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OpinionUN SOMMET SANS PRECEDENT, DANS L'OMBRE DU TERRORISME

L’attentat de Hadera semble renforcer la détermination des ministres arabes en Israël

Alors que Lapid parle de "rentrer dans l'histoire", son homologue émirati dit vouloir rattraper le "temps perdu" depuis que l'Égypte a brisé le tabou des pays arabes sur la paix

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

La table ronde à l’inauguration du Sommet du Neguev (dans le sens des aiguilles d'une montre à partir de la gauche) le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, en compagnie du secrétaire d'État américain Antony Blinken, du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, et du ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, à Sde Boker, en Israël, le lundi 28 mars 2022. (Crédit : Jacquelyn Martin/Pool/AP Photo)
La table ronde à l’inauguration du Sommet du Neguev (dans le sens des aiguilles d'une montre à partir de la gauche) le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, en compagnie du secrétaire d'État américain Antony Blinken, du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, et du ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, à Sde Boker, en Israël, le lundi 28 mars 2022. (Crédit : Jacquelyn Martin/Pool/AP Photo)

L’attaque terroriste de dimanche à Hadera, qui a coïncidé avec une réunion des ministres israéliens et arabes des affaires étrangères dans le Neguev, a jeté une ombre sur ce qui devait être les premières heures festives de cette rencontre sans précédent dans le Neguev.

Mais si cette attaque meurtrière – revendiquée par l’État islamique et saluée par le Jihad islamique palestinien comme une « réponse héroïque au sommet de l’humiliation et de la honte dans le Neguev occupé » – avait été planifiée dans le but de faire dérailler le sommet ou de dissuader ses participants arabes, elle a manifestement eu l’effet inverse.

L’un après l’autre, dans leurs déclarations publiques lors de la séance de clôture officielle de leurs discussions lundi après-midi, le ministre israélien des affaires étrangères, Yair Lapid, et ses quatre homologues arabes ont dénoncé ce dernier acte de terrorisme meurtrier auquel tous leurs pays sont confrontés, avant de souligner leur détermination commune à ériger un front uni contre l’extrémisme.

Plutôt que de considérer l’attentat de Hadera comme un coup porté à cette initiative, ils ont présenté la première réunion multilatérale de ce type en Israël comme le début d’efforts nouveaux et coordonnés en vue de créer un narratif et une relation israélo-arabe très différents.

Trois des quatre ministres arabes des affaires étrangères – Abdullatif bin Rashid Al-Zayani du Bahreïn, Sameh Shoukry de l’Égypte et Nasser Bourita du Maroc – ont pris quelques instants dans leurs brefs discours pour souligner la nécessité de résoudre le conflit israélo-palestinien. Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a également mentionné les Palestiniens, encourageant « tous les peuples de la région, y compris les Palestiniens… à remplacer la voie du terrorisme et de la destruction par un avenir commun de progrès et de réussite. »

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken est allé plus loin, déclarant que les accords d’Abraham qui ont réuni ces ministres ne pouvaient servir de substitut à des progrès sur le front palestinien.

La table ronde à l’inauguration du Sommet du Neguev (dans le sens des aiguilles d’une montre à partir de la gauche) le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, en compagnie du secrétaire d’État américain Antony Blinken, du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, et du ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, à Sde Boker, en Israël, le lundi 28 mars 2022. (Crédit : Jacquelyn Martin/Pool/AP Photo)

Cette rencontre, nullement entravée par l’acte terroriste, était une manifestation ouverte et confiante de la normalisation des relations avec Israël, de l’acceptation d’Israël, de la légitimation d’Israël. Elle s’est tenue à proximité de la dernière demeure du premier Premier ministre israélien.

C’était là donc un acte de défiance de la part de ses participants arabes à une opposition soutenue – non seulement par les groupes terroristes palestiniens, mais aussi par l’Autorité palestinienne – à des relations directes et fonctionnelles avec l’État d’Israël.

