Susanne Wasum-Rainer, « honteuse et horrifiée » par l’antisémitisme post-Shoah
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Interview

Susanne Wasum-Rainer, « honteuse et horrifiée » par l’antisémitisme post-Shoah

L'attaque de la synagogue de Halle a été un "cauchemar" pour l'envoyée allemande en Israël, reconnaissant que la démocratie allemande est contestée par les populistes de droite

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadrice d'Allemagne en Israël, Susanne Wasum-Rainer, prononçant un discours à Tel Aviv à l'occasion de la Journée de l'unité nationale allemande, le 3 octobre 2019 (Noam Moskowitz)
L'ambassadrice d'Allemagne en Israël, Susanne Wasum-Rainer, prononçant un discours à Tel Aviv à l'occasion de la Journée de l'unité nationale allemande, le 3 octobre 2019 (Noam Moskowitz)

Le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz est une « date très difficile » pour elle, a confié cette semaine l’ambassadrice d’Allemagne en Israël, reconnaissant la responsabilité de son pays dans les atrocités perpétrées dans le camp de la mort nazi.

« Je ressens une profonde honte pour les crimes innommables commis par les Allemands. Je pense aussi à quel point il est important que l’Allemagne assume la responsabilité des crimes du passé et s’engage à maintenir la mémoire pour nos enfants et les générations futures », a déclaré le Dr Susanne Wasum-Rainer. Nous devons cette « culture du souvenir » aux millions de victimes innocentes des persécutions nazies. Nous le devons aussi à nous, les Allemands. »

Dans un entretien par courriel avec le Times of Israel avant la commémoration de cette semaine, la diplomate de haut rang de Berlin a parlé des efforts de son pays pour faire face à un passé difficile et pour s’assurer que la haine croissante à l’égard des Juifs soit tenue en échec.

« J’ai été horrifiée et profondément honteuse », a-t-elle dit à propos de la fusillade de Yom Kippour survenue le 9 octobre dans une synagogue de la ville de Halle, au cours de laquelle deux personnes ont été tuées à l’extérieur de la synagogue.

« Cela a été un cauchemar pour moi, de le suivre en tant que citoyenne allemande, mais aussi de le voir à travers les yeux d’Israël : un attentat contre une synagogue au milieu de l’Allemagne, où la communauté s’était réunie pour marquer le jour le plus saint du judaïsme, Yom Kippour ».

L’ambassadrice d’Allemagne en Israël Susanne Wasum-Rainer. (Avec l’aimable autorisation de l’ambassade d’Allemagne à Tel Aviv)

Wasum-Rainer, qui est ambassadrice d’Allemagne en Israël depuis octobre 2018, a réitéré l’engagement de son gouvernement à sécuriser les institutions juives en Allemagne et à lutter efficacement contre le déni et la distorsion de la Shoah.

« Nous vivons une période où la démocratie libérale et ses valeurs – liberté, démocratie, liberté d’expression religieuse, État de droit – sont soumises à la pression des mouvements populistes autoritaires de droite dans le monde entier. L’Allemagne n’est malheureusement pas épargnée par cette tendance », a-t-elle reconnu.

« Nous aurions souhaité que l’antisémitisme et le racisme disparaissent après la Shoah. Malheureusement, ce n’est pas le cas. »

La diplomate chevronnée a refusé de commenter l’actuelle guerre des mots entre Varsovie et Moscou au sujet du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que la décision du président polonais Andrzej Duda de boycotter un événement commémoratif à Jérusalem plus tard cette semaine parce qu’il n’a pas été autorisé à prendre la parole.

Elle a cependant estimé que « la Pologne est le pays qui a le plus souffert de l’occupation allemande et des crimes barbares que les Allemands ont commis sur son sol » et que l’Allemagne assume l’entière responsabilité des atrocités commises dans le camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau.

