Israël en guerre - Jour 144

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Les sous-mariniers réclament l’arrêt de la réforme « avant de plonger dans l’abysse »

Réservistes et vétérans accusent Netanyahu de semer la division ; le parquet militaire prévient des risques de poursuites devant la CPI pour les soldats et les politiciens

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec des membres de la Marine israélienne pendant la cérémonie d'accueil du sous-marin INS Tanin au port de Haïfa, le 23 septembre 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec des membres de la Marine israélienne pendant la cérémonie d'accueil du sous-marin INS Tanin au port de Haïfa, le 23 septembre 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Les réservistes et les vétérans de la flotte sous-marine d’Israël se sont prononcés fermement contre le remaniement judiciaire prévu par la coalition mardi, avertissant dans une lettre ouverte que ses répercussions pourraient « atteindre les abysses de la mer et endommager la force critique de la flotte de sous-marins ».

Les centaines de sous-mariniers signataires de la lettre, dont certains sont encore réservistes, viennent s’ajouter aux groupes de pilotes, de tankistes, de membres des forces spéciales et de la marine qui ont rédigé des lettres similaires au cours des dernières semaines.

Dans la lettre ouverte, qui devait être publiée mercredi matin dans le journal Yedioth Ahronoth, quelque 300 sous-mariniers appellent le Premier ministre Benjamin Netanyahu à mettre un terme immédiat à la refonte judiciaire proposée, l’accusant de fomenter l’animosité et la discorde au sein de la société israélienne.

« C’est emplis de crainte, que nous assistons au changement de régime que vous dirigez et à la division qu’il provoque déjà au sein de la nation », ont-ils écrit.

Les sous-mariniers ont fait allusion à l’importance stratégique de la flotte qui, selon des informations émanant des médias étrangers, serait en mesure de transporter des missiles nucléaires et de donner à Israël une capacité de « seconde frappe », soit la capacité de lancer des armes atomiques même si le pays était attaqué et ravagé.

« Nous, sous-mariniers, sommes inquiets pour l’avenir de la flotte que nous avons contribué à créer et à transformer en une véritable force. Il est essentiel pour cette unité que les meilleurs éléments continuent à vouloir servir en son sein ; une cohésion presque absolue entre ses combattants est requise, ainsi qu’une confiance totale dans l’échelon politique qui la dispense. Les dissensions, les divisions et la haine dont nous sommes tous témoins ne feront qu’empirer si le changement de régime que vous dirigez est mené à bien. Elles ébranleront les meilleurs éléments de la nation et de l’armée et sont sur le point d’atteindre les abysses de la mer et d’endommager la force critique de la flotte sous-marine », ont-ils déclaré.

« Nous vous demandons, le cœur lourd et d’une voix claire : arrêtez cette course folle vers la déchéance à laquelle vous nous conduisez avant que nous n’atteignions les abîmes. La sécurité d’Israël nous est chère. Ne touchez pas à la démocratie israélienne. Les dommages causés seront dévastateurs et irréversibles. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, vu lors d’une cérémonie d’accueil d’un nouveau sous-marin, Rahav, à la base navale israélienne de Haïfa, le 12 janvier 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Par ailleurs, la télévision israélienne a signalé mardi que de hauts responsables du ministère public militaire avaient lancé ces dernières semaines un avertissement sur le risque auquel le remaniement judiciaire exposait les hauts commandants de Tsahal ainsi que des personnalités politiques importantes, qui pourraient se voir poursuivis par les tribunaux internationaux.

Selon la chaîne publique Kan, un avertissement similaire a été lancé mardi lors d’une réunion à huis clos de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset par les conseillers juridiques du Shin Bet et du Mossad, l’Avocat général des armées et de hauts fonctionnaires du ministère de la Justice.

La Cour pénale internationale de La Haye n’ouvre pas d’enquête sur les individus qui vivent dans des pays dotés de systèmes judiciaires solides et considérés comme capables d’enquêter eux-mêmes. Or, si le système judiciaire israélien devait être considéré comme sérieusement affaibli, la Cour pourrait être amenée à revendiquer son autorité et à enquêter sur des responsables israéliens soupçonnés de crimes de guerre.

Toujours selon le reportage, les responsables juridiques auraient déclaré qu’ils ne pouvaient pas citer d’élément spécifique dans les propositions radicales du gouvernement visant à modifier le système judiciaire, mais ils ont mis en garde contre les conséquences opérationnelles potentielles et ont déclaré que les soldats israéliens pourraient être exposés à des actions en justice internationales si le statut du bureau du procureur général et de la Haute Cour de justice était remis en cause.

La coalition de Netanyahu a mis la priorité sur la refonte du système judiciaire, interrompant la plupart des autres projets de loi pour se concentrer sur l’adoption des différents textes législatifs qui le composent, et plus particulièrement sur la réforme de la commission de nomination des juges afin de garantir un contrôle absolu à la coalition au pouvoir et de permettre à la Knesset d’invalider les décisions de la Haute Cour avec une majorité de seulement 61 sièges. Les critiques affirment que ces propositions, ainsi que d’autres projets de loi, porteront profondément atteinte au caractère démocratique d’Israël en bouleversant son système de contre-pouvoirs, accordant presque tous les pouvoirs à l’exécutif et laissant sans protection les droits individuels et ceux des minorités.

Le plan a suscité de vives critiques et des avertissements de la part d’éminents experts financiers et juridiques, ainsi que des protestations hebdomadaires et des pétitions publiques de la part de divers fonctionnaires, professionnels et entreprises privées.

Netanyahu a rejeté ces critiques, affirmant que les propositions renforceraient la démocratie au lieu de l’affaiblir, et que son gouvernement appliquait la volonté du peuple.

Le ministre de l’Agriculture Avi Dichter participe à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 8 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Mardi également, le ministre de l’Agriculture Avi Dichter, ancien chef du service de sécurité intérieure du Shin Bet, a rejeté une lettre dans laquelle des centaines d’anciens agents exprimaient leur inquiétude et lui demandaient de ne pas soutenir les projets judiciaires du gouvernement, tout en mettant en garde qu’ils représentaient une menace pour la démocratie israélienne.

« J’ai beaucoup de respect pour les agents du Shin Bet », a-t-il affirmé, remarquant qu’il a effectivement reçu de nombreux messages inquiets, mais il a souligné qu’il croyait et espérait « que le processus législatif qui a été entamé hier soir sera éventuellement reconnu par moi-même et mes amis… comme un processus visant à renforcer la démocratie ».

Dichter, membre du Likud, le parti de Netanyahu, a ajouté qu’il valait mieux « ne pas accorder trop d’attention trop hâtivement aux affirmations hystériques » concernant les conséquences des projets de loi.

Il a comparé l’atmosphère actuelle à celle qui régnait avant la guerre des Six Jours en 1967, lorsque de nombreuses personnes pensaient que le pays était condamné.

Dichter a affirmé que la coalition était honnête dans son désir de discuter et a appelé les dirigeants de l’opposition à accepter l’offre afin de parvenir à un compromis, malgré le refus de la coalition à l’appel du président Isaac Herzog de geler le processus législatif pendant les discussions.

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