Réaction des Palestiniens après le vote de la Knesset de la loi de Régulation
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Réaction des Palestiniens après le vote de la Knesset de la loi de Régulation

Abbas et Erekat condamnent la loi légalisant des logements en Cisjordanie, qui viole selon eux la résolution 2334 ; La Paix Maintenant porte la loi devant la Cour suprême

Saeb Erekat (Crédit : Flash90)
Saeb Erekat (Crédit : Flash90)

Des responsables palestiniens ont réagi au vote de la loi de Régulation adoptée à la Knesset lundi soir, avec 60 votes pour et 52 contre.

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a fustigé lundi la nouvelle loi israélienne qui permettra à l’Etat de s’approprier des terres palestiniennes en Cisjordanie, l’accusant de « légaliser le vol ».

La loi atteste de « la volonté du gouvernement israélien de détruire toute chance de solution politique », a indiqué l’OLP dans un communiqué, estimant que « l’entreprise de colonisation d’Israël est une entrave à la paix et à la possibilité d’une solution à deux états ».

Voici le communiqué de l’Organisation de libération de la Palestine :

« Alors que des milliers de Palestiniens dans Gaza assiégée sont terrorisés par les bombardements israéliens, le parlement israélien vient d’approuver une loi destinée à légaliser le vol de terres palestiniennes. Le pillage est illégal. Toutes les colonies israéliennes en Palestine occupée sont illégales et constituent un crime de guerre quelle que soit la loi adoptée par le Parlement israélien ou toute décision prise par un juge israélien. L’entreprise de colonisation israélienne nie la paix et la possibilité d’une solution à deux États. »

L'implantation d'Ofra, dans le centre de la Cisjordanie, le 17 novembre 2016. (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)
L’implantation d’Ofra, dans le centre de la Cisjordanie, le 17 novembre 2016. (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)

« La loi israélienne pour ‘légaliser le vol’ [dite de Régulation] est aussi une autre affirmation du gouvernement israélien pour que les colons et les forces d’occupation israéliennes puissent poursuivre leurs attaques contre la terre et le peuple palestinien. »

« Les violations systématiques par Israël des droits et des vies des Palestiniens doivent être arrêtées. La communauté internationale a la responsabilité de prendre des mesures concrètes pour protéger le peuple palestinien sous le régime militaire d’Israël, plutôt que de simplement faire des déclarations. »

« Il est temps de tenir Israël responsable de ses violations systématiques du droit international, au mépris de la volonté internationale collective d’agir pour la paix. »

« Personne ne devrait avoir des doutes sur la volonté du gouvernement israélien de détruire les chances d’une solution politique. Il est temps de cesser de traiter Israël comme un État au-dessus de la loi », a déclaré dans un communiqué Saeb Erekat, négociateur palestinien en chef et responsable de l’OLP.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant un rassemblement commémorant le 12e anniversaire du décès de Yasser Arafat à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 novembre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant un rassemblement commémorant le 12e anniversaire du décès de Yasser Arafat à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 novembre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Le bureau du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déclaré dans un communiqué que la loi « est une violation de la résolution 2334 [du Conseil de sécurité] des Nations unies« , qui a été adoptée en décembre 2016 et condamne les implantations israéliennes en Cisjordanie.

Jibril Rajoub, responsable palestinien, a déclaré au Times of Israël immédiatement après le vote que « le bon endroit pour parler de cette loi, c’est la Cour [pénale] internationale à La Haye. Bibi [Benjamin Netanyahu] et [Naftali] Bennett [qui préside le parti HaBayit HaYehudi] sont responsables de cela. Le monde devrait dire si Israël peut continuer à se comporter comme le caïd du quartier ou doit se comporter conformément au droit international. »

La Liste arabe unie, alliance politique de quatre partis majoritairement arabes qui occupe 13 sièges à la Knesset, a déclaré que l’adoption de la loi était « un message au monde, Israël continuera sa politique d’implantation, de colonisation et de guerre. »

La loi « a condamné à mort la solution diplomatique » et elle reflète la détermination du gouvernement de droite à mettre en place une « annexion rampante », a affirmé le parti.

La Paix Maintenant, ONG israélienne de gauche, a annoncé immédiatement après le vote qu’elle ferait appel à la Cour suprême pour faire annuler la loi.

« Ce soir, il est devenu évident que [Benjamin] Netanyahu veut compromettre le futur des Israéliens et des Palestiniens afin de satisfaire un petit groupe de colons extrémistes au profit de sa seule survie politique », a déclaré l’association sur Twitter.

« En adoptant cette loi, Netanyahu fait du vol la politique israélienne officielle et tache les livres de la loi israélienne. »

« Suite à cette folie, nous devons agir en adultes responsables et nous tourner vers la Cour suprême afin d’abattre cette loi dangereuse. »

B’Tselem, une association israélienne de défense des droits de l’Homme, a elle aussi fustigé la loi, affirmant que son adoption « prouve encore une fois qu’Israël n’a pas l’intention de mettre fin à son contrôle sur les Palestiniens. »

« Prêter un semblant de légalité à cet acte de pillage est une honte pour l’Etat et ses législateurs », a déclaré l’association lundi dans un communiqué.

B’Tselem a déclaré que le moment de l’adoption de la loi, « quelques semaines après la résolution 2334 des Nations unies, est une claque au visage de la communauté internationale. »

Même si la loi a été saluée par les membres du Likud, le parti au pouvoir, et d’autres partis de droite, le procureur général d’Israël, Avichai Mandelblit, a prévenu que la loi était contraire au droit local et international, et a indiqué qu’il ne pourrait pas la défendre devant la Cour suprême.

S’exprimant après le vote, Bezalel Smotrich de HaBayit HaYehudi, parti nationaliste religieux qui fut l’un des instigateurs du projet, s’est félicité de l’élection du président américain Donald Trump « sans lequel la loi ne serait pas probablement passée ».

Le président américain Donald Trump et son directeur de cabinet Reince Priebus dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 23 janvier 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le président américain Donald Trump et son directeur de cabinet Reince Priebus dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 23 janvier 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Erekat, négociateur de l’Autorité palestinienne, avait récemment déclaré que les responsables de la Maison Blanche, dont Jared Kushner, qui devrait devenir l’agent de liaison pour le Moyen Orient de l’administration Trump, ne répondaient pas aux messages des Palestiniens.

« Je ne connais pas ce type. Je ne connais aucun d’entre eux. Nous leur avons envoyé des lettres, écrit des messages, ils ne prennent même pas la peine de nous répondre », avait déclaré Erekat à Newsweek.

Au sujet du silence du président américain Donald Trump sur les récentes annonces israéliennes de constructions de milliers de logements dans les implantations de Cisjordanie, Erekat a déclaré que « nous, Palestiniens, sommes très inquiets que [Trump] ne commente pas. Trump est Trump, et les politiques sur les colonies dépendent de lui. Au final, la paix sera faite entre Palestiniens et Israéliens. »

« Mon scénario du pire : je suis sous occupation israélienne. Qu’est-ce que Trump fait pour moi ? », a-t-il demandé.

« Il n’est là que depuis une semaine. Si c’est la tendance des quatre années [à venir] : que Dieu nous aide, que Dieu aide le monde entier », a-t-il ajouté.

Avi Issacharoff et Raoul Wootliff ont contribué à cet article.

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