Quand Bruxelles signifiait être exempt de peur pour un Israélien
"Il y a des inquiétudes parmi les personnes comme moi, mais aussi chez les juifs non pratiquants, dit un rabbin. En ce qui me concerne, mes valises sont prêtes"
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JTA – En grandissant, les voyages pour rendre visite à ma famille juive à Bruxelles avaient un goût de liberté.
Dans mon Israël natal, des vagues d’attaques terroristes palestiniennes me maintenaient sous surveillance maternelle constante. La peur des explosions régulières dans les bus limitait mes excursions à une distance raisonnable en vélo.
Dans les rues tranquilles de la capitale belge, par contraste, je pouvais me promener à volonté dans le mélange d’architecture médiévale et de gratte-ciels de verres et d’acier. Même prendre le tram avec mon cousin Eli était exaltant. Les rails semblaient s’étendre sans fin, et il y avait cet ajout d’excitation de se faire potentiellement pincer sans ticket, que nous n’avions jamais pris la peine d’acheter.
Mardi, une série d’explosions a tué 34 personnes – 14 à l’aéroport Zaventem et 20 autres dans une station de métro qu’Eli et moi avions l’habitude d’utiliser.
« L’angoisse est terrible », m’a dit le père d’Eli, mon oncle, se rappelant avoir rapidement compté la famille après avoir appris les attaques. « Mais ce qui est aussi horrible, c’est que ces attaques vous réduisent à vous sentir heureux que les victimes soient des étrangers, et non vos propres amis et ou votre famille. »
En visite à Bruxelles au début du mois, j’avais senti un changement. La ville ne se sentait plus libre.
Pendant une dédicace d’un philosophe juif français, Alain Finkielkraut, j’avais été choqué de voir qu’il était accompagné d’un garde du corps. Devant le bâtiment, une douzaine d’officiers de police montait la garde.
N’était-ce pas une réaction excessive des autorités à l’assassinat en mai 2015 de quatre personnes au musée juif de Bruxelles ? ai-je demandé à Joël Rubinfeld, le directeur de la ligue belge contre l’antisémitisme (LBCA).
« Nous sommes tous des cibles à présent – philosophes, militants antiracisme, journalistes, policiers, les personnes au restaurant », avait alors rétorqué Rubinfeld.
Dans un quartier sud de Bruxelles, mardi après-midi, le rabbin Shalom Benizri attendait toujours des nouvelles de ses proches quand j’ai appelé chez lui. Une surcharge de communications avait désactivé les services de téléphonie mobile de plusieurs fournisseurs, laissant des milliers de personnes incapables de joindre leurs proches inquiets.
Benizri, qui dirigeait une grande communauté sépharade dans le centre de Bruxelles avant que ses membres ne déménagent à cause de la criminalité rampante du quartier très musulman, s’est rappelé de la fusillade du musée.
« Nous étions les cibles à ce moment, mais à présent tout le monde est une cible », a dit Benizri, faisant écho à Rubinfeld.
Pendant l’attentat, Benizri était à l’aéroport, sur le point d’embarquer dans un vol pour Israël, où vivent plusieurs de ses enfants. Alors que le chaos émergeait et que des centaines de personnes fuyaient le bâtiment en feu, il a repris sa voiture et est rentré à la maison.
Dans sa maison verrouillée – une précaution qui s’applique probablement particulièrement pour les rabbins orthodoxes comme lui – Benizri m’a dit qu’il faisait partie des juifs locaux qui ne voyaient pas de futur pour leur famille en Belgique.
« Il y a des inquiétudes importantes non seulement parmi les personnes comme moi, mais aussi chez les juifs non pratiquants, a-t-il dit. En ce qui me concerne, mes valises sont prêtes. »
Lui souhaitant un joyeux Pourim, j’ai raccroché, le cœur serré, par rapport à ce qui arrivait à la ville que j’aime – qui n’est située qu’à 200 kilomètres d’Amsterdam, où je vis à présent avec ma femme et mon fils de quatre mois.
Essayant de poser le doigt sur le moment où les choses sont devenues hors de contrôle en Belgique, et en Europe de l’Ouest en général, je me suis souvenu d’une conversation que j’avais eue avec Eli il y a 20 ans, dans une station de métro de Bruxelles.
Accoutumé à la hausse débutante de la violence antisémite de laquelle je n’étais pas conscient en tant qu’étranger, Eli m’avait demandé de l’appeler « Ile », une anagramme de son prénom, quand nous étions dans la rue. Peut-être aurais-je dû comprendre à ce moment.
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