Trump a « du mal à croire » qu’Israël ait espionné la Maison Blanche
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Trump a « du mal à croire » qu’Israël ait espionné la Maison Blanche

"Ma relation avec Israël est excellente", a souligné le milliardaire républicain, listant ses accomplissements pro-Israël. "Tout est possible mais je n'y crois pas"

Le président Donald Trump lève le pouce au moment d'embarquer à bord d'Air Force One, sur la base aérienne d'Andrews, dans le Maryland, le 18 avril 2019. (Crédit : AP/Pablo Martinez Monsivais)
Le président Donald Trump lève le pouce au moment d'embarquer à bord d'Air Force One, sur la base aérienne d'Andrews, dans le Maryland, le 18 avril 2019. (Crédit : AP/Pablo Martinez Monsivais)

Donald Trump a balayé jeudi les informations selon lesquelles Israël aurait « espionné » la Maison Blanche, réaffirmant son « excellente » relation avec l’Etat hébreu.

« Je n’y crois pas. Je ne pense pas que les Israéliens nous espionnaient. J’aurais du mal à y croire », a déclaré le président des Etats-Unis. « Tout est possible mais je n’y crois pas », a-t-il insisté.

Le journal Politico a rapporté qu’Israël aurait mis en place en 2017 un système d’interception des communications portables dans la zone autour de la Maison Blanche, au cœur de Washington. « Ces appareils devaient sûrement servir à espionner le président Donald Trump » et ses conseillers, a expliqué un responsable américain cité par le journal.

Israël a vigoureusement nié cette accusation.

Un démenti réaffirmé jeudi par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a dénoncé une histoire « montée de toute pièces ». « J’ai une ligne directrice: pas d’espionnage aux Etats-Unis », a-t-il assuré. « Elle est respectée à la lettre, sans exceptions », a-t-il martelé.

Donald Trump a manifesté un soutien sans faille à Israël et à son Premier ministre actuel, allant jusqu’à rompre avec le consensus international et la diplomatie traditionnelle des Etats-Unis en reconnaissant unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël.

« Ma relation avec Israël est excellente », a souligné le milliardaire républicain, rappelant également le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, une autre décision fortement appréciée par le gouvernement israélien.

Chuck Freilich, ancien conseiller-adjoint à la sécurité nationale. (Autorisation)

Selon Chuck Freilich, ancien conseiller-adjoint à la sécurité nationale, il n’y a pas eu de démenti pro-forma d’un gouvernement pris en flagrant délit en train de faire quelque chose qu’il n’a pas le droit de faire – mais plutôt une réelle description de la politique israélienne.

« Puis-je vous dire par expérience que cela n’arrive pas aujourd’hui ? Non. Quelqu’un a-t-il pu perdre la tête quelque part dans la haute hiérarchie du gouvernement ? Je l’ignore. Mais d’après toute ce que je sais, c’est complètement faux », a dit Freilich au Times of Israel.

Un ancien responsable américain ayant connaissance de l’opération israélienne présumée a confié à Politico qu’il avait été supposé que les dispositifs avaient été installés pour espionner le président Donald Trump et ses hauts conseillers, même si la réussite de cette tentative reste encore indéterminée.

Selon Freilich, qui a servi pendant plus de deux décennies dans l’establishment israélien de la Défense, une décision avait été prise au sein de l’Etat juif suite au scandale causé par Jonathan Pollard – celle d’éviter d’espionner les Etats-Unis.

Jonathan Pollard quitte un tribunal new-yorkais après sa libération de prison, le 30 novembre 2015. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

En 1985, Pollard, qui était alors analyste en renseignements pour l’US Navy, avait été arrêté et accusé d’espionnage au profit des services israéliens du Mossad. Il avait plaidé coupable un an plus tard et il avait purgé un total de 30 ans de prison avant sa libération en 2015. Cet incident est resté une source de tensions entre les services de renseignement israélien et américain dans ce qui est sinon considéré comme l’une des relations les plus étroites entre deux pays dans le monde dans le secteur de la Défense.

