Syrie : le dirigeant kurde Mazloum Abdi, du rêve d’autonomie à l’intégration
Ce responsable a dû accepter d'intégrer les institutions autonomes kurdes au pouvoir central du président islamiste déterminé à réunifier la Syrie
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Le chef kurde syrien Mazloum Abdi, nommé vendredi conseiller présidentiel, troque l’uniforme militaire pour la politique après avoir dirigé les puissantes forces qui, avec le soutien des Occidentaux, ont défait les jihadistes de l’Etat islamique en Syrie.
Voici un aperçu du parcours de ce responsable qui a dû accepter d’intégrer les institutions autonomes kurdes au pouvoir central du président islamiste Ahmad al-Chareh, déterminé à réunifier la Syrie.
Combattant aguerri
Depuis 1990, date de son adhésion au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la guérilla kurde turque, et jusqu’à l’annonce mardi de la dissolution des Forces démocratiques syriennes (FDS) qu’il a dirigées pendant plus d’une décennie, Mazloum Abdi s’est progressivement imposé comme l’homme fort de sa communauté.
Né en 1967 dans le nord de la Syrie, M. Abdi a plusieurs noms de guerre, notamment Mazloum Kobané, du nom de la ville devenue le symbole de la première victoire kurde contre l’EI en 2015.
Dans le décret présidentiel le nommant conseiller, il est identifié comme Moustafa Khalil Abdi.
Pendant la guerre civile en Syrie (2011-2024), il est apparu souvent en treillis, le ton calme en toute circonstance, et semblait plus à l’aise dans sa langue maternelle, le kurde, qu’en arabe.
Au cours de cette période, les Kurdes ont pris le contrôle de larges parties du nord et du nord-est de la Syrie, notamment au rythme de batailles gagnées contre l’EI, et y ont établi une administration autonome.
Pragmatique
S’imposant comme l’homme fort de la zone autonome, M. Abdi a dû maintenir un équilibre délicat, traitant avec les États-Unis ainsi qu’avec le pouvoir de Bachar al-Assad, tout en faisant face à des offensives militaires turques répétées.
Il a dû ensuite faire d’importantes concessions, lorsque les nouvelles autorités islamistes ont pris le pouvoir, fin 2024, et se sont rapprochées de Washington, son allié de longue date qui l’a lâché.
Et accepter l’intégration des FDS ainsi que des autres institutions kurdes au sein du nouvel Etat.
Abdi « allie malléabilité politique et pragmatisme pour servir (…) la cause de son peuple », il est de ceux qui cherchent « le possible sur lequel bâtir », confie un proche du chef kurde sous le couvert de l’anonymat.
Peuple sans Etat, les Kurdes sont principalement répartis entre la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran.
« Vétéran du PKK »
L’activisme du « général Abdi » avait débuté bien avant la guerre syrienne.
Il a commencé des études d’ingénierie à l’Université d’Alep avant de les abandonner et de rejoindre le PKK, selon l’analyste Nanar Hawach, expert de la question kurde basé à Washington.
Il était considéré comme proche du chef du PKK Abdullah Öcalan, actuellement emprisonné, et a été impliqué dans des affrontements en Turquie, menant à son arrestation en Syrie dans les années 1990. Il est ensuite, selon son récit, parti en Europe puis en Irak, où le PKK a longtemps disposé d’une base arrière dans le nord.
Selon M. Hawach, il faisait partie des « vétérans du PKK » qui ont créé en Syrie les Unités de protection du peuple, ou YPG, qui ont constitué l’ossature des FDS.
Mazloum Abdi s’est notamment illustré lors de la bataille de Kobané en 2015.
Impressionnés par les combattants kurdes qui ont vaincu l’EI, les Etats-Unis qui cherchaient un partenaire fiable pour lutter contre les jihadistes avaient alors formé les FDS.
Abdi figure toujours sur la liste des « terroristes recherchés » par la Turquie. Considéré comme « terroriste » par la Turquie et ses alliés occidentaux, le PKK a mené pendant des décennies une insurrection meurtrière contre Ankara avant de renoncer officiellement, l’année dernière, à la lutte armée.
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