Les objets nazis trouvés en Argentine seraient majoritairement des faux
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Les objets nazis trouvés en Argentine seraient majoritairement des faux

Le musée de la Shoah argentin a déclaré que l'exposition avait encore de la valeur, les objets étant issus de cette période même s'ils ont été ultérieurement modifiés

Des objets nazis découverts par la police en 2017 sont exposés au cours d'une conférence de presse à  Buenos Aires, en Argentine, le 2 octobre 2019 (Crédit : Natacha Pisarenko/AP)
Des objets nazis découverts par la police en 2017 sont exposés au cours d'une conférence de presse à Buenos Aires, en Argentine, le 2 octobre 2019 (Crédit : Natacha Pisarenko/AP)

Un expert venu à la demande des autorités argentines pour évaluer la plus grande collection d’artefacts nazis de l’histoire du pays a estimé que ces objets étaient, dans leur majorité, des faux, a fait savoir vendredi le Guardian.

Le musée de la Shoah argentin doit rouvrir ses portes le mois prochain après d’importantes rénovations, et la collection sera exposée malgré ces révélations, le musée estimant que les objets conservent toujours une valeur historique.

La police argentine et les agents d’Interpol avaient découvert en 2017 plus de 70 objets nazis cachés dans une bibliothèque chez un collectionneur, dans une maison du nord de Buenos Aires, dans le cadre d’une enquête portant sur les œuvres d’art aux origines illicites.

Parmi ces objets nazis, des bustes d’Adolf Hitler, un instrument permettant de mesurer la tête des individus pour prétendument déterminer leur pureté raciale, et une statue d’un aigle nazi avec une croix gammée sur son socle.

Stephen Klingen, qui travaille à l’Institut d’histoire de l’art de Munich, a expliqué au Guardian que ces pièces étaient des faux ou des objets originaux des années 1930 auxquels des symboles nazis avaient été ultérieurement ajoutés.

A titre d’illustration : Des membres de la police fédérale portent une statue nazie au siège d’Interpol à Buenos Aires, en Argentine, le vendredi 16 juin 2017. Dans une pièce cachée d’une maison près de la capitale argentine, la police a découvert le 8 juin la plus grande collection d’objets nazis de l’histoire du pays. Les autorités disent qu’elles soupçonnent qu’il s’agit d’originaux ayant appartenu à des nazis de haut rang en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. (AP Photo/Natacha Pisarenko)

« On peut présenter ces objets comme des contrefaçons, mais il est impossible d’apprendre quoi que ce soit de l’époque nazie à partir d’eux », a ainsi indiqué l’expert au quotidien britannique.

Un point de vue qui n’est pas partagé par le musée de la Shoah.

« Ce sont des artefacts d’origine – issus de cette période – même s’ils ont été ultérieurement modifiés », clame Jonathan Krszenbaum, le directeur du musée.

« L’instrument de mesure du crâne, même si la croix gammée a été rajoutée plus tard, est issu de la période nazie ou pré-nazie, et, en tant que tel, il a une valeur éducative puisqu’il démontre l’obsession nazie pour la race, » ajoute-t-il.

Krszenbaum poursuit en soulignant que « ce ne sont pas des faux. Ce sont des originaux qui ont été modifiés plus tard, ce qui ne réduit pas leur signification historique ».

Klingen estime que seuls quelques objets pourraient être authentiques – notamment trois boîtes à outils provenant de l’usine de munitions Mauser, une pièce de lanceur de grenades, un cadran solaire orné d’une croix gammée, un film d’actualité d’époque et divers bustes de Hitler – mais qu’il n’a pas été en mesure de les étudier suffisamment pour garantir leur origine.

Des bustes d’Adolf Hitler, le leader nazi allemand, découverts par la police en 2017, sont exposés au cours d’une conférence de presse à Buenos Aires, en Argentine, le 2 octobre 2019 (Crédit : Natacha Pisarenko/AP)

Ces objets ont été découverts après que les agents d’Interpol ont commencé à suivre le collectionneur. Une perquisition, autorisée par la justice, avait ensuite été menée à son domicile, le 8 juin 2017.

Une grande bibliothèque avait alors retenu l’attention des forces de l’ordre. Derrière celle-ci, les agents trouvèrent un couloir dissimulé qui les conduisirent à une pièce remplie d’images et d’objets nazis.

La détention d’objets nazis peut être illégale en Argentine s’il est déterminé que ces derniers peuvent inciter à la haine raciale ou religieuse en public, même s’ils sont autorisés en privé. Le collectionneur a été accusé de détenir des pièces d’origine illégale. Il n’a pas été précisé s’il était également accusé d’avoir contrevenu à la loi anti-discrimination.

Illustration d’un policier fédéral tenant un sablier présentant des inscriptions nazies au siège d’Interpol à Buenos Aires, Argentine, le 16 juin 2017. (Crédit : AP/Natacha Pisarenko)

La principale hypothèse des enquêteurs et des membres de la communauté juive du pays est que les objets auraient été ramenés en Argentine par des nazis après la Seconde Guerre mondiale, une période pendant laquelle la nation sud-américaine était devenue un refuge pour les criminels de guerre les plus tristement célèbres.

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