Passant aux questions bilatérales, Mme Wasum-Rainer a réitéré la déclaration de 2008 de la chancelière Angela Merkel selon laquelle la sécurité d’Israël fait partie de la raison d’être de l’Allemagne. « Les gouvernements d’Angela Merkel ont considérablement renforcé la coopération dans le secteur de la défense et dans des domaines d’importance stratégique pour Israël, comme l’achat de sous-marins par Israël », a-t-elle indiqué.

Un sous-marin israélien Dolphin aux chantiers navals de Kiel, dans le nord de l’Allemagne. (Crédit : AP / Philipp Guelland)

« Je tiens à vous assurer que tout futur gouvernement allemand, quelle que soit sa composition politique, chérira toujours nos relations particulières avec Israël ».

Toutefois, elle a largement éludé les questions relatives aux désaccords politiques entre Berlin et Jérusalem, comme les votes généralement pro-palestiniens de son pays aux Nations unies, ainsi que son refus de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ou de désigner l’ensemble du groupe libanais du Hezbollah comme une organisation terroriste.

Voici une transcription complète de notre entretien par courriel.

Le Times of Israel : Cette semaine, le monde marque les 75 ans de la fin de la Shoah. Comment le public en Allemagne marque-t-il cette date ? Les Allemands ordinaires en sont-ils conscients, y a-t-il des discussions publiques sur la culpabilité et la repentance, sur la montée de l’antisémitisme ?

Susanne Wasum-Rainer : Le 27 janvier 1945, date de la libération de l’ancien camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, a été désigné en Allemagne Journée de commémoration des victimes du national-socialisme en 1996 et a été déclaré Journée internationale de commémoration de la Shoah par l’ONU en 2005. Cette journée de commémoration suscite chaque année, et cette année particulièrement, une grande attention en Allemagne.

Le 75e anniversaire de la libération sera marqué en Allemagne par le gouvernement, le Bundestag, de nombreuses institutions, des communautés, des écoles et la société civile. Il y aura des milliers de cérémonies de commémoration dans tout le pays. De plus, de nombreuses ambassades allemandes dans le monde entier organiseront ou participeront à des cérémonies commémoratives, souvent avec leurs homologues israéliens.

Servir en Israël est considéré comme un privilège particulier par tous les membres du service diplomatique allemand

Le 29 janvier, lors de la cérémonie de commémoration du Bundestag allemand, les présidents [Reuven] Rivlin et [Frank-Walter] Steinmeier prononceront tous deux un discours. C’est la première fois que les deux chefs de l’État prendront la parole à cette même occasion.

A la lumière des atrocités et des crimes perpétrés par le régime nazi, nous considérons la présence du président israélien pour une cérémonie de commémoration commune comme un geste très généreux et émouvant dont nous sommes profondément reconnaissants.

A LIRE : Un nazi qui avait risqué sa vie pour sauver des Juifs distingué à titre posthume

La présence du président d’Israël à Berlin montre à quel point les relations entre nos pays se sont développées. Aujourd’hui, elles sont caractérisées par la confiance et l’amitié.

Deux jours avant les commémorations organisées en Allemagne, nos deux présidents participeront ensemble à celle prévue à Auschwitz-Birkenau en Pologne, le 27 janvier. Et le président Steinmeier a le grand honneur d’être invité et d’intervenir au cinquième Forum mondial sur la Shoah qui aura lieu à Yad Vashem le 23 janvier.

En décembre, la chancelière Angela Merkel s’est rendue à Auschwitz-Birkenau à l’invitation de la Fondation Auschwitz-Birkenau. L’Allemagne s’est engagée à verser 60 millions d’euros pour la conservation de l’ancien camp en tant que site commémoratif. La chancelière a souligné l’importance de toujours se souvenir et de ne jamais oublier.

La chancelière allemande Angela Merkelat à l’entrée principale de la voie ferrée de Birkenau alors qu’elle visite l’ancien camp de la mort nazi allemand Auschwitz-Birkenau à Oswiecim, en Pologne, le 6 décembre 2019. (John MacDougall/AFP)

Quelles sont vos impressions personnelles au sujet de cette date, en tant qu’ambassadrice allemande dans l’État juif ?

