Première visite sur le mont du Temple pour des députés juifs depuis 2015
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Première visite sur le mont du Temple pour des députés juifs depuis 2015

Yehudah Glick et Shuli Moalem-Refaeli se sont rendus sur le lieu sensible pour un test ; la Jordanie fustige une décision “irresponsable”

Le député Yehuda Glick (au centre, à gauche), marche pieds-nus, escorté par la police israélienne et des sympathisants, sur l'esplanade du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem Est, le 19 août 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Le député Yehuda Glick (au centre, à gauche), marche pieds-nus, escorté par la police israélienne et des sympathisants, sur l'esplanade du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem Est, le 19 août 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Deux députés juifs sont retournés mardi sur le mont du Temple à Jérusalem, pour la première fois depuis octobre 2015, date à laquelle le gouvernement a interdit aux membres de la Knesset de s’y rendre, afin de tenter de réduire les tensions de la vague de terrorisme qui frappait le pays.

Ces visites sont largement considérées par les Palestiniens comme une provocation et une présence israélienne supplémentaire sur le mont du Temple.

Yehuda Glick (Likud) et Shuli Moalem-Refaeli (HaBayit HaYehudi) se sont rendus sur le complexe saint, qui s’est récemment retrouvé au cœur d’une crise de grande ampleur, opposant les autorités israéliennes et les musulmans, suite aux mesures de sécurités controversées implantées aux entrées du mont du Temple. Des détecteurs de métaux et des caméras ont été installés après un attentat meurtrier qui a causé la mort de deux policiers israéliens. Trois terroristes arabes israéliens les ont abattus avec des armes qu’ils avaient fait entrer clandestinement sur le mont du Temple.

Après des discussions avec le procureur général Avichai Mandelblit, le Premier ministre a décidé au début du mois de juillet que l’interdiction faite aux députés serait levée pour une période de sept jours, ce qui permettrait d’évaluer les retombées de cette mesure. Mais mardi, il semblait que cette période d’essai ait été réduite à une journée.

Le site reste interdit d’accès aux membres du gouvernement. Le gouvernement et la police ont déclaré qu’ils étudieraient une autorisation régulière dans un futur proche.

Glick et Moalem-Refaeli se sont promenés sur place avec un petit nombre de personnes, escortés par les forces de sécurité israéliennes. La visite s’est déroulée sans incident.

La visite de Glick, militant du droit des juifs à prier sur le mont du Temple, s’est déroulée sans incident, en dehors de cris de « Dieu est le plus grand » lancés en forme de protestation à son adresse par des fidèles musulmans présents sur le premier lieu saint du judaïsme et troisième lieu saint de l’islam.

Plusieurs membres de l’association de gauche La Paix Maintenant ont manifesté devant le mont du Temple, accusant les députés de provocation.

Glick a rejeté ces allégations, indiquant que les Juifs qui se rendent sur le mont du Temple ne sont pas responsables des attentats terroristes.

« J’ai une vision du monde particulière », a-t-il dit de façon ironique. « Je tiens pour responsable de l’attaque celui qui l’a perpétrée. Et celui qui incite au meurtre est coupable. Et je suis convaincu que celui qui visite le site contribue à la paix dans le monde, et que celui qui promeut l’incitation et la haine est coupable. »

Dans le cadre d’un accord vieux de plusieurs décennies appliqué par Israël, seuls les musulmans sont autorisés à prier sur l’esplanade Haram al-Sharif selon sa dénomination arabe, qui abrite le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa.

En se rendant sur le mont du Temple, Moalem-Refaeli a demandé à ceux qui l’entouraient de dédier leurs actions à la mémoire d’Haiel Sitawe, 30 ans, et de Kamil Shnaan, 22 ans, les deux policiers tués le 14 juillet.

Les Juifs (en dehors des députés depuis 2015) ont le droit de visiter le site à certaines heures, mais y prier est permis uniquement aux musulmans.

Yehuda Glick a cependant reconnu auprès des journalistes à sa sortie avoir prié en son for intérieur pour sa femme, actuellement dans le coma, pour sa famille et pour Israël. Il a marché sur l’esplanade pieds nus.

« Le mont du Temple est la source de ma vie, a-t-il dit. Je le visite en priant que je sois méritant. J’ai prié pour moi, pour ma famille, pour mes enfants et pour ma femme, ainsi que pour la paix dans le monde. »

La députée Shuli Moalem-Refaeli sur l'esplanade du mur Occidental après avoir visité le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 août 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
La députée Shuli Moalem-Refaeli sur l’esplanade du mur Occidental après avoir visité le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 août 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Glick a également confié avoir prié pour que le Premier ministre Benjamin Netanyahu soit innocenté dans les multiples enquêtes de police dont il fait l’objet, et pour la fin des guerres dans le monde.

