L’antisémitisme européen pourrait restreindre la vie et la liberté des Juifs
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L’antisémitisme européen pourrait restreindre la vie et la liberté des Juifs

Le nombre d'attaques violentes à caractère antisémite à travers le monde diminue mais le harcèlement augmente considérablement, selon l'enquête annuelle de l'Université de Tel Aviv

Photo illustrative d'un graffiti antisémite (Crédit : Autorisation de Michaela Brown)
Photo illustrative d'un graffiti antisémite (Crédit : Autorisation de Michaela Brown)

Les Juifs européens se sentent de plus en plus menacés par l’antisémitisme et, dans certains endroits, déménagent même – que ce soit dans un autre quartier, une autre ville ou à l’étranger –, selon le dernier rapport annuel sur l’antisémitisme dans le monde publié mercredi par le Centre Kantor pour l’étude de la communauté juive européenne contemporaine de l’Université de Tel Aviv.

Les incidents violents ciblant les Juifs à travers le monde ont diminué de 9 % entre 2016 et 2017, passant de 361 à 327, mais sont visiblement devenus plus brutaux, selon le rapport. (Le chiffre n’inclut pas celui de la communauté juive française, qui est toujours en train d’être examiné.) Dans le même temps, cette diminution de la violence s’est accompagnée d’une augmentation spectaculaire du harcèlement, en particulier dans les écoles et sur les réseaux sociaux.

« Une certaine corrosion de la vie communautaire juive a été remarquée, et les Juifs soupçonnent que l’antisémitisme soit entré dans une nouvelle phase : les expressions de l’antisémitisme traditionnel classique sont de retour, et par exemple, le terme ‘Juif’ est devenu une insulte », a avancé le rapport.

Les chercheurs s’inquiètent du fait que « une fois qu’il y a des Juifs qui ne participent plus aux rassemblements traditionnels juifs ou qui n’osent plus apparaître dans la sphère publique identifiés comme Juifs, la liberté de vivre une vie communautaire et individuelle juive est compromise ».

Il y a un écart important entre les dix premiers mois de 2017, qui ont connu des niveaux relativement constants et non inhabituels d’antisémitisme, et les deux derniers mois, en particulier après la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël le 6 décembre, qui a « souvent été utilisée comme prétexte pour des manifestations violentes accompagnées d’attaques contre des Juifs, de slogans antisémites comprenant des appels au meurtre et de la mise à feu du drapeau israélien ».

Tout au long du discours de Dan Meridor au King’s College de Londres le 13 février 2018, des manifestants anti-israéliens ont crié afin de tenter de perturber le bon déroulement de l’évènement (publié avec la permission du Centre Pinsker)

« Ces incidents ne proviennent pas forcément des cercles et des pays musulmans et arabes, mais proviennent plutôt de divers groupes et cercles de tout le spectre politique, y compris de groupes de gauche », indique le rapport.

Les incidents violents sont en baisse « pour les mêmes raisons que nous avons notées en 2016 », indique le rapport : « une meilleure sécurité, plus de mesures de protection, des allocations gouvernementales et une diminution du nombre de Juifs avec des signes ostentatoires dans la rue. »

Mais ces mesures ont leurs propres coûts. Le déclin de la violence « n’est pas perçu dans les communautés juives comme un développement suffisant en soi : la présence de mesures de sécurité deviennent une nécessité et cette violence reste éclipsée par de nombreuses expressions verbales et visuelles, parfois à la frontière de la violence, comme des menaces directes, du harcèlement, des insultes, des appels à attaquer les Juifs et même à les tuer en masse.

Cela se déroule dans des lieux de travail, des écoles, des universités, sur des terrains de jeux, à proximité de maisons et d’instituts juifs, sur des terrains de football, lors de manifestations publiques et d’autant plus sur les réseaux sociaux.

Par exemple, alors qu’il y a eu neuf cas violents d’antisémitisme en Hongrie en 2009, 90 % des Juifs hongrois avaient déclaré que l’antisémitisme était un problème très grave dans le pays – une statistique qui indique que les actes antisémites dits non violents déterminent leur sentiment d’insécurité. »

Le Royaume-Uni a enregistré environ 1 382 incidents antisémites de tous types enregistrés par le Community Security Trust, soit une augmentation de 3 % par rapport à 2016. L’Australie a enregistré une augmentation de 9,5 %. Les incidents racistes sont en augmentation en Pologne, avec 946 procédures judiciaires liées au racisme – les chiffres ne distinguent pas les affaires antisémites des autres – au premier semestre 2017, contre 863 et 848 lors des premières moitiés de 2016 et 2015.

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, la France a enregistré une baisse de 7,2 % du nombre total d’incidents antisémites, mais les actes violents sont passés de 77 en 2016 à 97 l’année dernière.

Plus dramatiquement, les Juifs de France semblent changer de comportement en raison de l’antisémitisme dans le pays.

« Selon les estimations de la communauté juive, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont dû déménager en France – un ‘exode interne’. En France et en Belgique, il est difficile de trouver un enfant juif scolarisé dans une école publique, malgré les importants budgets que les deux pays ont investi dans les programmes de sécurité et d’éducation. »

L’Hyper-Casher de Créteil, le 9 janvier 2018, adjacent du magasin Promo & Destock, qui a été incendié le 9 janvier 2018, une semaine après que des graffitis antisémites y ont été découverts (Capture d’écran : AFP PHOTO)

Selon les données de son gouvernement, l’Allemagne a connu une augmentation de tous les types d’incidents antisémites, avec 24 incidents violents en 2017 contre 15 en 2016 et quelque 707 incidents en tout, contre 644 l’année dernière. Les cas d’incitation portent le total à 1 435, indique le rapport.

Aux Etats-Unis, où résident environ les trois quarts des Juifs de la diaspora, l’Anti-Defamation League a enregistré une hausse spectaculaire des statistiques, passant de 1 267 incidents en 2016 à 1 986 en 2017, mais le nombre d’attaques violentes est passé de 36 à 19. Les chiffres incluent 952 cas de vandalisme – un bond de 86 % par rapport à 2016.

En excluant les 163 alertes à la bombe lancées contre des centres communautaires juifs par un adolescent juif américain vivant en Israël, les incidents ont encore augmenté de 43 % en 2017.

Dans les écoles et sur les campus universitaires, les insultes visant des Juifs ont doublé pour la deuxième année consécutive, a constaté le rapport, passant de 114 incidents en 2015, à 235 en 2016, et à 457 en 2017.

Le rapport note « qu’il n’y a toujours pas de réponse claire » concernant la source de cette augmentation des incidents antisémites dans certaines régions, soulignant les incidents antisémites provoqués par des « partis de droite anti-UE et anti-immigrants », comme dans les cercles militants de gauche et parmi les immigrés et les réfugiés musulmans arrivés en 2016.

Dans certains cas, ces différents groupes s’entremêlent de manière confuse, note le rapport, comme lorsque les partis de droite insistent sur le fait qu’ils aiment les Juifs et cherchent à mobiliser les communautés juives à leur cause anti-immigrée, alors même que certaines communautés musulmanes se prononcent contre l’antisémitisme et s’associent aux institutions juives pour lutter contre les interdictions rituelles et la violence d’extrême droite.

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