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« Trahison » d’Anne Frank : l’éditeur néerlandais s’excuse et suspend l’impression

Ambo Anthos aurait dû adopter une "position plus critique" avant de publier le livre selon lequel un notaire juif aurait trahi la diariste, des conclusions rejetées par des experts

Un aperçu de l'exposition permanente du Centre Anne Frank à l'Université de Caroline du Sud à Columbia. (Université de Caroline du Sud via JTA)
Un aperçu de l'exposition permanente du Centre Anne Frank à l'Université de Caroline du Sud à Columbia. (Université de Caroline du Sud via JTA)

L’éditeur néerlandais d’un livre controversé affirmant qu’Anne Frank a été trahie par un notaire juif a présenté ses excuses lundi aux personnes offensées par le livre et a annoncé qu’il en suspendait l’impression, après que ses conclusions ont été rejetées par des historiens et que le responsable d’un fonds fondé par le père de la célèbre diariste a déclaré qu’il était « truffé d’erreurs ».

L’éditeur néerlandais, Ambo Anthos, basé à Amsterdam, a envoyé un courriel à ses propriétaires pour leur annoncer qu’il arrêtait l’impression et reconnaissait qu’il aurait dû adopter une « position plus critique » sur la question, selon l’agence de presse Reuters.

« Nous attendons les réponses des chercheurs aux questions qui ont émergé et retardons l’impression d’un autre tirage. Nous présentons nos sincères excuses à toute personne qui se serait sentie offensée par le livre », indique le courriel.

Contactée par Reuters, la société a refusé de donner plus de détails. L’autrice du livre, Rosemary Sullivan, et l’éditeur anglophone HarperCollins ont refusé de commenter.

‘The Betrayal of Anne Frank’ (Autorisation)

Reuters a cité Pieter van Twisk, l’un des experts cités dans le livre, qui a déclaré que l’équipe de recherche avait été « complètement surprise » par le courriel.

« Nous avons eu une réunion la semaine dernière avec les éditeurs et nous avons parlé de la critique et des raisons pour lesquelles nous pensions qu’elle pouvait être détournée et nous avons convenu que nous présenterions une réaction détaillée plus tard », aurait-il déclaré.

Publié le 18 janvier, l’ouvrage de Sullivan intitulé The Betrayal of Anne Frank : A Cold Case Investigation, l’auteur Rosemary Sullivan a déterminé – sur la base d’une lettre anonyme envoyée au père de Frank, Otto – qu’Arnold van den Bergh, membre du Conseil juif nommé par les nazis, a donné aux Allemands des adresses de Juifs cachés en échange de la liberté. Selon les enquêteurs, parmi ces adresses se trouvait l’immeuble de bureaux d’Otto Frank, où se cachait la famille.

John Goldsmith, président du Fonds Anne Frank, basé à Bâle, a déclaré que cette affirmation n’était pas suffisamment étayée et qu’elle équivalait à une « théorie du complot ».

« Ces conclusions contribuent moins à établir la vérité qu’à ajouter à la confusion, en tenant également compte du fait qu’elles sont le fruit d’un tissu d’erreurs », a dit Goldsmith au journal suisse Blick am Sonntag, des propos publiés dimanche, selon l’agence de presse Reuters.

« Aucune preuve n’a été avancée, tout simplement. Aider à propager une affirmation qui, dans le débat public, va devenir un fait, cela s’apparente de près à une théorie du complot », a-t-il accusé.

« Ce qu’on va retenir de ça aujourd’hui, c’est : un Juif a trahi un Juif. Cela restera dans les mémoires et c’est dérangeant », a-t-il continué.

Membres du Conseil juif d’Amsterdam nommé par les nazis, avec Arnold van den Bergh, deuxième à partir de la gauche. (Domaine public)

Les proches de Van den Bergh ont également critiqué l’enquête, affirmant qu’il était innocent et qu’ils étaient « bouleversés » que sa réputation soit entachée par ces allégations.

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