Lors de la visite de Netanyahu, les Juifs de Hongrie déplorent qu’Israël les ait “abandonnés”
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‘Il n’est pas avec nous. Il est avec Orban.’

Lors de la visite de Netanyahu, les Juifs de Hongrie déplorent qu’Israël les ait “abandonnés”

Le Premier ministre doit “réparer” les choses après avoir récemment choisi son homologue hongrois contre les Juifs du pays à deux occasions, affirme le président de la communauté

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le rabbin Zoltán Radnóti dans son bureau de Budapest, le 17 juillet 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)
Le rabbin Zoltán Radnóti dans son bureau de Budapest, le 17 juillet 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

BUDAPEST – Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a commencé lundi sa visite de trois jours en Hongrie, des dirigeants de la communauté juive du pays ont exprimé leur désarroi sur sa gestion de deux récentes controverses, où ils ont le sentiment qu’il les avait « abandonnés ».

Le président et un rabbin de la plus grande organisation juive du pays ont appelé Netanyahu à corriger l’impression qu’il fait passer en premier les préoccupations politiques avant les relations d’Israël avec la communauté juive de Diaspora.

« L’humeur ici est très mauvaise, très amère », a dit au Times of Israël Andras Heisler, qui dirige la Fédération des communautés juives de Hongrie, également appelée Mazsihisz.

« Nous attendons que Bibi insiste dans son discours sur l’importance des relations entre Israël et la Diaspora », a-t-il ajouté, en utilisant le surnom de Netanyahu.

Andras Heisler, président de la Fédération des communautés juives de Hongrie, dans son bureau de Budapest, le 17 juillet 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)
Andras Heisler, président de la Fédération des communautés juives de Hongrie, dans son bureau de Budapest, le 17 juillet 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Netanyahu est arrivé lundi après-midi en Hongrie, pour la première visite d’un Premier ministre israélien dans le pays depuis la chute du communisme.

Mardi et mercredi, il doit rencontrer plusieurs fois le Premier ministre Viktor Orban, au centre de deux récentes controverses impliquant les 100 000 Juifs du pays.

D’abord, Orban a salué un « homme d’état exceptionnel » en parlant de Miklos Horthy, dirigeant du pays pendant la Seconde Guerre mondiale et allié des nazis, qui a promulgué des lois antisémites et a permis la déportation d’un demi-million de Juifs à Auschwitz pendant la Shoah. Il a ensuite lancé et défendu une campagne contre le milliardaire juif George Soros, né en Hongrie, l’accusant de chercher à envahir le pays de réfugiés.

Orban a été vivement critiqué par des dirigeants juifs du monde entier, et certains députés avaient appelé Netanyahu à annuler son voyage en raison de l’hommage rendu à un allié d’Hitler et de la campagne anti-Soros, dont les critiques ont affirmé qu’elle jouait avec les stéréotypes antisémites.

Dans les deux cas, l’ambassadeur d’Israël en Hongrie, Yossi Amrani, s’est d’abord aligné avec les Juifs du pays en critiquant Orban. Mais sur ordre de Netanyahu, Israël a ensuite retiré ses critiques ou accepté les clarifications du gouvernement.

Une affiche anti-Soros avec une croix gammée, et le nom de Soros remplacé par celui de Viktor Orban, à Budapest, le 17 juillet 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)
Une affiche anti-Soros avec une croix gammée, et le nom de Soros remplacé par celui de Viktor Orban, à Budapest, le 17 juillet 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

De nombreux Juifs hongrois se sont alors sentis trahis par Netanyahu, a affirmé le rabbin Zoltán Radnóti, qui préside le conseil rabbinique de Mazsihisz.

« Pour nous, Juifs de la Diaspora, particulièrement en Europe, l’Etat d’Israël est un symbole. Il soutient le judaïsme, la liberté, la défense, partout. L’Etat d’Israël protège le peuple d’Israël. Il défend tout le peuple juif. Et le Premier ministre est le Saint des Saints. Mais soudainement, nous avons vu que ce Premier ministre, pour des raisons politiques, nous abandonnait », a-t-il dit au Times of Israël depuis son bureau adjacent à la synagogue centrale de la rue Dohány de Budapest.

‘L’Etat d’Israël tout le peuple juif. Et le Premier ministre est le Saint des Saints. Mais soudainement, ce Premier ministre, pour des raisons politiques, nous abandonnait’
Le rabbin Zoltán Radnóti

« Tout d’un coup, notre sainteté, Bibi lui-même, passe de l’autre côté, a poursuivi Radnóti. Il adopte [Orban] et lui donne l’accolade. Que s’est-il passé ici ? Cela nous blesse profondément, dans nos cœurs et dans nos âmes […] Il n’est pas avec nous. Il est avec Orban. »

Malgré leurs critiques d’Orban, et le fait que beaucoup commencent à s’inquiéter de la hausse des attaques antisémites après la campagne anti-Soros, la plupart des Juifs de Hongrie pensent que leur Premier ministre n’est pas antisémite.

Le gouvernement a en fait réalisé trop tard que la campagne d’affichage, montrant un Soros souriant avec les mots « ne laissons pas Soros rire le dernier », était une erreur, mais a refusé de le reconnaître, a expliqué Radnóti.

« Ils ne peuvent pas dire qu’ils se sont trompés. Parce que s’ils font une erreur, cela semblera dire qu’ils ne peuvent pas assurer la sécurité du pays », a-t-il dit.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban en conférence de presse à Budapest, le 4 juillet 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/AFP)
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban en conférence de presse à Budapest, le 4 juillet 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/AFP)

Mercredi, Orban et Netanyahu doivent rencontrer des dirigeants juifs dans la synagogue de la rue Dohány pour un évènement public, et une réunion à huis clos. « Cela sera difficile pour nous », a dit Radnóti.

Heisler, qui préside Mazsihisz depuis 2013, a rencontré il y a deux semaines Jonathan Schachter, conseiller en politique étrangère de Netanyahu, à Jérusalem. Il lui a demandé de parler des sujets douloureux. « Je lui ai dit que Netanyahu devait réparer cela. »

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