Le chef de l’organisation Eda Haredit a contracté le coronavirus
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Le chef de l’organisation Eda Haredit a contracté le coronavirus

Le rabbin Tuvia Weiss, à la tête d'une organisation fermement antisioniste, avait d'abord appelé ses fidèles à ignorer la distanciation sociale avant de faire volte-face

Yitzchok Tuvia Weiss, chef du Conseil orthodoxe de Jérusalem, connu en hébreu Eda Haredit, le 16 juin 2010. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)
Yitzchok Tuvia Weiss, chef du Conseil orthodoxe de Jérusalem, connu en hébreu Eda Haredit, le 16 juin 2010. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Le chef nonagénaire de la Eda Haredit, un groupe antisioniste ultra-orthodoxe radical basé à Jérusalem, qui avait initialement balayé d’un revers de main les règles de distanciation sociale, a contracté le coronavirus.

Le rabbin Yitzchok Tuvia Weiss, âgé de 95 ans, a été diagnostiqué après avoir été admis à l’hôpital Hadassah hier avec une forte fièvre et une baisse de tension, ont rapporté les médias ‘haredi.

Ses résultats ont été annoncés dans un message audio en yiddish, diffusé par le secrétaire du tribunal rabbinique de la Eda Haredit, le rabbin Yitzchok Shlomo Bloi, demandant à la communauté ultra-orthodoxe de prier pour la guérison du rabbin Weiss.

Weiss, 95 ans, était chef de la communauté d’Anvers avant de prendre la direction de la Eda Haredit en 2004. Né en Slovaquie, il est arrivé en Grande-Bretagne par le biais du Kinderstransport, avant que la Seconde Guerre mondiale n’éclate.

Un personnel soignant portant une combinaison de protection prélève un échantillon sur un Juif ultra-orthodoxe pour un test au coronavirus à Bnei Brak, le 31 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Si la Eda Haredit avait initialement refusé de fermer ses établissements scolaires conformément aux instructions du gouvernement, elle a publié lundi un avis enjoignant à ses fidèles de la communauté ultra-orthodoxe de tenir compte des ordres du ministère de la Santé, sous peine de commettre un « grand péché ».

Dans le document, l’Eda Haredit met en garde contre les dangers de l’épidémie et rappelle que toutes les instructions des autorités sanitaires doivent être suivies. Elle indique que les prières peuvent se faire en plein air, si la distance entre les fidèles est respectée, conformément aux ordres du ministère.

Cela faisait suite à une autre déclaration du rabbin Moshe Sternbuch, le chef des tribunaux rabbiniques de la Eda Haredit, qui, le 19 mars, a appelé ses disciples à se conformer aux instructions des médecins, qualifiant cette situation de situation de vie ou de mort.

Le groupe est fermement opposé au sionisme et ses fidèles, qui se comptent par dizaines de milliers, refusent tout financement de l’État. Il exerce une influence considérable grâce à sa certification de cacheroute Badatz, qui est considérée comme la référence par beaucoup dans le monde ultra-orthodoxe, même parmi les membres de groupes concurrents.

Le groupe a suscité une intense controverse en 2018, lorsqu’il a révoqué son cachet d’approbation à une entreprise vinicole, exigeant qu’il interdise à ses employés éthiopiens d’entrer en contact avec son vin en raison d’un doute apparent sur leur judéité.

La police lance de l’eau pour tenter de disperser une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre la conscription des membres de leur communauté, à l’entrée de Jérusalem, le 23 octobre 2017. (Crédit : AFP Photo/Ahmad Gharabli)

Les membres de la Eda Haredit ont également participé à de violentes manifestations contre l’armée et l’État, luttant avec la police et bloquant les routes pour protester contre des projets politiques du gouvernement.

L’épidémie de coronavirus fait payer un lourd tribut aux communautés juives ultra-orthodoxes très soudées, dont beaucoup ont connu de graves épidémies et dont les chefs religieux sont tombés malades ces derniers jours.

Dans l’État de New York, l’influent rabbin de la communauté Satmar, Aaron Teitelbaum de Kiryas Joel, a été diagnostiqué positif au COVID-19, a annoncé la communauté hassidique Satmar le 21 mars.

Le rabbin de 72 ans, qui dirige l’une des plus grandes sectes hassidiques au monde avec des dizaines de milliers d’adeptes, a passé ce shabbat en isolement dans une pièce de sa maison de la rue Zanz, dans la ville située au nord de New York.

Le rabbin André Touboul, 64 ans, qui dirigeait depuis de nombreuses années l’école Habad Beth Hanna à Paris, est décédé la semaine dernière.

Le 22 mars, le rabbin Yehuda Yaakov Refson, le plus grand émissaire du mouvement Chabad à Leeds, en Angleterre, est mort du coronavirus. Le grand rabbin britannique Ephraim Mirvis a écrit dans une déclaration que « cela a été un privilège de travailler avec cet érudit et éducateur exceptionnel ». Mirvis a qualifié Refson de « chef dévoué, attentionné et de principe de la communauté juive de Leeds », qui compte quelques centaines de membres.

À LIRE : GB: pourquoi les Juifs sont-ils surreprésentés dans les décès liés au Covid-19 ?

Les communautés orthodoxe et haredi et les médias de la région de New York ont partagé des listes de noms de personnes gravement malades du virus et ont demandé à leurs coreligionnaires de réciter des Psaumes et de prier pour leur guérison.

Les villes ultra-orthodoxes caracolent en tête de la liste des villes du pays les plus touchées par le coronavirus.

En Israël, près d’un patient sur sept touché par le coronavirus vient de la ville de Bnei Brak, devenu un foyer majeur de l’épidémie, avec quelque 900 cas, selon les statistiques du ministère de la Santé publiée jeudi.

Ces 900 cas – sur les 6 211 que compte le pays – en font la deuxième ville la plus touchée après Jérusalem, avec ses 916 diagnostics confirmés sur une population environ cinq fois supérieure à celle de Bnei Brak.

Une grande partie de l’augmentation du nombre de cas est imputée à la communauté ultra-orthodoxe. Selon les informations de la Douzième chaîne, des dizaines de nouveaux cas ont été enregistrées dans plusieurs autres villes à forte population ultra-orthodoxe. Les ‘haredim ont généralement des familles nombreuses, vivent dans des zones urbaines denses et adoptent un style de vie qui privilégie l’engagement communautaire, autant de facteurs qui pourraient faciliter la propagation du virus.

L’agence JTA a contribué à cet article.

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