecture alpine qui est la localité juive la plus haute en altitude de tout le territoire israélien. Même s’il a fait ces déplacements, cette année, avec son arme automatique et en habit militaire, en tant que soldat réserviste et en tant que membre de l’équipe de sécurité de Neve Ativ.

Le mont Hermon, qui est aussi zone militaire – avec des soldats qui sont déployés aux télésièges même en temps normal – a été fréquemment frappé par le Hezbollah au cours des six derniers mois, et notamment pendant l’attaque en direction d’Israël qui a été lancée par l’Iran, la semaine dernière. Nave est dans la montagne presque chaque jour, supervisant les travaux de maintenance et se coordonnant avec l’armée.

« Les avant-postes du mont Hermon ont été pris pour cible en permanence », explique Nave, son fusil automatique passé en bandoulière sur son épaule, au cours d’un entretien qui se déroule à Neve Ativ. « Nous avons eu des hivers avec une journée de fermeture ici et là, mais nous n’avions jamais connu quelque chose comme ça ».

C’est la première fois que la station, qui avait ouvert au cours de l’hiver 1968-1969, reste fermée pendant une saison toute entière. Le périmètre avait été capturé par Israël au cours de la guerre des Six jours, en 1967 – la zone était jusqu’alors entre les mains de la Syrie. En conséquence de cette fermeture, c’est toute une économie en lien avec la montagne qui souffre, affectant non seulement les 300 employés du mont Hermon qui ont été mis au chômage mais aussi les hôtels, les restaurants, les magasins de sport, les vendeurs de rue et tous les autres commerces dont la survie dépend de l’afflux des touristes.

De la fumée s’élève suite à des roquettes tirées depuis le Liban, qui ont été interceptées par le système anti-missile du Dôme de fer, près du mont Hermon, le 10 mars 2024. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

« Nous essuyons des pertes de 100% par rapport à une année habituelle », s’exclame Talia Welli, la propriétaire d’un magasin de sports situé dans la ville druze voisine de Masade. Sa boutique vend des luges, des manteaux fourrés, des gants ou des casques de ski en plus de vélos autres équipements sportifs qui servent toute l’année.

« Habituellement, pendant la saison hivernale, il y a une circulation non-stop ici, du matin au soir », note un employé de Welli qui se présente sous le nom de Hamed. « Il y a la queue devant les restaurants. Le marché en plein air du vendredi, qui vend aux touristes toutes sortes de produits qui vont des parfums aux légumes, devrait être plein à craquer. Et cette année, il n’y a rien eu. Même la neige n’a pas fait son apparition ».

Au lieu de guetter l’arrivée de la neige, aujourd’hui, les résidents de Masade scrutent le ciel dans l’attente d’attaques à la roquette ou au drone. Les autorités ont installé, dans certaines rues, des abris en béton pour protéger les habitants de la ville qui n’ont généralement pas de pièce blindée dans leurs habitations – toutefois, pendant les frappes, la majorité des passants restent à l’extérieur, observant ce qui se passe, selon Hamed.

Ce magasin de ski et de snowboard de Majdal Shams est resté fermé pendant tout l’hiver 2024 en raison de la fermeture de la station de ski du mont Hermon pour cause de guerre. Une photo prise le 4 avril 2024. (Crédit :Uriel Heilman/ JTA)

« Les gens sortent dehors pour voir ce qui va tomber », raconte-t-il. « Il y a un mois, nous avons vu un drone se faire abattre ».

Dans la nuit du 13 avril, lorsque l’Iran a envoyé plus de 500 missiles balistiques, drones et missiles de croisière en direction d’Israël, les sirènes d’alerte de Masade ont résonné à quatre reprises en l’espace de dix minutes, vers 2 heures du matin. Et le mercredi suivant, ce sont 18 personnes qui ont été blessées dans une ville arabe du nord d’Israël, située à environ cent kilomètres, quand une roquette qui avait été lancée depuis le Liban par le Hezbollah est retombée sur un centre communautaire. L’un d’eux, Dor Zimel, a succombé à ses blessures le 21 avril.

