Les Palestiniens appellent au boycott de l’inauguration de l’ambassade des USA
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Les Palestiniens appellent au boycott de l’inauguration de l’ambassade des USA

Alors que le maire de Jérusalem a placé personnellement des panneaux routiers pour la nouvelle mission, Saeb Erekat fustige l'approbation tacite de "l'anarchie internationale"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le maire de Jérusalem Nir Barkat accroche le premier panneau signalant l'ambassade américaine à Jérusalem, le 7 mai 2018 (Crédit : Municipalité de Jérusalem)
Le maire de Jérusalem Nir Barkat accroche le premier panneau signalant l'ambassade américaine à Jérusalem, le 7 mai 2018 (Crédit : Municipalité de Jérusalem)

Le haut-responsable palestinien Saeb Erekat a appelé lundi les dignitaires étrangers en Israël et dans le monde entier à rester à l’écart de l’inauguration, la semaine prochaine, de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem, de manière à ne pas approuver tacitement ce qu’il a qualifié de « violations flagrantes du droit international » de la part de Washington.

Environ 800 visiteurs majoritairement américains et israéliens sont attendus lors de l’inauguration de la nouvelle mission qui aura lieu le 14 mai, même si peu de responsables d’autres pays ont été conviés à cet événement.

« Alors que Washington poursuit une politique d’encouragement de l’anarchie internationale et de mépris des organisations et du droit internationaux, nous appelons tous les corps diplomatiques, les organisations issues de la société civile et les autorités religieuses à boycotter la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem à moins qu’ils n’accordent une légitimité à une décision illégale et à des politiques continues d’occupation, de colonisation et d’annexion de la part d’Israël », a indiqué Erekat.

L’ambassade doit être inaugurée en grande pompe la semaine prochaine, pour coïncider avec le 70ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. De dimensions restreintes, elle sera hébergée dans un premier temps dans le complexe de l’actuel consulat américain à Jérusalem, le temps de planifier et construire une ambassade permanente, entreprise qui s’annonce de longue haleine selon le département d’Etat.

La décision prise le 6 décembre par le président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale de l’Etat juif et d’y relocaliser son ambassade est « non seulement illégale, mais elle déjoue également la réalisation d’une paix durable et équitable entre deux états souverains et démocratiques sur les frontières de 1967, Israël et la Palestine vivant côte à côte dans la paix et la sécurité », a continué la déclaration d’Erekat.

« Ceux qui se rendront à la cérémonie délivreront un sinistre message, celui qu’ils encouragent des violations flagrantes du droit international et des droits inaliénables des Palestiniens ».

Nouveau panneau de signalisation indiquant la direction de la nouvelle ambassade américaine, à Jérusalem, le 7 mai 2018. (Crédit : AFP / THOMAS COEX)

Israël s’est emparé en 1967 de Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville, et l’a ensuite annexée. Il considère tout Jérusalem comme sa capitale « indivisible ».

La communauté internationale juge l’annexion illégale et considère Jérusalem-Est comme territoire occupé. Depuis la création d’Israël, elle n’a pas reconnu Jérusalem comme capitale et considère que le statut final de la ville doit être négocié. Toutes les ambassades étrangères en Israël étaient jusqu’alors à Tel-Aviv.

Des 193 pays composant l’Assemblée générale de l’ONU, 128 ont voté fin décembre une résolution condamnant la décision américaine, dont des alliés des Etats-Unis comme la France et le Royaume-Uni. Seuls sept petits pays, dont le Guatemala, se sont alignés sur Washington.

Saeb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), à Ramallah, le 23 novembre 2015. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Des ouvriers ont installé lundi à Jérusalem les premiers panneaux indiquant la direction de l’ambassade des Etats-Unis.

Des employés en chasuble orange ont accroché en hauteur dans les rues autour du site les panneaux indiquant « Ambassade des Etats-Unis » en hébreu, en arabe et en anglais, a constaté un photographe de l’AFP.

Un travail auquel s’est joint le maire de Jérusalem Nir Barkat, qui a personnellement, lui aussi, accroché des panneaux routiers signalant la mission à proximité de cette dernière, dans le quartier d’Arnona.

« Ce n’est pas un rêve – c’est une réalité », a-t-il dit, selon un communiqué transmis par son bureau. « Je remercie le président Trump d’avoir fait aboutir ce moment historique. Jérusalem est la capitale éternelle du peuple juif – et le monde commence à reconnaître ce fait ».

Les Palestiniens ont rejeté avec force la politique de Trump sur Jérusalem et ont évité depuis le 6 décembre tout contact avec les responsables américains.

Israël considère la décision de Trump comme la reconnaissance, ayant trop tardé, d’une réalité historique. Pour la direction palestinienne, elle représente le summum du parti pris pro-israélien de l’administration Trump.

Un ouvrier installe les drapeaux américain et israélien devant le consulat américain de Jérusalem où les responsables américains installent la nouvelle ambassade des Etats-Unis, le 7 mai 2018 (Crédit : AFP PHOTO / THOMAS COEX)

La liste des responsables américains présents lors de l’inauguration du 14 mai n’a pas encore été finalisée. Le secrétaire d’Etat au trésor Steven Mnuchin devrait se trouver à la tête d’une délégation de 300 personnes, aux côtés du gendre et haut-conseiller de Trump Jared Kushner et de douzaines de membres du congrès, de gouverneurs, d’hommes d’affaires américains et autres dignitaires impliqués dans les relations entretenues par les Etats-Unis avec Israël.

Trump a indiqué qu’il pourrait prendre spontanément la décision de s’envoler vers l’Etat juif pour assister à cet événement, même si les responsables israéliens n’ont pas connaissance d’un projet concret de déplacement.

Selon les sources américaines, cette inauguration festive est majoritairement organisée pour un public américain.
L’ambassadeur David Friedman et le Premier ministre Benjamin Netanyahu devraient prononcer des discours, comme d’autres responsables. Le point d’orgue de cet événement sera le dévoilement du nouveau sceau de l’ambassade.

Le dimanche 13 mai, le ministère des Affaires étrangères accueillera un important événement célébrant la relocalisation des ambassades américaine et guatémaltèque auquel assisteront des responsables américains et le président du Guatemala Jimmy Morales.

Le ministère des Affaires étrangères a invité tous les ambassadeurs étrangers postés en Israël, même si leur éventuelle participation n’a pas été confirmée. Aucune réponse de leur part n’a été renvoyée jusqu’à maintenant, selon le ministère.

L’AFP a contribué à cet article.

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