Rechercher

Maladie de Charcot : premiers tests cliniques prometteurs pour une firme biotech

L'entreprise israélienne Kadimastem annonce que les premiers résultats indiquent que le nouveau médicament "a permis un ralentissement significatif de la progression de la maladie"

Une chercheuse travaillant dans le laboratoire de Kadimasterm à Ness Ziona (Hagit Stavinsky)
Une chercheuse travaillant dans le laboratoire de Kadimasterm à Ness Ziona (Hagit Stavinsky)

Kadimastem Ltd., une société de biotechnologie développant des thérapies cellulaires, annonce avoir « obtenu des résultats intermédiaires » d’un premier groupe de patients bénéficiant de son nouveau traitement pour la sclérose latérale amyotrophique, [Amyotrophic lateral sclerosis – ALS], également appelée maladie de Charcot, une maladie neurodégénerative mortelle qui entraîne une paralysie progressive des muscles.

« J’ai l’impression que nous sommes sur la bonne voie », a déclaré Rami Epstein, le PDG de Kadimastem, lors d’un entretien téléphonique. « Les premiers résultats sont importants parce qu’ils montrent que nous avons réussi à injecter ces cellules vivant dans un corps humain sans effets secondaires négatifs liés au traitement, tout en démontrant des effets thérapeutiques mesurables. Notre thérapie cellulaire a réussi à ralentir de manière significative la progression de la maladie et à arrêter sa détérioration. »

La thérapie cellulaire vise à ralentir ou même à arrêter le progression de la maladie et à améliorer la qualité de vie des patients et leur espérance de vie, a-t-il dit.

La sclérose latérale amyotrophique se manifeste par une faiblesse musculaire, une perte de la fonction motrice, une paralysie, des problèmes respiratoires, puis la mort. L’espérance de vie moyenne des patients atteints est de deux à cinq ans. Selon l’ALS Therapy Development Institute, il y a environ 450 000 patients atteints de la maladie de Charcot dans le monde, dont 30 000 aux Etats-Unis. Selon l’ALS Foundation for Life, les coûts annuels de soins pour un patient atteint de la maladie de Charcot sont estimés à environ 200 000 dollars. Ainsi, rien qu’aux Etats-Unis, les coûts annuels moyens pour les patients atteints par cette maladie tournent autour des 6 milliards de dollars.

Des chercheurs à Kedimastem’s Good Manufacturing Practice (GMP)- dans l’usine de production de Nes Ziona, Israël (Hagit Stavinsky)

En déposant un dossier à la bourse de Tel Aviv la semaine dernière, l’entreprise a déclaré que le traitement administré à un groupe de patients en phase 1/2a d’essai clinique réalisé en Israël avait apparemment entraîné un ralentissement du développement de la maladie et semblait être sans danger.

« La maladie de Charcot est une maladie dévastatrice et il y a un besoin fondamental de nouveaux traitements pour ralentir plus efficacement ou arrêter son développement rapide », a déclaré le Dr Marc Gotkine du Département de Neurologie au centre médical Hadassah, à Jérusalem, le principal instigateur de l’essai. « Les résultats préliminaires sur un petit groupe de patients sont encourageants, puisque le traitement semble être efficace, à une dose réduite. »

Les premières données d’analyse semblent démontrer un ralentissement du taux de détérioration observé dans les trois mois qui ont suivi le traitement, a-t-il déclaré.

« C’est positif, mais il faudra attendre les résultats préliminaires et les résultats finaux », des analystes de Frost & Sullivan ont déclaré dans une note aux investisseurs déposé à la bourse de Tel Aviv.

« Si les résultats finaux attendus fin 2019 pour cette étude de phase 1/2a s’avèrent également positifs, Kadimastem deviendra un acteur potentiel majeur sur le marché de la sclérose latérale amyotrophique et aura également un effet positif sur la valeur de l’entreprise », ont déclaré les analystes. « Cela servira également de preuve du potentiel de la plateforme de l’entreprise qui peut être utilisée pour traiter d’autres indications à l’avenir. »

Le professeur Michel Revel, responsable de la recherche et fondateur de Kadimastem (Crédit)

La société, dont les actions sont cotées à la Bourse de Tel Aviv, a été fondée par le professeur Michel Revel, qui en est le directeur scientifique. M. Revel est membre émérite du corps professoral de l’Institut Weizmann des sciences et lauréat du prix Israël, la plus grande distinction du pays. Il est également le créateur de Rebif, un médicament contre la sclérose en plaques maintenant commercialisé par Merck et vendu pour des milliards d’euros dans le monde.

Revel a fondé Kadimastem en 2009 avec Yossi Ben-Yossef, sur la base de recherches en thérapie cellulaire menées par Revel à l’Institut Weizmann. Ces recherches se concentrent sur les cellules vivantes transplantées dans l’organisme pour remplacer les cellules défectueuses qui causent des maladies.

