Pour David, pas de sionisme sans un retour bio à la ‘Terre promise’
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PortraitUne alyah bio en Israël - deuxième épisode

Pour David, pas de sionisme sans un retour bio à la ‘Terre promise’

David Alliel fabrique déjà ses propres produits de soins corporels et continue de se former dans les multiples lieux israéliens dédiés à la permaculture et au développement durable

Journaliste Société-Reportage

Coup de foudre entre un navet bio imposant et David, volontaire durant un an dans le champ bio du kibbouts Sde Eliahou (Crédit: David Alliel)
Coup de foudre entre un navet bio imposant et David, volontaire durant un an dans le champ bio du kibbouts Sde Eliahou (Crédit: David Alliel)

Grand, fin, athlétique, David Alliel, 27 ans s’avance dans la salle à manger du kibboutz Sde Eliahou. Couvert de sueur et de terre il revient des champs organiques en compagnie de jeunes anglaises, d’Africains du Sud, d’Israéliennes en service civil, d’Américains, tous volontaires. C’est la pause-déjeuner.

S’il jure un peu dans l’assemblée, c’est que la coupe de ses habits ajustés trahit une certaine coquetterie. Celle d’un jeune urbain d’origine française, ex-habitant de Tel Aviv, qui a choisi de plaquer sa vie confinée dans l’open-space d’une start-up, pour le grand air, quoique brûlant, de la vallée du Jourdain.

« En été, explique-t-il, on arrête un peu plus tôt le travail, quand il fait trop chaud: c’est-à-dire plus de 42°. Tu le sens parce que quand tu ouvres les yeux, ça brûle ».

Le kibboutz Sde Eliahou, a été fondé en 1934 par des pionniers juifs allemands. Et ce, contre l’avis des autorités sanitaires craignant la malaria dans ces anciens marais désormais asséchés et infestés de moustiques. Il est réputé pour sa culture du travail « à la dure ».

Dans la salle à manger, les manuels, travaillant dans les dattiers, les vignes, les champs de coton, se distinguent des cols blancs, ingénieurs agronomes, informaticiens fonctionnaires, par le fameux ‘tempel’, le bob, qu’ils conservent à table. David a lui opté pour la coiffe traditionnelle des paysans arabes, un élégant keffieh en lin blanc, qui lui permet de se protéger le visage du soleil et des nuages de sable.

Dans le champs bio de Sde Eliahou en hiver (les champs sont encore verts) après la récolte d'un navet bio aux dimensions imposantes
Dans le champs bio de Sde Eliahou en hiver (les champs sont encore verts) après la récolte d’un navet bio aux dimensions imposantes.

Après la pause, c’est le retour au champs – lui sur son vélo électrique – pour désherber les lignes de légumes à la main, planter des graines, récolter des navets ou des laitues, sous la conduite de Boaz. Grande silhouette à la Jacques Brel et visage buriné de héros de western, ce grand promoteur du bio à Sde Eliahou fait pousser choux et choux-fleurs, brocolis, tomates et poivrons, aubergines, pommes de terre, et navets, coriandre aneth et céleri, en se battant contre la chaleur, les prédateurs et sans insecticide.

David, ex-Strasbourgeois passé par des études de génie environmental et de biologie est venu à Sde Eliahou pour voir « une saison entière » de la terre : les labours, les semis, l’arrosage, le désherbage, le cycle de chaque plante suivant les saisons et enfin les récoltes. Aujourd’hui, il a mis au point un site pour mettre en relation  acheteurs et producteurs de bio.

Le soleil s’est couché depuis quelques heures, et la nature alentour bruisse des sons de la nuit : chouettes-effraies, chauve-souris, rongeurs frayant dans les broussailles. Le chœur des grenouilles concurrence celui des grillons. Plus loin, on entend les rires d’une meute de chacals. Ce soir, autour de quelques bougies, on fête le départ du volontaire.

« Ma femme me demande comment je vais faire sans David, » sourit Boaz, la veille de son départ dans la zoula, lieu où se reposent la journée les travailleurs des champs à l’ombre d’un grand arbre.

A l’automne dernier, alors que les feuilles des plants de poivrons se faisaient grignoter chaque nuit par des lapins, David met au point une décoction de piments rouges, dont le jardin organique regorgeait. Les rongeurs n’ont apparemment pas apprécié cette soupe très épicée pulvérisée sur les feuilles et ne sont pas revenus.

Un sionisme agricole sinon rien

Après 6 mois passés dans les bureaux d’une boîte High-tech à Tel Aviv, et une rapide introspection il arrive à la conclusion que tout cela « n’a pas de sens »: « je ne me voyais pas travailler dans un bureau, attendre mon salaire ». Via des vidéos sur internet il s’initie à la permaculture, une agriculture basant son développement sur l’interactions vertueuses entre les plantes. Olivier Benhamou nous en avait dessiné les grands principes ici.

permaculture

La carte ci-dessus, éditée par le site Israel Permaculture, recense les projets en permaculture actuels en Israël.

