L’UNRWA ne contrôle plus son siège à Gaza après des licenciements
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L’UNRWA ne contrôle plus son siège à Gaza après des licenciements

"Ils ont menacé et intimidé les autres membres du personnel. Ils ont franchi une ligne rouge", a déploré Mattias Schmale qui a critiqué une visite de soutien du Hamas

Des Palestiniens manifestent contre les réductions de postes annoncées par l'agence - plus de 250 - suite à la réduction des fonds versés par les Etats-Unis, au siège de l'agence à Gaza City, le 25 juillet 2018  (Crédit : SAID KHATIB / AFP)
Des Palestiniens manifestent contre les réductions de postes annoncées par l'agence - plus de 250 - suite à la réduction des fonds versés par les Etats-Unis, au siège de l'agence à Gaza City, le 25 juillet 2018 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Des employés de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) ont occupé partiellement le QG de cette organisation à Gaza après des licenciements, a indiqué mercredi la direction en dénonçant une « mutinerie ».

L’UNRWA a commencé à procéder à des licenciements de plus de 250 de ses employés palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza à la suite de coupes de 300 millions de dollars de l’aide américaine annuelle.

Cette décision a déclenché des protestations quotidiennes du syndicat des employés à Gaza et menace l’ouverture de plus de 200 écoles pour la rentrée scolaire dans l’enclave palestinienne contrôlée par le mouvement islamiste terroriste palestinien du Hamas.

« Ils se sont emparés du complexe où se trouve mon bureau », a déclaré à l’AFP Mattias Schmale, le directeur de l’UNRWA à Gaza.

Il a reconnu que l’UNRWA ne contrôlait plus entièrement le site, soulignant que cela fait plus de deux semaines qu’il ne peut plus se rendre dans son bureau.

« Je suis le capitaine d’un bateau avec 13 000 matelots à bord et ils m’ont interdit l’accès du pont (…) », a ajouté M. Schmale, en allusion au nombre d’employés de l’UNRWA.

Il a accusé le syndicat des employés de l’UNRWA de se livrer à des intimidations. « Ils ont menacé et intimidé les autres membres du personnel. Ils ont franchi une ligne rouge », a ajouté M. Schmale en se disant « très inquiet quant à la sécurité de (ses) collègues palestiniens ».

Le syndicat a démenti ces accusations en affirmant que son mouvement était pacifique.

« C’est un sit-in pacifique à l’intérieur du QG pour réclamer le droit des employés à continuer de faire leur travail », a déclaré Amir al-Mishal, dirigeant du syndicat.

L’UNRWA apporte son aide à des millions de Palestiniens enregistrés comme réfugiés dans les Territoires palestiniens, en Jordanie, au Liban ou en Syrie. Plus de 500 000 enfants étudient dans les écoles de l’UNRWA qui fournit aussi des soins et une aide sociale. L’agence emploie plus de 20 000 personnes au Proche-Orient, en majorité des Palestiniens.

L’ampleur du problème est enraciné dans le fait que le véritable nom de l’UNRWA n’est pas, comme beaucoup le croient, l’Agence des Nations unies pour le Soutien et le Travail, un surnom qui caractériserait une organisation avec des responsabilités mondiales. Le nom complet de l’UNRWA est « l’Agence des Nations unies pour le Soutien et le Travail des réfugiés palestiniens au Proche Orient ».

Elle existe depuis 1949, et doit veiller sur les réfugiés palestiniens. Seulement, l’échelle et le but de son mandat, ce qui est unique pour une organisation de réfugiés des Nations Unies, se sont étendus continuellement jour après jour, grâce à la définition que constitue un réfugié palestinien.

De manière générale, partout ailleurs, mais pas ici, les Nations unies définissent un réfugié comme une personne qui, craignant de façon crédible des persécutions pour des raisons de race, de religion, de nationalité et ainsi de suite, est en dehors de son pays ou de son ancien lieu de résidence habituel.

Si la définition normale a été appliquée à environ 650 000 Palestiniens qui ont fui ou ont été expulsés de ce qui est devenu Israël à la fin des années 1940, le problème des réfugiés palestiniens concernerait aujourd’hui très peu de personnes parmi ses 650 000, un chiffre estimé dans une fourchette basse de dizaines de milliers.

Si le problème se trouvait là, une des questions clés du « statut final » de la profonde dispute entre Israël et les Palestiniens serait immédiatement gérable, dégageant l’obstacle central à la solution de deux Etats que certains Palestiniens, beaucoup en Israël, et les Nations unies cherchent avec tellement d’urgence.

L’UNRWA travaille selon une définition différente que le principal Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies. L’organisation fournit une assistance, non seulement à ceux qui sont encore en vie parmi les réfugiés de 1940, et pour ceux qui ont perdu leur foyer et des moyens pour vivre après la guerre de 1967, mais aussi, et c’est là le point crucial, pour leurs descendants.

Ainsi, plutôt qu’un problème de réfugiés dans la fourchette basse de dizaine de milliers, on compte aujourd’hui cinq à six millions de réfugiés palestiniens, attendant en vain un « retour » en Israël. Leur soins de santé, leurs services sociaux et leur éducation sont financés grâce à l’UNRWA.

Le problème avec l’UNRWA

Mercredi, un haut responsable du Hamas, Mahmoud Zahar, a rendu visite aux manifestants au QG de l’UNRWA et leur a affirmé le soutien total du mouvement islamiste, selon un journaliste de l’AFP sur place.

M. Schmale a indiqué qu’une telle visite dans le QG d’un responsable du Hamas – une organisation considérée comme terroriste par plusieurs pays occidentaux, dont l’UE, des États-Unis -, est interdite car elle viole les règles d’impartialité de l’ONU.

Un petit nombre d’employés ont entamé une grève de la faim devant le bureau de M. Schmale.

Ismaïl al-Talaa, qui travaille à un programme de soutien psychologique dans une école, indique qu’il en est à son quatrième jour de grève. Il affirme que son salaire mensuel d’environ un millier de dollars n’est pas à comparer avec ce qu’il qualifie « d’énormes » revenus et avantages dont bénéficient M. Schmale et les autres cadres de l’UNRWA.

Environ 80 % des quelque deux millions d’habitants l’enclave, soumis depuis plus de dix ans à un blocus israélien et égyptien, dépendent de l’aide étrangère.

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