Plus proche du mont Hermon, la ville de Majdal Shams sert de capitale pour les Druzes du Golan. Selon les préceptes de leur religion, les Druzes prêtent allégeance à leur pays natal – et parce que le Golan avait été capturé à la Syrie pendant la guerre de 1967, les Druzes locaux restent ostensiblement loyaux à cette dernière (les Druzes qui vivent ailleurs sur le territoire israélien ont juré de rester fidèles à Israël et un grand nombre d’entre eux font leur service militaire).

Mais au fil des décennies, et en particulier depuis que le régime d’Assad n’a pas hésité à tuer ses propres citoyens dans le cadre de la guerre civile qui a déchiré le pays, multipliant les actes barbares, ce principe de loyauté à l’égard de Damas semble avoir chancelé. Un grand nombre de Druzes du Golan, notamment du côté de la jeune génération, ont pris la citoyenneté israélienne.

Shahbaa Abu Kheir dirige le View Hotel à Majdal Shams, un établissement ouvert depuis deux ans qui surplombe de petits champs agricoles, des vergers de cerisiers et la frontière avec la Syrie. A l’hiver dernier, les 13 chambres de l’hôtel étaient réservées presque tous les soirs – des chambres coûtant jusqu’à 350 dollars par nuit, petit déjeuner compris.

Puis le 7 octobre est arrivé.

« Tout était déjà réservé et tout le monde a annulé dans le cadre de la mobilisation pour le devoir de réserve, ce jour-là », se souvient Abu Kheir. Et depuis, les clients sont rares.

« Les gens ont peur de venir ici parce que c’est un secteur frontalier », explique-t-elle. « Nous n’entendons les sirènes qu’environ une fois par semaine mais il y a des tirs d’artillerie fréquents de l’armée israélienne en direction du Liban ».

Shahbaa Abu Kheir, gérante du View Hotel à Majdal Shams, le 4 avril 2024. (Crédit : Uriel Heilman/ JTA)

Au moment même où elle s’exprime, une famille druze de dix personnes, originaire de Daliyat al-Carmel, au sud de Haïfa, se présente à l’accueil. Ils sont les seuls clients à avoir réservé ce soir-là.

« Nous n’avons plus que des Druzes qui viennent en ce moment », déplore Abu Kheir. « Nous n’avons aucun moyen d’avancer. C’est horrible ».

Le gouvernement fournit des indemnisations à certaines entreprises et résidents en souffrance. Toutefois, l’éligibilité à ces aides et leur montant dépendent d’un certain nombre de facteurs, notamment du type de l’entreprise et de sa localisation. Les compensations financières sont, de surcroît, souvent minimalistes, non-existantes ou elles tardent à arriver.

Par exemple, le gouvernement a attendu le début du mois d’avril pour annoncer qu’il allait élargir son programme d’indemnisation en direction des entreprises pour les mois de janvier et de février. Les exigences en matière d’éligibilité ont été assouplies pour les firmes du secteur du tourisme et de l’agriculture par rapport aux autres. Les entreprises du Golan ne peuvent toutefois pas prétendre aux forts niveaux d’indemnisation que sont en droit de réclamer les firmes installées dans les zones dont les habitants ont été évacués, en Haute-Galilée.

Parmi les autres critères déterminants d’éligibilité à l’assistance gouvernementale en matière de localisation, la nature des restrictions imposées par le Commandement intérieur dans les zones concernées, la quantité d’activités militaires, les fermetures de route, la présence des forces d’artillerie, etc…

Au mont Hermon, l’aide gouvernementale apportée aux employés au chômage ne constitue qu’une petite fraction de leur salaire habituel, selon Nave.

L’entrée du mont Hermon est fermée sauf à la circulation des militaires, une photographie prise le 4 avril 2024. (Crédit : (Uriel Heilman/ JTA)

« C’est un tout petit montant. Il n’est absolument pas suffisant pour vivre », explique Nave. « Je viens de recevoir mon argent pour le mois de novembre et pour le mois de décembre et il couvre à peine mes impôts fonciers ».

Nave est en droit de recevoir le solde de son indemnité habituelle parce qu’il est soldat réserviste en service actif. Ce qui n’est pas le cas de la grande majorité de ceux qui travaillent sur le mont Hermon, qui sont des Druzes pour la plupart.

