Le chef du Hezbollah menace des sites nucléaires en Israël et dit qu’il restera en Syrie
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Le chef du Hezbollah menace des sites nucléaires en Israël et dit qu’il restera en Syrie

Nasrallah dit à ses partisans que le conflit n’est pas imminent, mais sera sans “ligne rouge”, veut exploiter la crainte d’Israël du nombre de victimes ; il restera en Syrie jusqu’au règlement du conflit

Des partisans du groupe terroriste chiite libanais Hezbollah regardent un discours télévisé de son dirigeant, Hassan Nasrallah, à Insar, au sud du Liban, le 6 mars 2016. (Crédit : AFP/Mahmoud Zayyat)
Des partisans du groupe terroriste chiite libanais Hezbollah regardent un discours télévisé de son dirigeant, Hassan Nasrallah, à Insar, au sud du Liban, le 6 mars 2016. (Crédit : AFP/Mahmoud Zayyat)

Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a écarté lundi une guerre contre Israël dans un futur proche, mais a menacé que le groupe terroriste frappe les installations nucléaires d’Israël sur l’armée israélienne qui « intensifie son agression contre le Liban ».

Pendant un entretien avec la chaîne de télévision al-Mayadeen, le dirigeant du groupe terroriste chiite a déclaré qu’Israël ne frapperait pas sans l’approbation des Etats-Unis et que l’Etat juif s’inquiétait profondément du coût humain de la guerre, une faiblesse qui pourrait être « exploitée », a-t-il affirmé.

« Le Hezbollah ne veut pas lancer une guerre, mais la résistance emploiera tous les moyens pour défendre le Liban en cas d’agression israélienne », a déclaré Nasrallah, selon une traduction du la chaîne al-Manar TV, dirigée par le Hezbollah.

« Si l’armée israélienne intensifie son agression contre le Liban, le Hezbollah frappera des cibles stratégiques dans les territoires palestiniens occupés [Israël], y compris des installations nucléaires. »

Précisant sa menace, il a affirmé que le groupe terroriste connaissait la localisation des usines chimiques et des installations nucléaires d’Israël, qui, si elles étaient frappées, entraîneraient un grand nombre de victimes.

« Il n’y aura pas de plafond, de limite, ou de ligne rouge, a-t-il déclaré. Nous pouvons frapper toutes les cibles que nous voulons en Palestine occupée. »

La rhétorique de ce discours, largement centré sur Israël, était inhabituellement haineuse, même pour un dirigeant connu pour faire des communiqués grandiloquents menaçant l’Etat juif. Le discours est intervenu alors que certains soulignaient que le Hezbollah affrontait une crise sans précédent, secoué par le retrait russe de Syrie et sa récente mise sur liste noire par les états du Golfe et la Ligue arabe.

En février, Nasrallah avait explicitement menacé les usines d’ammoniaque de Haïfa, entraînant les officiels israéliens à appeler à la relocalisation de l’usine. Quelques heures après, le ministre de l’Environnement Avi Gabbay avait déclaré qu’il avait ordonné que l’installation de stockage d’ammoniaque soit déplacée dans le désert du Néguev.

« Nos roquettes, combinées avec l’installation de stockage d’ammoniaque de Haïfa, créeront l’effet d’une bombe nucléaire », avait affirmé à l’époque Nasrallah, se vantant qu’une telle attaque entraînerait des dizaines de milliers de victimes.

Lundi, le dirigeant terroriste avait à nouveau affirmé qu’Israël était dissuadé par l’arsenal de roquettes du Hezbollah, qui, selon les analystes, se comptent en centaines de milliers et peut frapper presque n’importe où dans le pays. Le chef du Hezbollah a également démenti des affirmations israéliennes disant qu’il était distrait par la guerre civile syrienne.

« Certains pensent que le Hezbollah est préoccupé en Syrie, mais nous avons une équipe qui est dédiée au sujet israélien et à tout ce que disent les Israéliens », a-t-il continué. Il a ajouté que le groupe, qui a combattu en Syrie pour aider à renforcer le président assiégé Bashar el-Assad, était informé en avance du retrait russe surprise du pays la semaine dernière.

« Le Hezbollah a réussi à élever sa capacité à infliger des pertes lourdes à l’armée israélienne pendant n’importe quelle guerre, ce qui retarde l’occurrence d’une confrontation imminente, a-t-il déclaré. Les Israéliens savent que le Hezbollah possède des roquettes qui peuvent frapper n’importe quelle position dans les territoires palestiniens occupés [Israël]. »

Israël a mené une guerre sanglante de plusieurs mois contre le Hezbollah en 2006, attirant des milliers de roquettes sur le nord du pays. Selon les chiffres israéliens, 121 soldats et 44 civils sont morts pendant le conflit.