C’est un rendez-vous très difficile ! Je ressens une profonde honte étant donné les crimes innommables commis par les Allemands. Je pense également qu’il est important que l’Allemagne assume la responsabilité des crimes du passé et s’engage à préserver la mémoire pour nos enfants et les générations futures. Nous devons cette « culture du souvenir » aux millions de victimes innocentes des persécutions nazies. Nous nous le devons aussi à nous, Allemands.

Je suis heureuse que la vie juive soit revenue en Allemagne. C’est une partie très précieuse de notre société. Je me sens personnellement très engagée envers Israël et je suis reconnaissante d’avoir pu revenir en Israël pour une deuxième fois, cette fois-ci en tant qu’ambassadrice.

Servir en Israël est considéré comme un privilège particulier par tous les membres du service diplomatique allemand. Je ressens un grand sens de la responsabilité pour faire en sorte que la vie juive en Allemagne soit reconnue comme partie intégrante de la culture et de la société allemandes. Et je souhaite que l’ambassade allemande soit une plate-forme de rencontres et de rapprochements pour de nombreuses personnes de nos deux pays.

Des impacts de balles sur la synagogue de Halle, le 10 octobre 2019. (Crédit : Axel Schmidt/AFP)

L’année dernière, à Yom Kippour, l’Allemagne a été secouée par une attaque meurtrière contre la synagogue de Halle, une attaque qui aurait pu se terminer bien plus mal. De nombreux Allemands – juifs et non-juifs – ont été surpris de l’absence de sécurité devant la synagogue. Qu’est-ce qui a changé en Allemagne depuis, en ce qui concerne la sécurité physique des institutions juives ?

J’ai été horrifiée et profondément honteuse. C’était un cauchemar pour moi, le suivre en tant que citoyenne allemande, mais aussi le voir à travers les yeux d’Israël : un attentat contre une synagogue au centre de l’Allemagne, où la communauté s’était réunie pour marquer le jour le plus saint du judaïsme, Yom Kippour !

Avec moi, l’écrasante majorité des Allemands était sous le choc. Il y a eu de nombreuses expressions spontanées de solidarité avec les communautés juives de Halle et de nombreuses autres villes dans tout le pays. L’attaque n’a pas seulement visé les fidèles qui étaient là, et les deux personnes qui ont perdu la vie. C’était une attaque contre notre société allemande ouverte.

L’antisémitisme n’est de loin pas un problème juif, c’est un problème qui nous concerne tous

Tous les responsables politiques du gouvernement ainsi que de nombreuses initiatives de la société civile l’ont dit clairement : il n’y a pas de place pour l’antisémitisme ou l’extrémisme violent dans notre société, nous ne le tolérerons pas. C’était un message très fort de la part de la chancelière Merkel, du président Steinmeier, de nombreux autres personnalités politiques de premier plan.

Nous sommes heureux que la vie juive soit revenue dans l’Allemagne d’après-guerre. Le gouvernement fédéral ainsi que tous les gouvernements régionaux doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger et sécuriser la vie juive et les lieux de culte juifs.

Des gens déposent des fleurs devant la synagogue de Halle, en Allemagne, où un mémorial a été placé pour les victimes de la fusillade de mercredi. Le 11 octobre 2019. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Il n’y a pas que la fusillade de Halle. Des personnes reconnaissables comme juives sont attaquées dans les rues d’Allemagne presque toutes les semaines. Quelles sont, selon vous, les raisons de l’augmentation du sentiment antisémite ? Que fait l’Allemagne, concrètement, pour lutter contre cet ignoble phénomène ?

Nous vivons une période où la démocratie libérale et ses valeurs – liberté, démocratie, liberté d’expression religieuse, État de droit – sont soumises à la pression des mouvements populistes et autoritaires de droite dans le monde entier. L’Allemagne n’est malheureusement pas épargnée par cette tendance. Nous aurions souhaité que l’antisémitisme et le racisme disparaissent après la Shoah. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

Nous avons constaté une augmentation du discours antisémite, en particulier [sur le web] et par certains groupes racistes sur les médias sociaux.