“Pollard a été une aberration et après lui, nous avons décidé que cela ne se reproduirait jamais », a expliqué Freilich.

L’ex-conseiller adjoint à la sécurité nationale, qui avait servi à ce poste de 2000 à 2005, a noté que le retour de flamme diplomatique potentiel de l’opération ratée représentait une dissuasion significative dans la réalisation d’une telle mission.

« Si vous ne pouvez pas vous permettre de ne rien faire, alors ne faites rien », a dit Freilich.

Il a toutefois ajouté que la nature des relations entre Israël et les Etats-Unis – dans lesquelles Jérusalem est en plus grand état de dépendance que Washington – signifie que ce n’est pas pour autant que les services de renseignement américains n’enquêtent pas sur leurs homologues israéliens.

« Les Etats-Unis espionnent Israël en permanence. Mais il y a une petite différence. Quand nous donnerons quatre milliards de dollars par an et que nous empêcherons des sanctions et autres résolutions anti-américaines d’être adoptées devant le Conseil de sécurité de l’ONU, alors on pourra commencer à espionner les Etats-Unis », a-t-il dit.

« En tant que règle générale, il est probablement vrai que tout le monde espionne tout le monde. Mais Israël espionner les Etats-Unis à Washington ? Non », a-t-il dit.

Selon l’article de Politico, basé sur les conversations avec trois anciens hauts-responsables proches du dossier, les petits dispositifs connus sous le nom de « StingRays » leurraient les téléphones cellulaires – les amenant à révéler leur localisation et leurs informations d’identification – en imitant une antenne-relais. Une « analyse médico-légale » détaillée menée par le FBI aurait révélé que ces dispositifs auraient été installés par l’Etat juif.

« Il a été très clairement établi que les Israéliens sont responsables », a expliqué un ancien officiel des renseignements américains.

Jeudi soir, l’auteur de l’article de Politico, Daniel Lippman, a indiqué qu’il maintenait le contenu de son reportage en dépit des démentis sans équivoque du gouvernement israélien.

La Maison Blanche au lever du soleil à Washington le 18 avril 2019. (AP Photo/Andrew Harnik)

Le ministre des Affaires étrangères Israel Katz a catégoriquement nié qu’Israël ait mené des opérations d’espionnage aux Etats-Unis.

« Les Etats-Unis et Israël partagent de nombreuses informations de renseignement et œuvrent de concert à empêcher les menaces et à renforcer la sécurité des deux pays », a noté Katz.

Amos Yadlin, ancien chef des services de renseignement militaire, a déclaré que l’article était une « infox au goût d’antisémitisme ».

L’interception présumée du téléphone cellulaire, qui a été rapportée jeudi, n’est pas le premier exemple d’espionnage rapporté entre les deux alliés proches, ces dernières années.

En 2014, un document de la NSA avait fuité, révélé par le lanceur d’alerte Edward Snowden, dans lequel les services de renseignement américain avaient accusé l’Etat juif d’espionner les Etats-Unis.

« Les Israéliens sont des partenaires de renseignement extraordinairement bons pour nous », disait ce document de la NSA, comme l’avait fait savoir Newsweek, « mais d’un autre côté, ils nous prennent pour cible pour connaître nos positionnements sur les problèmes du Moyen-Orient ».

L’année précédente, Netanyahu avait condamné des révélations « inacceptables » : les Etats-Unis et le Royaume-Uni avaient ainsi ciblé l’adresse courriel de son prédécesseur Ehud Olmert. Des documents qui avaient également fuité de Snowden et qui avaient été publiés par le Guardian avaient aussi indiqué qu’Olmert se servait de cette adresse quand il était à son poste.

Les documents avaient également précisé qu’une estimation réalisée en 2013 par les renseignements nationaux sur les cybermenaces avait classé l’Etat juif « comme le troisième service de renseignement le plus agressif contre les Etats-Unis » derrière seulement la Chine et la Russie.

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