Toronto : Un père crée une ligne de vêtements inspirée par sa fille transgenre
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Toronto : Un père crée une ligne de vêtements inspirée par sa fille transgenre

Souhaitant voir sa fille Ruby être à l'aise quand elle se livre à ses activités favorites, Jamie Alexander a développé des vêtements dissimulant les formes non-désirables

Ruby Alexander (Autorisation : Famille Alexander)
Ruby Alexander (Autorisation : Famille Alexander)

La nécessité étant la mère de l’invention, un père canadien a récemment créé une entreprise pour répondre aux exigences uniques en matière de mode de sa fille transgenre.

C’est Ruby Alexander, 12 ans, qui a été la source d’inspiration de RUBIES, une marque de prêt-à-porter s’adaptant aux formes des fillettes transgenres et des enfants et adolescents non-binaires. Lancée officiellement au cours de l’automne 2020, l’entreprise est d’ores et déjà connue à l’international par des familles reconnaissantes d’avoir pu enfin offrir, grâce à elle, des vêtements à leurs enfants qui, en plus de les habiller, leur apportent confort et confiance en soi.

Jamie Alexander, 46 ans, le père de Ruby, s’était inquiété de ce que les petites filles transgenres et les enfants non-binaires en général cessaient souvent de pratiquer des activités qu’ils adoraient – la natation, la danse, la gymnastique, aller à la plage – par crainte des regards posés sur eux et du harcèlement.

Car si Toronto, où vit la famille Alexander, est une ville largement libérale, ouverte d’esprit, des parents habitant dans d’autres secteurs moins favorisés à ce niveau sont pour leur part susceptibles – et à juste titre – d’avoir peur pour la sécurité de leurs enfants.

« Ce n’est pas seulement une question théorique », explique Alexander au Times of Israel lors d’une interview par visioconférence. « Ces enfants ne sont pas à l’aise et ils cessent de se rendre dans certains endroits, ils renoncent à faire certaines choses. Ce n’est pas juste. Il est important que tous les enfants puissent conserver des activités et mener une vie saine ».

Jamie Alexander et sa fille Ruby. (Autorisation de la famille Alexander)

En réponse à cette problématique, Alexander a voulu fabriquer des bas de maillot de bain spéciaux et des maillots une pièce, conçus à partir d’un mélange spécialisé de lycra et de mailles qui s’adapte aux formes non-désirables et les fait disparaître, et qui élimine toute nécessité de plissage ou, a contrario, de rembourrage.

« Un grand nombre de parents nous ont dit être heureux qu’on s’occupe de leurs enfants, qu’on fasse enfin quelque chose pour eux », s’exclame Alexander.

Selon lui, son audacieuse fille unique ne se préoccupait pas particulièrement de se montrer en public en portant un bas de maillot de bain serré (elle avait demandé à ses parents de lui acheter un bikini). Néanmoins, Alexander et son épouse, Angela, se sentaient plus à l’aise à l’idée qu’elle porte un survêtement pendant les cours de gymnastique et un short pour aller nager.

C’est l’insistance placée par Ruby sur son désir de s’habiller comme ses petites camarades qui a amené l’entrepreneur en série et conseiller technologique Alexander à se lancer dans l’aventure RUBIES. Des bas de maillot de bain et des maillots de bain une pièce sont déjà présentés aux acheteurs sur le site de l’entreprise. Des sous-vêtements (réalisés avec une plus grande quantité de coton et moins serrés) sont proposés en pré-vente. Alexander espère agrandir sa ligne de vêtements – exclusivement made in Toronto – en y ajoutant des leggings.

Ruby Alexander présente un bas de maillot de bain RUBIES (Autorisation : RUBIES)

Pour Ruby, le lancement d’une entreprise dont elle a été l’inspiration et portant son nom a été très excitant. Cette élève de 5e s’est beaucoup amusée à aider son père dans son travail.

« J’aime travailler avec papa. J’apprends à faire des choses qui m’aideront dans la vie, comme à gérer les dépenses, les coûts, les relations-clients. Et c’est moi qui présente les produits », ajoute la jeune adolescente avec fierté.

Ruby a aussi été très utile pendant les phases de recherche et de développement de RUBIES. Elle et de nombreuses autres fillettes transgenres et enfants non-binaires ont testé les prototypes, faisant part de leurs impressions sur les vêtements en termes d’adaptation et de confort.

