L’annexion en Cisjordanie ne serait pas conditionnée à un État palestinien
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L’annexion en Cisjordanie ne serait pas conditionnée à un État palestinien

Rejetant les affirmations contraires, des responsables américains affirment que l'annexion peut se poursuivre en l'absence d'un État palestinien si Ramallah refuse de négocier

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (G) et l'ambassadeur américain en Israël David Friedman (2e G) dans l'implantation d'Ariel, au nord de la Cisjordanie, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (G) et l'ambassadeur américain en Israël David Friedman (2e G) dans l'implantation d'Ariel, au nord de la Cisjordanie, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

Alors que des informations ont laissé entendre que la Maison Blanche conditionnait son soutien à l’annexion par Israël de certaines parties de la Cisjordanie à la création d’un État palestinien, des responsables américains ont déclaré vendredi que ce n’était absolument pas le cas.

Au contraire, l’administration continue à soutenir les projets d’Israël visant à appliquer la souveraineté sur toutes les implantations et la vallée du Jourdain, tant que cela se fait dans le cadre du plan de paix que le président Donald Trump a présenté le 28 janvier, ont-ils ajouté.

« Notre position n’a pas changé », a affirmé vendredi un porte-parole de l’ambassade américaine à Jérusalem au Times of Israël. « Comme nous l’avons toujours dit avec clarté, nous sommes prêts à reconnaître les actions israéliennes visant à étendre la souveraineté israélienne et l’application de la loi israélienne aux zones de Cisjordanie que le plan de paix Trump prévoit comme faisant partie de l’État d’Israël. »

En échange de cette reconnaissance américaine, le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu a accepté de geler toute activité de peuplement dans les implantations pour les quatre prochaines années dans les zones que le plan envisage pour un futur État palestinien, « et de négocier avec les Palestiniens en toute bonne foi sur la base du plan », a ajouté le porte-parole.

« Cela donnera aux Palestiniens l’occasion de s’asseoir à la table des négociations et de parvenir à un accord de paix qui aboutira à la création de leur propre État. Les États-Unis sont prêts et disposés à offrir une assistance de grande envergure pour faciliter un accord de paix final. »

Jeudi, le site d’information américain Axios a publié un article intitulé « Les annexions de la Cisjordanie doivent se faire dans le contexte de l’État palestinien, dit la Maison Blanche à Israël ».

L’article cite des responsables américains qui affirment que toute annexion israélienne doit se faire « dans le cadre d’une offre faite aux Palestiniens d’obtenir leur propre État sur la base de termes et de conditions spécifiques, de dimensions territoriales et d’un soutien économique généreux ».

Un reportage similaire, réalisé par le même journaliste, a été diffusé jeudi soir sur la Treizième chaîne d’information israélienne.

Un porte-parole du Département d’État américain avait tenu exactement les mêmes propos au Times of Israël lundi.

En réalité, la position de l’administration n’a pas changé, a assuré un haut fonctionnaire américain au Times of Israël vendredi.

« Il n’y a pas de scoop. Nous disons la même chose depuis le premier jour », a-t-il déclaré.

Le président américain Donald Trump (à droite) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu participent à une conférence commune dans l’East Room de la Maison Blanche, le 28 janvier 2020, à Washington DC. (Sarah Silbiger/Getty Images/AFP)

Les États-Unis reconnaîtront l’application israélienne de la souveraineté israélienne sur certaines parties de la Cisjordanie lorsque le comité de cartographie conjoint israélo-américain aura terminé son travail, lorsque le gouvernement israélien mettra en œuvre le gel des quatre zones réservées à un futur État palestinien et lorsque le gouvernement acceptera officiellement de négocier un accord de paix avec les Palestiniens sur le statut final basé sur les termes de l’accord de paix de Trump, a affirmé le responsable.

Si les Palestiniens continuent à refuser de s’engager avec les États-Unis et Israël sur ce plan, l’annexion peut se faire en l’absence d’un État palestinien, a-t-il ajouté.

Netanyahu a déclaré à plusieurs reprises qu’il considère ce qui a été décrit comme l’accord du siècle comme une occasion en or qu’Israël ne doit pas manquer, et qu’il est prêt à remplir les critères susmentionnés avant de poursuivre l’annexion.

« Il y a trois mois, le plan de paix Trump a reconnu les droits d’Israël dans toute la Judée et la Samarie », a clamé Netanyahu dimanche, en faisant référence à la Cisjordanie par son nom biblique. « Et le président Trump s’est engagé à reconnaître la souveraineté d’Israël sur les communautés juives là-bas et dans la vallée du Jourdain. »

Il a ajouté : « Dans quelques mois, je suis convaincu que cette promesse sera honorée. »

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 20 avril 2020. (Crédit : autorisation)

Selon la formulation de l’accord de « gouvernement d’urgence » conclu entre le parti du Likud et Kakhol lavan de Benny Gantz, dès le 1er juillet 2020, Netanyahu « sera en mesure de présenter l’accord conclu avec les États-Unis sur l’application de la souveraineté en Cisjordanie à l’approbation du cabinet ou devant la Knesset ».

De surcroît, « la loi sera adoptée dans les meilleurs délais… Et elle ne sera ni remise en cause, ni reportée par les présidents de la Commission de la Knesset, des Affaires étrangères et de la Défense ».

La convention conclue entre Netanyahu et Gantz stipule que toute action israélienne devra nécessairement être appuyée par les États-Unis et qu’elle devra prendre en compte les traités de paix signés avec la Jordanie et l’Égypte voisines – les deux seuls États arabes à avoir signé des traités de paix officiels avec l’État juif et à entretenir avec lui des relations diplomatiques.

Alors que l’accord Trump appelle formellement à la création d’un État palestinien à souveraineté limitée dans quatre ans, il est conditionné par une longue liste de demandes et d’exigences qu’aucun dirigeant palestinien n’est susceptible d’accepter.

Pourtant, certains membres du Likud de Netanyahu, ainsi que ses partenaires actuels et potentiellement futurs membres de la coalition de la liste Yamina favorable aux implantations, sont fermement opposés à l’idée même d’un État  palestinien dans n’importe quelle partie de la Cisjordanie. L’insistance de l’administration américaine à subordonner le feu vert à l’annexion à un engagement (même théorique) en faveur de cette création pourrait donc compliquer les négociations de la coalition.

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