Des gens brandissent une bannière sur laquelle on peut lire « Je ne regrette rien » lors d’une manifestation commémorant le 31e anniversaire de la mort de Rudolf Hess, adjoint d’Hitler, à Berlin, le samedi 18 août 2018. (Christoph Soeder/dpa via AP)

Pour le gouvernement allemand, c’est clair : il ne doit pas y avoir d’impunité pour les actes et les incitations antisémites, ni dans le monde réel, ni dans le monde virtuel !

Nous devons considérer tout acte d’antisémitisme comme une attaque contre nous tous. Il n’y a pas de cas « facile » – toute expression d’antisémitisme est absolument inacceptable. L’antisémitisme n’est de loin pas un problème juif, c’est un problème qui nous concerne tous. J’appelle à une tolérance zéro contre l’antisémitisme et à une protection maximale de la vie juive chaque fois que cela est nécessaire.

En octobre dernier, le gouvernement allemand a élaboré un plan d’action visant à lutter plus efficacement contre l’extrémisme de droite et les discours de haine. Parmi les mesures prises, figure la création de plus de 500 emplois supplémentaires pour lutter contre l’extrémisme de droite, l’antisémitisme et les crimes de haine par le ministère de l’Intérieur.

Le gouvernement fédéral resserre également la législation sur les armes à feu. De plus, les parlementaires allemands s’efforcent également de faire en sorte que les infractions d’antisémitisme, de haine, de crimes haineux et d’incitation à la violence fassent partie du code criminel. Comme dans le monde réel, les auteurs de délits sur Internet doivent être traduits en justice de manière encore plus efficace.

Plus importante encore que les mesures qui peuvent être évaluées : l’existence d’une société civile forte, qui soutient fermement les valeurs de la démocratie et cherche à l’inculquer à la génération suivante. La lutte efficace contre l’antisémitisme dépend de chacun d’entre nous.

La génération des survivants de la Shoah s’éteint lentement. Que peut faire l’Allemagne pour que le monde n’oublie jamais ce qu’ils ont vécu ?

Le gouvernement allemand est convaincu que nous avons la responsabilité particulière de façonner une culture du souvenir qui permettra également aux générations futures de comprendre les horreurs du passé.

Malheureusement, les survivants ne seront plus parmi nous dans le futur. Leurs témoignages sont aujourd’hui la manière la plus authentique et la plus convaincante de conserver le souvenir de la Shoah. Nous devrons trouver de nouvelles approches du souvenir.

L’ambassadrice d’Allemagne en Israël, Susanne Wasum-Rainer, (à gauche), avec Marianna Karmon, survivante de la Shoah, lors d’une réunion de volontaires allemands à Jérusalem. (Avec l’aimable autorisation de l’ambassade d’Allemagne à Tel Aviv)

Il est important de s’assurer que les souvenirs restent vivants dans les endroits où des millions de personnes ont été victimes d’un génocide. Les sites nous obligent à garder la mémoire vivante. C’est pourquoi nous recherchons la coopération internationale pour préserver les sites où les atrocités de la persécution nazie ont eu lieu. Nous soutenons par exemple les initiatives qui préservent les sites des fusillades nazies de masse dans l’ex-Union soviétique.

En outre, nous travaillons avec des musées du monde entier – par exemple, le gouvernement allemand vient d’octroyer quatre millions d’euros pour le musée néerlandais de la Shoah à Amsterdam pour travailler avec les jeunes – ainsi qu’avec des experts et la société civile. Nous essayons de promouvoir les organisations ayant adopté de nouvelles approches mémorielles, comme l’initiative israélienne « Zikaron BaSalon/Memory@home » dont l’objectif est littéralement d’amener la commémoration de la Shoah dans le salon des gens.

