Qualita s’excuse pour sa vidéo sur Meïr Kahane, mais la polémique continue
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Qualita s’excuse pour sa vidéo sur Meïr Kahane, mais la polémique continue

Les excuses de la station ont provoqué de vives réactions : si plusieurs auditeurs les ont saluées, de nombreux autres les ont largement condamnées

Entrée du siège de l'organisation Qualita. (crédit : Qualita)
Entrée du siège de l'organisation Qualita. (crédit : Qualita)

Qualita, association d’aide à l’intégration des olim français en Israël, est revenu et s’est excusé ce jeudi sur Facebook sur la polémique née quelques jours plus tôt.

Mardi, l’association avait publié une vidéo sur son site et ses réseaux sociaux sur l’histoire du rabbin Meïr Kahane « à l’occasion de l’anniversaire de la date de son assassinat ».

La présentation de la vidéo décrivait l’homme comme un « très grand leader du judaïsme américain avant de faire son alyah ».

Qualita a finalement supprimé peu après la vidéo sur son site et ses différents comptes. La page en cache du site restait néanmoins toujours accessible.

Dans ses excuses publiées jeudi, Qualita, par la voix de son président Marc Eisenberg, écrit : « L’émission du 5 novembre 2019 ‘Un jour notre histoire’ – d’ordinaire excellente – a été une erreur. Cette émission a été consacrée au ‘Rav’ Meïr Kahane. Cette programmation – imprévue – était, en elle-même, une grave erreur. C’est la responsabilité de toute la radio qui est ici en cause. »

« Expliquer que Meïr Kahane avait fondé la Jewish Defense League pour défendre les Juifs attaqués physiquement par les afro-américains à Brooklyn, sans préciser que cette ligue était particulièrement violente et, de ce fait, interdite aux États-Unis depuis 2001 comme organisation terroriste, et interdite dans de nombreux autres pays, était une grave erreur. »

« En France aussi, cette Ligue de Défense Juive qui n’a pas hésité à apporter son soutien à Marine Le Pen en 2011 est bannie par la quasi-totalité des Institutions juives communautaires et plusieurs de ses membres ont même été condamnés par la justice pour violence. »

La station ajoute que « ce qui caractérise l’action de Meïr Kahane, c’est la violence et le racisme. Pour n’avoir pas dénoncé cette idéologie au cours de cette émission de manière claire et forte, là aussi, nous avons commis une grave erreur ».

Elle précise que « le racisme est à l’opposé total des valeurs juives que nous défendons », citant ensuite des commandements bibliques et ajoutant que « pour toutes ces raisons, qualifier Meïr Kahane de ‘Rav’ n’est pas seulement une erreur grave, c’est une faute ».

Trois jours plus tard, la vidéo continuait à provoquer le débat. À l’heure actuelle, les commentaires sous les excuses de Qualita dépassaient les 500.

Si plusieurs auditeurs ont salué ces excuses, de nombreux autres les ont condamnées. Plusieurs utilisateurs ont également condamné la négation du titre de « Rav » à Meïr Kahane, certains allant même jusqu’à employer des termes qui pourraient être largement qualifiés d’incitation à la violence.

Plusieurs autres utilisateurs ont tiré un parallèle avec les vidéos de Qualita réalisées avec la rabbin Delphine Horvilleur qui, selon eux, n’auraient pas plus droit de cité que Meïr Kahane.

Suite à la publication de la vidéo mardi, Arie Avidor, ancien ambassadeur d’Israël au Sénégal, au Nigéria et au Conseil de l’Europe, avait écrit : « Là, nous nous enfonçons dans les matières les plus nauséabondes déposées au fond du marigot infect qui s’est malheureusement créé à la marge d’extrême-droite de l’alyah de France… »

En septembre dernier, Ariel Kandel, directeur général de Qualita, avait appelé à voter pour le parti nationaliste religieux Yamina, mené par Ayelet Shaked, ancienne ministre de la Justice.

Le rabbin Meïr Kahane lors d’une conférence de presse à New York, le 31 août 1984. (Crédit : Gene Kappock/NY Daily News Archive via Getty Images via JTA)

Avant son assassinat en 1990, Meïr Kahane appelait à l’expulsion des Arabes d’Israël et sa formation Kach avait de lourds antécédents en termes de harcèlement des Arabes israéliens. Avant de s’installer en Israël, Kahane était le leader de la Ligue de défense juive (LDJ) à New York. L’homme, au cours de sa vie, aura été condamné à des peines de prison aussi bien aux Etats-Unis qu’en Israël.