Nasrallah a également déclaré qu’il était attristé qu’Israël ait une capacité nucléaire alors que les « armes défensives » du groupe terroriste soient remises en question.

« Ce qui est ironique est qu’Israël possède l’arme nucléaire et certaines parties critiquent la résistance si elle essaie d’obtenir des armes défensives », a ajouté le chef du groupe terroriste, faisant référence au Hezbollah.

« Je ne dévoilerai pas quelles armes possède la résistance, mais c’est le droit de la résistance, de l’armée libanaise et du peuple, et des armées de la région de posséder des armes qui leur permettent de défendre leur existence et leur souveraineté. […]. Comment Netanyahu peut-il avoir le droit de posséder une arme nucléaire alors que nous n’avons pas le droit de posséder une arme défensive ? », a-t-il déclaré.

Dans son discours, Nasrallah a affirmé qu’Israël « ne pourrait jamais lancer une guerre sans obtenir l’approbation des Américaines » et que la valeur qu’Israël place sur la vie de ses citoyens pouvait être « exploitée ».

« Le coût est très important pour Israël en ce qui concerne les victimes et les répercussions économiques et psychologiques », a-t-il déclaré, selon Naharnet. « Israël tient à la vie de ses colons [citoyens] et c’est un point qui peut être exploité. »

Nasrallah a également annoncé que le Hezbollah libanais continuera le combat auprès du régime syrien jusqu’à la défaite des jihadistes de l’Etat islamique et de la branche d’Al-Qaïda.

« Nous sommes allés en Syrie pour aider le pays à ne pas tomber aux mains de Daech [acronyme arabe de l’Etat islamique] et d’Al-Nosra […] tant que nous avons la responsabilité d’être là-bas, nous resterons là-bas » », a affirmé le chef du parti pro-iranien à la chaîne Al-Mayadeen, basée à Beyrouth.

L’entretien, mené en direct, intervient une semaine après l’annonce par la Russie, grand allié du régime de Bachar al-Assad, qu’elle allait retirer l’essentiel de son contingent militaire en Syrie.

« Tout ce qui se dit à propos de notre retrait de Syrie en ce moment est faux », a souligné Hassan Nasrallah, à la question de savoir si son puissant parti armé allait faire de même.

« Que les Russes partent ou restent, et je vous dis même plus, si les Iraniens partent ou restent, […] notre destin, nous le Hezbollah, et celui de nos frères syriens est le même et indivisible », a assuré le chef du Hezbollah, qui vit dans un lieu secret.

Le Hezbollah a envoyé des milliers de combattants depuis 2013 pour venir en aide au régime de Damas face aux rebelles et jihadistes, arguant dès le départ qu’il mène une guerre préventive pour écarter la menace jihadiste du Liban.

« Si la Syrie tombe aux mains de Daech et d’Al-Nosra, c’en est fini de la Syrie, c’en est fini du Liban », a poursuivi Hassan Nasrallah.

« Nous nous devons de rester jusqu’à ce que cet objectif [la défaite des jihadistes] soit atteint, que ce soit par le retrait de Syrie ou par un règlement politique », a-t-il encore dit.

Des pourparlers de paix sont en cours depuis le 14 mars à Genève entre le régime et l’opposition syrienne pour tenter de trouver une issue à une guerre qui a fait plus de 270 000 morts depuis 2011.

« Nous sommes capables d’envoyer davantage de forces en Syrie, a précisé Hassan Nasrallah. Mais nous n’avons pas la mentalité de ceux qui veulent une solution militaire. Nous voulons une solution politique. »

Le Hezbollah, dont le rôle aux côtés de l’armée du régime a été crucial, est la bête noire de la rébellion syrienne et surtout du parrain de celle-ci, l’Arabie saoudite.

Début mars, les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe, dont le Koweït et Bahreïn, avaient pris la décision de classer le Hezbollah – qu’elles accusent de servir de tête de pont à l’Iran – comme organisation « terroriste ».

Les autorités koweïtiennes ont expulsé 11 ressortissants libanais et trois Irakiens pour liens avec le Hezbollah chiite, a rapporté lundi un journal koweïtien.

Et Bahreïn avait annoncé le 14 mars l’expulsion de Libanais pour « appartenance ou soutien au Hezbollah », sans préciser leur nombre.

La décision contre le Hezbollah s’inscrit dans un contexte d’escalade des tensions entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite, chef de file des monarchies sunnites du Golfe, qui sont engagés dans des luttes d’influence par procuration, notamment dans le cadre de conflits régionaux comme en Syrie et au Yémen.

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