Anita Lasker Wallfisch, survivante de la Shoah, (au pupitre des orateurs à droite), prononce son discours lors d’une séance de commémoration du Bundestag, au bâtiment du Reichstag à Berlin, Allemagne, le 31 janvier 2018. (Markus Schreiber/AP)

Nous devons également nous assurer de contrer efficacement le déni et la distorsion de la Shoah. C’est pourquoi nous ferons de la coopération internationale en matière de lutte contre la dénaturation une priorité de notre prochaine présidence de l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah à partir de mars 2020.

En Allemagne, nous nous efforçons d’impliquer de nombreuses personnes et surtout les jeunes dans la commémoration de la Shoah, en invitant des survivants, la deuxième génération ou des experts à des conversations en tête-à-tête, en finançant des programmes de volontariat international dans le domaine de l’éducation et de la culture en rapport avec notre histoire.

Nous nous distançons de toute tentative visant à déformer les faits historiques et à promouvoir une façon unilatérale de se souvenir, peu importe par qui

La recherche scientifique se poursuivra et deviendra encore plus importante. Les faits ne peuvent être niés.

Je pense aussi que l’art continuera à jouer un rôle dans le traitement de la mémoire de la Shoah. A travers la littérature, la musique, la peinture, entre autres, les horreurs de la Shoah peuvent être exprimées de manière poignante et convaincante.

Parlons un peu du Forum mondial sur la Shoah qui se tient à Jérusalem cette semaine. Le président Steinmeier sera l’un des principaux orateurs de cette manifestation, il se rendra également plus tard à Auschwitz et à Berlin avec le président Rivlin pour d’autres commémorations. Quel sera son message clé au public israélien et au monde juif en général ?

Le discours du président Steinmeier sera certainement l’un de ses plus importants. Je ne veux pas l’anticiper.

Comme vous le soulignez, le voyage du président en Israël s’inscrit dans le cadre d’un cheminement commémoratif commun plus large que le président Steinmeier et le président Rivlin ont décidé de suivre ensemble en janvier.

Après le Forum mondial sur la Shoah, ils se retrouveront à l’occasion de la cérémonie de commémoration dans l’ancien camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, et juste après, nous aurons l’honneur d’accueillir le président Rivlin à Berlin. Il s’exprimera au Bundestag à l’occasion de la commémoration officielle de la Shoah.

Le président russe Vladimir Poutine interviendra également lors de l’événement de Jérusalem. Il se livre à une guerre des mots avec la Pologne depuis le début de la Seconde Guerre mondiale. Quelle est la position de l’Allemagne sur cette question ?

Je ne suis pas en mesure de commenter les discussions bilatérales entre la Russie et la Pologne.

Que pensez-vous de la décision du président polonais Duda de boycotter l’événement de Jérusalem parce que Poutine a été autorisé à parler et pas lui ?

Comme je l’ai déjà dit, je ne veux pas commenter les débats politiques entre d’autres pays. La Pologne est le pays qui a le plus souffert de l’occupation allemande et des crimes barbares que les Allemands ont commis sur son sol. Des millions de citoyens polonais, juifs et non juifs, ont été tués dans les camps allemands pendant la Shoah. L’Allemagne porte la responsabilité du camp d’Auschwitz-Birkenau.

La chancelière allemande Angela Merkel dépose une gerbe au mur de la mort dans l’ancien camp de la mort nazi d’Auschwitz-Birkenau à Oswiecim, en Allemagne, le 6 décembre 2019. (AP Photo/Markus Schreiber)

Certains dirigeants de pays d’Europe centrale et orientale qui se sont engagés dans le révisionnisme de la Shoah – glorifiant les collaborateurs nazis et minimisant le rôle de leurs propres citoyens dans les atrocités anti-juives – vont également assister à l’événement à Yad Vashem. Comment pensez-vous qu’Israël devrait aborder cette question sensible ?

Deux points : premièrement, la déformation de la Shoah est inacceptable ; nous nous distançons de toute tentative de déformer les faits historiques et de promouvoir un mode de commémoration unilatéral, quel que soit l’auteur.

