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Pour l’ex-chef de la police, les attaques de Netanyahu contre lui sont « tristes »

Dans un enregistrement qui a fuité, on peut entendre Roni Alsheich dire le mois dernier que le Premier ministre ne l'avait pas nommé à plein temps pour accroître son influence

L'ancien chef de la police Roni Alsheich donne une interview à la Douzième chaîne à Tel Aviv, le 5 septembre 2019. (Crédit : Flash90)
L'ancien chef de la police Roni Alsheich donne une interview à la Douzième chaîne à Tel Aviv, le 5 septembre 2019. (Crédit : Flash90)

L’ex-chef de la police Roni Alsheich a critiqué les attaques verbales dont il a fait l’objet de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours de son mandat ainsi que les agressions de ce dernier à l’encontre de la police israélienne en raison des enquêtes pour corruption, les qualifiant de « tristes ».

Alsheich a quitté la police l’année dernière à l’issue d’un mandat marqué par des querelles publiques avec Netanyahu et d’autres responsables politiques. Depuis, il fait preuve d’un silence relatif.

« Cette situation dans laquelle nous sommes qui voit un bon nombre de personnalités du gouvernement s’en prendre à la police est vraiment problématique », a déclaré Alsheich, le mois dernier, lors d’une conférence à huis-clos dont des extraits ayant fuité ont été diffusés jeudi par la Douzième chaîne.

Rappelant certaines attaques de Netanyahu à l’encontre de la police – notamment lorsque celui-ci avait dit lors d’un discours l’année dernière que le successeur d’Alsheich aurait à accomplir « un travail de réhabilitation très significatif » – l’intéressé a déclaré que « c’est triste. Je ne peux pas juger une personne dans une situation où elle a besoin de se défendre publiquement elle-même ».

« C’est triste », a-t-il répété.

« J’aurais attendu qu’il dise : ‘J’ai la certitude que le système judiciaire et de la police fera son travail et que mon innocence sera enfin prouvée ».

Le chef de la police Roni Alsheich et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, photographiés au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Alsheich est allé jusqu’à laisser entendre que le gouvernement s’était retenu de le nommer définitivement et à plein temps l’année dernière de manière à ce que la police ne soit dirigée que par un commissaire intérimaire, ce qui aura permis aux responsables politiques de garder une plus grande influence sur l’instance.

« Il y a des candidats excellents dans la police qui peuvent être commissaires, ne laissez personne vous dire le contraire », a-t-il déclaré. « Ce qui signifie qu’il y avait quelqu’un qui ne désirait pas qu’un commissaire soit nommé. C’est une très mauvaise chose. De par la loi, le commissaire est indépendant, or il n’était pas envisagé qu’un commissaire en titre puisse avoir son indépendance ».

Alsheich a appelé, le mois dernier, à ce qu’un chef permanent soit désigné à la tête de la police, affirmant que « l’indépendance de la police est absolument centrale dans la société israélienne. Pour qu’il y ait une indépendance, il doit y avoir un commissaire permanent. Il est impensable que nous ayons traversé neuf mois sans commissaire permanent, et que personne n’ait rien dit ».

La police est dirigée par intérim par Motti Cohen depuis le 2 décembre 2018, date d’expiration du mandat d’Alsheich, après que Moshe Edri, le candidat au poste proposé par le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a retiré sa candidature dans un contexte de scandale public suite à des écarts de conduite.

Depuis, la dissolution de la Knesset et l’organisation de deux élections ont retardé davantage la nomination d’un commissaire permanent.

Le chef intérimaire de la police israélienne Motti Cohen. (Police israélienne/Wikipedia/CC BY-SA)

Selon le reportage de jeudi, Alsheich a déclaré qu’il n’avait pas eu de rôle direct dans les enquêtes contre Netanyahu et que sa seule implication avait été de défendre en public les agents chargés des enquêtes.

« Je sais que j’ai le cuir suffisamment épais, mais ce n’est pas le cas pour d’autres – pour les enquêteurs qui ont des enfants dans les crèches, et je ne sais pas ce qui a pu être dit sur eux dans les jardins d’enfants et ce qu’ils ont pu également ramener chez eux », a-t-il dit. « Finalement, c’est quand ça commence à toucher la famille – là, j’ai dû entrer dans une bataille proverbiale ».

« Ça n’a pas été une bataille compliquée – je suis allé voir la presse une seule fois, et ça s’est arrêté », a-t-il ajouté, se référant à une interview accordée à l’émission d’investigation « Uvda », sur la Douzième chaîne.

Celui qui a terminé son mandat à la tête de la police israélienne l’année dernière a supervisé les trois enquêtes contre Netanyahu, qui ont finalement toutes donné lieu à des recommandations d’inculpations du Premier ministre pour pots-de-vin et autres accusations. Le procureur général Avichai Mandelblit a depuis annoncé qu’il prévoyait d’inculper Netanyahu et devrait prendre une décision finale sur le dossier suite à une audience qui a eu lieu au début du mois d’octobre.

Le mandat de quatre ans d’Alsheich s’était achevé après qu’Erdan, qui s’était souvent querellé avec lui, a refusé de prolonger son état de service d’une année supplémentaire, comme c’est d’habitude le cas.

Netanyahu, qui avait orchestré la nomination d’Alsheich, n’aura jamais caché l’aversion qu’il a nourrie à l’encontre du chef de la police au cours des dernières années, l’accusant de laisser fuiter des informations de l’enquête auprès des journalistes et de mener « une chasse aux sorcières ».

Alsheich a indiqué qu’il lui était difficile d’envisager un scénario dans lequel Netanyahu ne serait pas inculpé pour pots-de-vin dans les dossiers de corruption qui l’impliquent.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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