« Dans la méthodologie de thérapie cellulaire développée et mise en œuvre par Kadimastem, nous prenons des cellules souches embryonnaires, nous les développons en grandes quantités et nous les différencions en cellules spécialisées », dit-il. « Nos cellules sont injectées au patient, remplaçant et compensant l’activité biologique des cellules endommagées. »

Une chercheuse travaillant dans le laboratoire de Kadimastem à Nes Ziona en Israël (Hagit Stavinsky)

L’entreprise opère dans deux domaines principaux : les maladies neurologiques, avec pour but de remplacer les cellules du système nerveux qui ont cessé de fonctionner ; et le diabète de type 1, dans lequel les cellules qui sécrètent l’insuline nécessaire pour absorber le sucre cessent de fonctionner. « Nous développons des cellules qui sécrètent de l’insuline et régulent la glycémie », a-t-il dit.

Dans le domaine neurologique, le cabinet a démarré des essais cliniques, encore très précoces et sur un petit groupe de patients, pour remplacer les cellules astrocytaires, qui sont responsables du soutien des neurones permettant l’activité musculaire. Chez les patients atteints de sclérose latérale amyotrophique, les astrocytes défaillants entraînent une dégénérescence des neurones et une détérioration du contrôle musculaire à mesure que la maladie évolue.

« Tous les patients atteints de la sclérose latérale amyotrophique meurent un jour ou l’autre », a déclaré M. Epstein, car il n’existe aucun remède connu contre cette maladie. « Au fur et à mesure que la maladie progresse, les patients finissent par perdre le contrôle de leurs muscles respiratoires, y compris le diaphragme, ce qui entraîne de graves complications respiratoires, la cause de décès la plus courante chez les patients atteints de sclérose latérale amyotrophique.

Dans leurs travaux à Kadimastem, les chercheurs ont « différencié » les cellules souches embryonnaires en astrocytes. La littérature scientifique a indiqué que les cellules astrocytaires jouent un rôle important dans le soutien des cellules défectueuses dans la sclérose latérale amyotrophique et d’autres maladies neurodégénératives, a déclaré Revel dans un communiqué publié par l’entreprise.

Le laboratoire Kadimastem à Nes Ziona, Israël (Hagit Stavinsky)

Ces cellules ont été injectées dans la moelle épinière des patients, où elles ont sécrété divers facteurs qui agissent comme des « goodies », dit Epstein. Dans les essais sur les animaux, ces cellules ont créé une couche protectrice autour des neurones endommagés, empêchant toute détérioration supplémentaire et maintenant et soutenant l’activité restante des neurones et des muscles.

Les cellules ont également pu sécréter des facteurs qui éliminent les matières toxiques accumulées sur les neurones endommagés, agissant ainsi comme un « camion à ordures », en éloignant les matières toxiques et nocives des neurones, a expliqué Epstein.

Aujourd’hui, l’essai clinique de phase 1/2a mené chez l’homme « est le premier au monde dans lequel des cellules astrocytaires vivantes, nos propres cellules AstroRx, ont été transplantées chez l’homme », a-t-il fait valoir.

L’essai, qui a débuté l’année dernière, se déroule au centre médical Hadassah Ein Kerem à Jérusalem sur 21 patients répartis en quatre groupes.

« Chaque groupe reçoit nos cellules AstroRx », a expliqué M. Epstein, expliquant que l’entreprise est très enthousiasmée par les résultats intermédiaires du premier groupe, qui a reçu la dose la plus faible des cellules – environ 100 millions de cellules injectées dans le liquide médullaire de chaque patient.

Les résultats sont « très significatifs pour les patients atteints de sclérose latérale amyotrophique et pour nous », a-t-il déclaré. « Nous espérons que dans les autres groupes, l’efficacité et l’innocuité seront améliorées ou prolongées. Kadimastem a fait avancer la recherche pour trouver un traitement contre la sclérose latérale amyotrophique, mais a également démontré que la société a la capacité de différencier les cellules en cellules fonctionnelles de qualité clinique, aptes à l’injection et également efficaces chez les humains. »

Un deuxième groupe de patients, faisant partie du même essai clinique de phase 1/2a en cours, recevra 250 millions de cellules ; le groupe trois recevra deux doses de 250 millions de cellules chacune, pour voir si des traitements répétés donneront de meilleurs résultats ; et le quatrième groupe devrait recevoir une dose de 500 millions de cellules AstroRx.

Le chemin à parcourir est encore très long, a souligné Epstein, et il faudra des années avant qu’un médicament soit mis à la disposition des patients. L’essai de phase 1/2a en cours devrait se terminer à la fin de l’année 2020, puis un autre essai débutera, avec un plus grand nombre de patients et dans un certain nombre de centres médicaux, espérons-le.

Les actions de la société ont baissé de 2,1 % au cours des 12 derniers mois, portant sa valeur de marché à 74 millions de shekels (18,5 millions d’euros), à la fin de la journée de mercredi.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...