Quand Kahane fut élu à la Knesset en 1984 malgré une forte opposition, les autres députés quittaient le Parlement en masse à chaque fois qu’il était amené à prendre la parole. Les groupes juifs américains l’avaient, eux aussi, souvent dénoncé.

« Ce phénomène dangereux ne durera pas parce qu’aucune personnalité publique, aucun membre de la Knesset ne lui apporte son soutien », avait commenté un jour le Premier ministre Yitzhak Shamir issu du Likud au sujet de Kahane, selon Haaretz. Il avait également qualifié le rabbin de « dangereux ».

Des responsables du gouvernement israélien avaient également tenté de bloquer Kahane au moyen d’outils judiciaires et législatifs. Le maire de Jérusalem, Teddy Kollek, avait proposé un projet de loi anti-raciste pour interdire les discours prononcés par Kahane. La commission intérieure de la Knesset avait supprimé des privilèges de Kahane, qui lui permettaient entre autres d’envoyer du courrier gratuitement. Le procureur général avait vivement recommandé à la Knesset d’adopter une résolution interdisant la venue de Kahane dans les centres de population arabes. Le ministre de la Police avait examiné les moyens d’empêcher les rassemblements du parti Kach.

En 1988, Kahane avait été suspendu de la Knesset pour avoir insulté un membre arabe et brandi un nœud coulant à son encontre. La même année, alors que le parti de Kahane se préparait à remporter plus de 10 sièges lors des élections, il lui avait été interdit de se présenter en raison de son programme raciste – sur les vives recommandations du Likud. Kahane a été assassiné à New York en 1990 et, deux ans plus tard, la Cour suprême israélienne avait interdit aux formations qui lui avaient succédé de concourir à un scrutin.

Plus de trois décennies plus tard, il semblerait que les temps aient changé : Benjamin Netanyahu, actuel chef du Likud, a usé de son influence pour que les successeurs idéologiques de Kahane puissent se présenter à la Knesset lors des derniers scrutins. Craignant que la droite israélienne ne perde le pouvoir, Netanyahu a orchestré une fusion entre HaBayit HaYehudi – un parti national religieux – et Otzma Yehudit (Pouvoir juif), un groupe d’extrême-droite dirigé par les disciples de Kahane. Cette alliance augmentait les chances du parti uni de remporter suffisamment de votes pour siéger au Parlement israélien.

Plusieurs groupes juifs américains ainsi que des personnalités publiques israéliennes se sont opposés à cette fusion, la considérant comme la reconnaissance publique d’un extrémisme rejeté par les précédents gouvernements israéliens.

« Je n’aurais jamais pensé voir ça un jour », s’est exclamé Yossi Klein Halevi, un auteur américano-israélien disciple de Kahane dans sa jeunesse et opposant fervent de cette idéologie aujourd’hui, devant les caméras d’i24.

« Toutes les sociétés ont leurs fanatiques en marge. Mais ce qu’a fait le Premier ministre, parce qu’il est désespéré, parce qu’il est dans une course politique dans laquelle les écarts se réduisent de plus en plus, c’est ouvrir la porte au diable. »

De nombreuses organisations juives américaines centristes et libérales avaient fait savoir qu’elles s’opposaient à cette fusion. Le mouvement réformé, l’ADL (Anti-Defamation League), l’AJC (American Jewish Committee) et plusieurs autres groupes avaient qualifié l’encouragement apporté à Otzma Yehudit de caution inacceptable apportée à l’extrémisme.

La majorité des groupes juifs américains s’étaient également opposés aux activités menées par Kahane aux Etats-Unis et en Israël dans les années 1960, 70 et 80. Aux Etats-Unis, le groupe de Kahane avait manifesté avec violence pour le compte des Juifs soviétiques, notamment en faisant exploser des missions diplomatiques soviétiques à New York. Après avoir été emprisonné en Amérique pour avoir violé sa probation après la fabrication d’une bombe artisanale, Kahane était parti en Israël, où il avait été incarcéré pour avoir enfreint une ordonnance qui lui interdisait de se rendre à Hébron.

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