Ruby et ses amis ont également tenu un rôle important : celui d’écrire des messages d’encouragement personnalisés sur les cartes postales « Toutes les filles méritent de briller » qui sont envoyées avec chaque vêtement acheté.

« Ces messages personnalisés sont tellement importants pour les enfants qui les reçoivent. Un grand nombre d’entre eux se réfugient dans une grande discrétion et ils restent très secrets sur ce qu’ils vivent et c’est très important pour eux de savoir qu’ils ne sont pas seuls. Certains nous écrivent même en retour et certains nous ont même confié qu’ils avaient fait encadrer la carte postale », explique Alexander.

Ruby Alexander prend la pose en leggings (Autorisation : Famille Alexander)

Selon son père, Ruby a, de manière générale, bien vécu son identité transgenre.

« Cela n’a pas été un choc pour nous quand elle a décidé de faire sa transition parce que cela a vraiment été un processus graduel qui s’est étendu sur six ans et que nous avons eu le temps de nous y habituer », dit-il.

Ruby a fait son coming-out total – soutenue par les enseignants et les administrateurs de l’école – en CM2 (elle avait passé une audition pour son école d’art en tant que garçon et elle s’y est ultérieurement inscrite en tant que fille). Son identité de genre était néanmoins évidente depuis bien plus longtemps au domicile familial.

« J’ai toujours été la fille qu’il y a en moi quand j’étais chez moi. Quand j’étais petite, je portais les talons hauts de maman. Je jouais à la poupée et j’étais obsédée par les princesses. J’adorais aussi chanter et danser pendant des heures sur des chansons de Beyonce et de Britney Spears, » explique Ruby.

Elle a des amis à l’école, mais il y a encore des enfants « homophobes ».

« Mais c’est leur problème », dit-elle.

Angela et Jamie Alexander avec leur fille Ruby avant le départ de cette dernière pour un camp d’été. (Autorisation : Famille Alexander)

Ses amis les plus proches sont ceux qu’elle a pu rencontrer par le biais du groupe « les cochons d’Inde RUBIES » qui a été créé par son père sur les réseaux sociaux pour trouver des familles comptant des fillettes transgenres ou des enfants non-binaires pour aider au travail de recherche et de développement de l’entreprise.

Ruby peut aussi s’appuyer sur le soutien du réseau social de Mahane Lev, la première colonie de vacances juive LGBTQ+ du Canada. Elle s’y est rendue tous les étés depuis sa création en 2017 (sauf cette année pour cause de pandémie).

Avec les confinements entraînés par le coronavirus et l’enseignement à distance, cette année, il a été difficile de retrouver ses amis. Mais Ruby et sa famille ont toutefois profité de cérémonies d’allumage de bougies pour le Shabbat, organisées en plein air avec les voisins.

Rendre publique son identité transgenre – en particulier avec RUBIES et les apparitions promotionnelles dans les médias qui ont suivi – est une expérience à la fois excitante mais toutefois génératrice d’anxiété.

« Mais j’ai quand même l’impression qu’on a ôté un poids de mes épaules », dit Ruby en évoquant son coming-out.

Dans de nombreuses communautés et dans de nombreux pays, révéler son identité de genre peut être dangereux pour les enfants. Et, pour de nombreuses familles, le prix des vêtements RUBIES n’est pas nécessairement abordable. C’est pour cette raison qu’Alexander a voulu aussi donner un élément philanthropique à son entreprise.

Toutes les recettes issues de la vente des tee-shirts de la marque serviront donc à envoyer deux maillots de bikini à 1 000 petites filles transgenres nées dans des familles défavorisées. Les dons individuels et corporatifs sont également les bienvenus dans cet objectif. De plus, les familles peuvent renvoyer les maillots de bain devenus trop petits à RUBIES qui les fera parvenir à des enfants qui ne peuvent pas se les offrir, et elles bénéficieront en remerciement d’une réduction sur leur achat suivant.

« C’est une aventure commerciale mais dont la dimension sociale est énorme. On veut s’attaquer aux inégalités et s’assurer que tous ceux qui voudront quelque chose obtiendront quelque chose », précise Alexander.

« Et – c’est de mon point de vue le plus important – je voudrais donner envie à d’autres de faire quelque chose pour ces enfants », ajoute-t-il.

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