Et pour eux, comme pour tous les habitants du nord du pays, l’avenir économique est incertain. Il est difficile de dire combien de temps la guerre et ses répercussions continueront à se faire ressentir et les critères d’indemnisation du gouvernement changent constamment.

Sania Abu Saleh est propriétaire d’un restaurant druze à Majdal Shams, un restaurant installé à l’un des derniers virages de la route venteuse qui mène au mont Hermon, à côté d’un petit magasin de location d’équipements de ski qui est resté fermé pendant tout l’hiver.

« Normalement, tout le monde s’arrête ici pour acheter de la pita druzite. Les clients dégustent du maïs chaud. Ils sirotent un thé et achètent de la sachlav » — une boisson onctueuse, épaisse, qui est préparée à base d’amidon de maïs, de sucre et d’épices. « Aujourd’hui, je n’ai plus rien. Les soldats s’arrêtent de temps en temps mais ils ne sont pas nombreux », dit-elle.

Les portes ouvrant sur la voie d’accès au mont Hermon sont situées un peu plus loin, en continuant la route. La circulation des militaires est constante.

Des soldats israéliens patrouillent dans la neige du mont Hermon, près de la frontière avec le Liban, dans le nord d’Israël, le 20 novembre 2023. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

Le mont Hermon n’utilise pas de canons à neige et y faire du ski dépend donc intégralement de l’enneigement naturel. L’hiver dernier, la station avait pu ouvrir ses pistes pendant 27 jours au cours de la saison. Et cet hiver, les télésièges n’ont finalement servi qu’aux soldats appartenant à l’unité alpine de Tsahal lors de leurs entraînements. Lorsqu’une tempête de neige a déferlé sur la montagne, les membres de l’unité sont sortis dans le blizzard au cours d’un exercice où ils ont dû rejoindre leurs avant-postes dans des conditions extrêmes.

Début avril, la seule neige qui restait encore se trouvait en haute altitude et plutôt sur le territoire syrien – malgré tout, le sommet encore recouvert de blanc était visible de pratiquement tout le secteur du Golan et d’une grande partie de la Galilée. A cause de la nature du terrain, il n’y a pas de clôture frontalière séparant clairement Israël du Liban et de la Syrie.

Lors d’un salon consacré au ski à laquelle le directeur de la station du mont Hermon avait été invité, il y a deux ans, une firme fabriquant des canons à neige l’avait invité à dîner en compagnie de certains responsables libanais de l’industrie. Les Libanais avaient été décontenancés par la présence d’un Israélien à leur table, se souvient Nave, mais la discussion était devenue plus chaleureuse au fur et à mesure du dîner.

A LIRE : Des Libanais réfugiés en Israël face au spectre d’une autre guerre avec le Hezbollah

Après un long repas, dit Nave, les Libanais avaient reconnu qu’il leur avait été enseigné, depuis leur naissance, que les Juifs étaient l’incarnation du Mal, qu’il fallait les haïr, mais que vivre ce dîner leur avait permis de réfléchir. Ils avaient terminé la soirée en imaginant une paix qui, un jour, pourrait permettre peut-être de créer un seul et unique forfait de ski qui relierait, pour le plus grand plaisir ses amateurs de glisse, les pistes libanaises, israéliennes et syriennes.

Mais Nave se dit pessimiste pour le moment. Pendant l’attaque lancée par l’Iran, Israël a été la cible de tirs en provenance du Liban et de la Syrie.

« Nous voulons la paix mais la réalité, c’est que nous avons des voisins qui ne veulent pas de nous », explique-t-il. « Cela fait des années qu’ils s’entraînent dans cet objectif – conquérir toute la Galilée. »

Nave nourrit encore de fortes ambitions pour le mont Hermon – et notamment l’ouverture d’un hôtel au pied des pistes qui permettrait aux touristes de rester à la station, pendant la nuit. Pour le moment, toutefois, il consacre tous ses efforts à un objectif plus trivial : la réouverture de sa station. Une réouverture qui ne devrait pas avoir lieu à court-terme.

« Dans mes discussions avec le commandement militaire, on m’a dit : ‘On en reparlera après l’été’. Mais comment continuer comme ça ? », s’interroge Nave.

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