En Israël depuis quelques années, l’idée de la permaculture, et de l’agriculture bio fait son nid. On compte par dizaines les fermes d’apprentissage, les projets de forets comestibles auxquels les régions et le KKL participent, les kibboutzim alternatifs où l’on apprend l’agriculture naturelle et bio.

Pour David, il ne s’agit rien de moins que « le vrai sionisme » : « chaque juif doit apporter quelque chose à la terre d’Israël son grain de sel pour le Tikkun Olam (la ‘réparation du monde’, un des objectifs de la Torah, selon la tradition juive liturgique, exégétique et kabbalistique-Ndlr). Moi, je vis mon sionisme par la permaculture, le fait de réconcilier l’homme avec la terre d’Israël ».

L’apprentissage du « bon sens » au kibboutz Lotan

Il part alors au kibboutz Lotan, niché au pied des monts Edom qui bordent la frontière israelo-jordanienne dans l’est du Néguev. Mike Kaplin, le fondateur du cours de permaculture, un collectivisme basé sur « un judaïsme égalitaire ».

David (g) au kibboutz Lotan devant une maison construite de paille et de terre à l'isolations idéale. Au centre Mike Kaplin, fondateur des cours de permaculture.
David (g) au kibboutz Lotan devant une maison construite de paille et de terre à l’isolations idéale. Au centre Mike Kaplin, fondateur des cours de permaculture.

Il dispense une formation intensive de 4 semaines, le Green Apprenticeship, qui mêle apprentissage de la permaculture, du développement durable d’une communauté. Ce qui inclut la gestion de l’eau des déchets et la construction de bâtiments en matériaux naturels.

« J’ai appris comment bien équilibrer un compost, les techniques de permaculture, et aussi les constructions écologiques en boue et en paille, » explique David.

A priori peu engageantes, ce type de maisons sert pourtant à accueillir la maison d’hôtes du kibboutz, qui s’avère très agréable, notamment grace à l’ocre apaisant des murs, et à la fraîcheur qui y règne malgré les chaleurs écrasantes des étés dans le Néguev.

David explique: « Le mazgan – la climatisation en hébreu – ne sert à rien ici ! Ces maisons sont trop bien isolées. Il peut faire 40° dehors, à l’intérieur la température ambiante reste à 25° ». En hiver, à l’instar des maisons de campagnes françaises aux murs de pierre épais, la température reste constante. « Ils nous demandaient de relever la température tous les matins. Elle ne bougeait pas ».

A Lotan, David a aimé cet apprentissage « du bon sens » : le fait de ne pas se contenter de limiter l’impact négatif de l’homme sur la nature, mais d’avoir un « impact positif », d’enrichir le sol en l’exploitant plutôt que l’appauvrir, par exemple à l’aide de toilettes sèches qui transforment les excréments en compost.

« L’homme est le seul animal qui produise des choses – les déchets – qui ne servent pas la nature. Un troupeau de vaches qui paissent et qui fait ses besoins laissent pour l’année suivante un engrais naturel pour faire pousser l’herbe. Le cycle est vertueux ».

Fabriquer soi-même des produits de soins du corps, et d’entretien de la maison naturels

A l’instar des eaux usées de Lotan – les « eaux grises » issues des vaisselles et des douches par exemple – qui servent ensuite à l’arrosage des arbres. Quid de l’impact des produits d’entretien toxiques sur les plantes ? Aucun, car ils ont été remplacés : « On les fait nous même ! ».

« Pour nettoyer les douches et les toilettes, on fait fermenter des zestes d’oranges. C’est aussi efficace que les detergent industriels, » assure-t-il.

David, qui ne mange plus aucun produit alimentaire transformé, ne recours plus qu’à des produits de soin naturels. Il les faits lui-même, et nous en donne les recettes.

Déodorant :

« Je mélange 100ml d’eau et 100ml d’alcool, une cuillère à café de bicarbonate de soude et trois gouttes d’huile essentielle d’arbre à thé » connue pour ses propriétés antivirales, antifongiques et antiseptiques.

Shampoing naturel :

La recette est simplissime : « Un œuf cru et de l’huile d’olive. Le blanc de l’œuf enlève tous les corps gras et le jaune nourri le cuir chevelu. L’huile d’olive rend le cheveu plus soyeux. Depuis que je suis passé au shampoing naturel je n’ai plus de pellicules ».

Dentifrice :

« Je le fabrique avec de l’argile blanche, que je mélange avec de l’huile de coco, et quelques gouttes essentielles de menthe ».

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