Deuxièmement, Israël n’a certainement pas besoin de leçons d’histoire de la part de l’Allemagne, et nous sommes convaincus que notre proche partenaire israélien la traitera de manière adéquate.

Passons aux questions bilatérales. La déclaration de la chancelière Merkel selon laquelle la sécurité d’Israël fait partie de la raison d’être de l’Allemagne sera probablement réitérée par les dirigeants allemands dans les jours à venir. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Les bonnes relations entre Israël et l’Allemagne ont été développées sous l’égide de la chancelière Angela Merkel. Dans son célèbre discours à la Knesset en 2008, elle a déclaré pour la première fois que la sécurité d’Israël faisait partie de la raison d’État de l’Allemagne.

Le gouvernement allemand a pris de nombreuses mesures concrètes à cet égard. Par exemple, la chancelière Merkel a fait d’Israël l’un des rares pays avec lesquels nous avons des consultations politiques de l’ensemble du conseil des ministres de nos gouvernements respectifs. Les gouvernements d’Angela Merkel ont considérablement renforcé la coopération dans le secteur de la défense et dans des domaines d’importance stratégique pour Israël, comme la vente de sous-marins à Israël.

Son gouvernement a facilité l’acquisition de la citoyenneté allemande pour les victimes des persécutions nazies. Ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres.

Je tiens à vous assurer que tout futur gouvernement allemand, quelle que soit sa composition politique, chérira toujours nos relations particulières avec Israël.

Berlin soutient toujours l’accord nucléaire avec l’Iran qu’Israël considère comme une menace existentielle. Berlin ne reconnaît pas Jérusalem comme capitale d’Israël. Berlin condamne systématiquement l’expansion des implantations israéliennes. Berlin continue de financer l’UNRWA, l’agence de l’ONU qu’Israël accuse de perpétuer la crise des réfugiés palestiniens plutôt que de tenter de la résoudre. Le bilan des votes de l’Allemagne à l’ONU s’est légèrement amélioré, mais Berlin soutient toujours une grande majorité des résolutions annuelles anti-Israël à l’Assemblée générale. Et Berlin n’a pas encore suivi le Royaume-Uni et les Pays-Bas dans la classification du Hezbollah. Comprenez-vous pourquoi certains Israéliens sont sceptiques quant au fait que les dirigeants allemands parlent de leur « responsabilité spéciale » pour l’État juif ?

Notre position a toujours été qu’une solution à deux États, fondée sur un accord négocié entre les deux parties et enracinée dans les paramètres du droit international, semble être la seule solution durable pour le conflit israélo-palestinien. Nous n’avons pas changé notre position et notre conviction est partagée par tous les États membres de l’UE.

Je ne crois pas qu’il y ait ou qu’il y ait jamais eu de désaccord sur le fond entre Israël et l’Allemagne : ni le gouvernement israélien ni le gouvernement allemand n’accepteraient que l’Iran développe une arme nucléaire. Cependant, nous pensons que le JCPOA [l’accord nucléaire iranien de 2015] constitue le meilleur cadre pour faire respecter le régime de non-prolifération nucléaire.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, (à droite), et son homologue allemand Heiko Maas se serrent la main pour les médias avant leur rencontre, à Téhéran, Iran, le 10 juin 2019. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)

En tant qu’E3 [les trois pays européens ayant signé l’accord], nous avons donc regretté la décision des États-Unis de se retirer de l’accord. Dans le même temps, nous avons clairement indiqué ces derniers jours au plus haut niveau politique que nous n’accepterons pas que l’Iran se désengage progressivement du JCPOA. Avec le Royaume-Uni et la France, nous avons lancé le mécanisme de règlement des différends dans le but de préserver l’accord.

En général, nous croyons fermement à la diplomatie pour résoudre des conflits. Tous les pays ne sont pas forcément animés des mêmes idées ou ne sont pas des partenaires faciles, mais le dialogue est toujours plus propice que la confrontation.

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