« J’ai prié pour que Dieu renforce notre Premier ministre et qu’il lui donne la force de faire son travail, qu’il soit innocenté, et qu’il continue à unir notre nation. J’ai demandé la paix en Syrie, en Iran, en Afghanistan, au Yémen, pour qu’aucune nation n’élève son glaive contre une autre. »

En 2014, un terroriste palestinien avait tenté d’assassiner Glick en raison de son militantisme pour le mont du Temple. Le tireur avait dit à Glick, juste avant de tirer sur la gâchette, qu’il était « un ennemi d’al-Aqsa ».

Les députés juifs étaient autorisés à visiter l’esplanade dans la matinée, mais Glick et Moalem-Refaeli ont été les seuls à le faire. Les parlementaires musulmans ont été autorisés à venir dans l’après-midi, mais ces derniers ont indiqué ne pas avoir l’intention de le faire et ont annoncé ne pas avoir besoin de la permission du Premier ministre pour se rendre sur le lieu saint.

En permettant la visite aux politiciens de droite, « on cherche à provoquer les Arabes et les musulmans et à envenimer la situation », a dit l’un de ces députés, Massoud Ganaim.

Le député Ahmad Tibi, de la Liste arabe unie, avait qualifié la visite des députés juifs de « provocation ».

Le député arabe israélien Ahmad Tibi en visite à la mosquée Al-Aqsa, le 25 février 2014. (Crédit : Sliman Khader/Flash90)
Le député arabe israélien Ahmad Tibi en visite à la mosquée Al-Aqsa, le 25 février 2014. (Crédit : Sliman Khader/Flash90)

« Les députés de la Liste arabe unie ne viendront pas dans la mosquée d’al-Aqsa par provocation et sous les conditions imposées par Netanyahu et par la police israélienne, a-t-il dit. Les députés arabes s’y rendront quand ils le souhaitent, et non pas quand Netanyahu le désire. C’est ainsi que cela a toujours été, et c’est ainsi que les choses se passeront. »

Il a ajouté que les députés juifs de droite tentaient de changer le statu quo en vigueur sur le site.

« Les députés arabes viennent chez eux, dans leur mosquée, dit-il. Mais les députés extrémistes de droite prennent d’assaut la mosquée avec la protection du gouvernement israélien, et ce sont les mêmes qui veulent changer le statu quo pour les autoriser à prier dans la cour de la mosquée. »

« Le monde peut voir qui est l’incitateur, a ajouté Tibi, ceux qui se faufilent comme des voleurs la nuit, et qui agit de manière adaptée et responsable, comme le ferait le propriétaire du site de la mosquée. »

Lors d’une conférence de presse qui a suivi la visite des députés juifs, Tibi a comparé le message de paix de Glick à celui d’un ingénieur qui dit « faire une bonne action » en entrant dans un village arabe pour raser les maisons.

Glick a « pris d’assaut la mosquée d’al-Aqsa avec un message de paix, a affirmé Tibi. Il veut transformer ce site en ce qu’il appelle ‘le troisième Temple’, dans un message de paix. Avec plus de ‘paix’ comme celle-ci, nous serons perdus. »

La Jordanie, gardienne historique des lieux saints musulmans de Jérusalem, a pour sa part condamné la décision « irresponsable » prise par le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’autoriser les députés à visiter le mont du Temple, affirmant que cela ne fera qu’intensifier les tensions entre Israéliens et Palestiniens.

Mohammad Momani, porte-parole du gouvernement jordanien. (Crédit : autorisation)
Mohammad Momani, porte-parole du gouvernement jordanien. (Crédit : autorisation)

« La décision du Premier ministre israélien de lever l’interdiction faite aux membres de la Knesset de se rendre sur la mosquée d’Al-Aqsa est une décision irresponsable qui intensifiera les tensions et conduira à une escalade de la violence dans ce lieu saint pour les musulmans du monde entier », a déclaré Mohammad Momani, porte-parole du gouvernement jordanien, dans un communiqué diffusé à l’agence de presse officielle de Petra.

« Nous attendions des mesures qui iraient dans les sens des efforts internationaux, et spécialement des efforts américains mis en œuvre pour relancer les négociations de paix sur la base de la solution à deux états, et sur les principes internationaux, plutôt que sur ces mesures indignes », a-t-il ajouté.

Momani a appelé Netanyahu a restaurer l’interdiction faite aux députés, instaurée en 2015.

L’AFP a contribué à cet article.

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