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Analyse

Les drones du Hezbollah ont transmis un message à Israël – pas des armes

Le groupe terroriste suit de près l'instabilité politique à Jérusalem et il tente d'établir un précédent tout en se faisant une publicité précieuse au Liban

Energean travaillant dans le champ pétrolier de Karish, au large d'Israël, en 2020. Illustration (Crédit : Capture d'écran/YouTube)
Energean travaillant dans le champ pétrolier de Karish, au large d'Israël, en 2020. Illustration (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

Les trois drones lancés par l’organisation terroriste du Hezbollah, qui ont été abattus samedi par l’armée israélienne alors qu’ils se dirigeaient vers le champ gazier de Karish ne transportaient pas des armes, mais bien un message – celui que le groupe mandataire de l’Iran suit avec beaucoup d’intérêt l’instabilité politique à Jérusalem.

L’armée israélienne a abattu les trois drones avant qu’ils n’aient été en capacité d’atteindre leur cible au large de la côte méditerranéenne et le Hezbollah a ultérieurement admis les avoir envoyés pour « une mission de surveillance ». Mais au moment où les trois projectiles se sont abîmés en mer, le groupe terroriste avait d’ores et déjà atteint son objectif.

Le Hezbollah a récemment renforcé son usage des photographies prises par des drones dans sa propagande anti-israélienne. Avec notamment des images quasi-quotidiennes du travail effectué par l’État juif sur sa frontière nord qui le sépare du Liban. Il y a trois mois, un drone avait pénétré dans l’espace aérien israélien et il était parvenu à atteindre Tibériade avant d’être stoppé.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, considère l’utilisation de ces drones comme une sorte de contrepoids stratégique à la supériorité aérienne d’Israël dans la région. L’armée de l’air israélienne opère librement dans l’espace aérien libanais et, selon des informations parues dans les médias étrangers, elle mène même des attaques depuis le territoire du Liban contre des cibles en Syrie, une action qui, selon elle, est justifiée en partie comme étant nécessaire pour empêcher des livraisons d’armes au Hezbollah.

Même si l’organisation terroriste est en possession de systèmes anti-aériens avancés, elle s’abstient de prendre pour cible les avions de chasse israéliens.

Faire entrer des drones dans l’espace aérien israélien est, pour le Hezbollah, une réponse légitime.

Un drone lancé par le groupe terroriste libanais du Hezbollah peu après son interception par un avion israélien en mer méditerranée, le 2 juillet 2022. (Crédit : Armée israélienne)

Le champ gazier de Karish est situé dans un secteur qui fait l’objet d’un conflit entre Israël et le Liban, qui veulent tous deux pouvoir exploiter les réserves lucratives de ressources énergétiques qui s’y trouvent. L’argument a été au centre des négociations entre les deux parties, qui se déroulent sous les auspices des États-Unis, sur leurs frontières maritimes respectives.

Le Hezbollah avait initialement adopté une approche pragmatique face à ces discussions, à la grande surprise d’Israël. Le groupe terroriste avait indiqué qu’il défendrait toutes les frontières fixées dans le cadre des négociations, laissant donc le dossier entre les mains du gouvernement libanais. Et des responsables libanais avaient pris part aux pourparlers et non des représentants du Hezbollah, dont l’arsenal militaire est significatif et puissant.

Mais après des négociations initiales qui sont tombées dans l’impasse, le Hezbollah est revenu sur ce positionnement.

Les élections qui ont récemment eu lieu au Liban ont vu le groupe terroriste et ses alliés perdre leur majorité parlementaire tout en devant faire face à d’âpres critiques dans le pays. Il a alors répondu en s’alignant sur les attitudes les plus belliqueuses qui étaient adoptées par les personnalités militaires.

Le champ de gaz de Karish – qui s’est trouvé au centre de l’attention, le mois dernier, après l’arrivée d’une plateforme de forage envoyée par Israël, entraînant des protestations bruyantes au Liban – représente l’opportunité idéale pour le groupe terroriste de se positionner comme gardien du Liban.

Le Premier ministre Yair Lapid donne une première allocution télévisée à la nation, le 2 juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran de la Douzième chaine)

Le Hezbollah surveille également avec beaucoup d’attention la situation en Israël alors que les citoyens se préparent à retourner aux urnes pour la cinquième fois en l’espace de quatre ans et que le Premier ministre de transition, Yair Lapid, vient tout juste de prendre ses fonctions.

Et c’est le moment que le groupe terroriste a choisi pour transmettre un message et pour établir un précédent. C’est une stratégie similaire qui a pu être adoptée depuis la bande de Gaza quand l’organisation terroriste du Hamas a diffusé, la semaine dernière, une vidéo de l’un des civils israéliens qu’il garde en captivité – des images où le prisonnier arborait un masque à oxygène – faisant savoir que sa santé se détériorait.

Et peut-être plus que tout le reste, l’attaque au drone, qui a eu lieu quelques heures seulement avant que Lapid ne fasse son tout premier discours public en tant que Premier ministre, samedi soir, a-t-elle eu pour objectif de faire une publicité précieuse au Hezbollah sur son propre territoire, au Liban.

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