Les suspects d’une attaque terroriste à Hadera, le 27 mars 2022. (Crédit : Capture d’écran/Twitter)

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est le terrorisme – en particulier le terrorisme d’État, tel qu’il est pratiqué par les ayatollahs en Iran – qui a réuni ces dirigeants dans le kibboutz de Sde Boker, dans le Neguev. La seule note discordante est venue de Blinken, qui semblait lire un tout autre script et être plutôt hors-sujet, non seulement dans ses commentaires habituels sur le conflit palestinien, mais aussi pour ce qui est de la confrontation avec l’Iran. Dimanche, à Jérusalem, il a réitéré la position de l’administration Biden selon laquelle l’Iran « n’acquerra jamais l’arme nucléaire ». Mais son président s’est montré peu enclin à exprimer la position que même Barack Obama avait affirmé en se déclarant prêt à recourir à l’option militaire si nécessaire pour arrêter Téhéran.

Le sommet du Neguev, et le nouvel alignement ouvert de ces quatre pays arabes avec Israël, est essentiellement destiné à faciliter une meilleure coopération – une coopération pratique et salvatrice – pour faire face à la menace iranienne, catalysée en partie par l’inquiétude que les États-Unis, qui se rapprochent d’un accord nucléaire ancien/nouveau et très imparfait avec Téhéran, ne soient pas aussi déterminés à le faire que nécessaire.

Negev Summit: Day 2

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Posted by Israel Ministry of Foreign Affairs on Monday, March 28, 2022

Reconnaissant l’accent mis sur l’Iran, Lapid, dans son discours, a déclaré que le sommet mettait en place « une nouvelle architecture régionale fondée sur le progrès, la technologie, la tolérance religieuse, la sécurité et la coopération en matière de renseignement ».

« Cette nouvelle architecture, les capacités partagées que nous construisons, intimident et dissuadent nos ennemis communs – avant tout l’Iran et ses mandataires », a-t-il déclaré. À cette fin, a-t-il ajouté, le partenariat établi dans le Neguev deviendra « un forum permanent ».

Le discours du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah bin Zayed al Nahyan, qui a semblé s’exprimer spontanément plutôt qu’à partir de notes préparées, est peut-être l’expression la plus frappante de cette nouvelle ouverture à la possibilité de se rendre en Israël, de profiter de l’expérience et de reconnaître Israël comme un partenaire contre les forces extrémistes de la région.

Il n’a pas mentionné l’Iran. Il n’a pas mentionné les Palestiniens. Il a plutôt exprimé son plaisir de s’associer à Israël et tout simplement à être en Israël – notant que pour lui et ses collègues marocains et bahreïnis, « c’est notre première fois ».

« Nous sommes curieux », a-t-il déclaré avec joie. « Nous voulons apprendre… rattraper notre retard… construire une relation plus forte… C’est ainsi que nous pourrons nous attaquer au narratif de la haine, de l’incitation à la haine, du terrorisme. »

« Nous vaincrons », a-t-il déclaré. « Il ne fait aucun doute que cela va nous coûter, mais c’est important ».

Si pour Lapid ce sommet « rentrera dans l’histoire », Al Nahyan a, lui, parlé de corriger ou de réorienter l’histoire. Vers la fin de son discours, il a remercié Shoukry et l’Égypte d’avoir « fait preuve de leadership il y a 43 ans » en légitimant Israël, en faisant la paix avec Israël – un Israël, a-t-il souligné en faisant une référence historique importante, qui « fait partie de cette région depuis très longtemps ».

« Nous avons perdu ces 43 années » depuis que l’Égypte ait pris cette mesure audacieuse de faire la paix avec Israël, a déclaré le ministre des affaires étrangères des Émirats arabes unis, en regardant Shoukry. Maintenant, « nous nous efforçons simplement de suivre vos pas ».

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