Trump fait peu pour le Golan mais beaucoup pour Netanyahu, disent les critiques
Rechercher
Analyse

Trump fait peu pour le Golan mais beaucoup pour Netanyahu, disent les critiques

Toute reconnaissance américaine de la souveraineté d'Israël sur le Golan ne changera pas le statut du territoire - mais renforcera probablement Netanyahu dans les urnes

Eric Cortellessa

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump au Palace Hotel de New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump au Palace Hotel de New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

WASHINGTON — Le tweet écrit par le président américain Donald Trump jeudi, réclamant que les Etats-Unis reconnaissent la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, a laissé perplexes un grand nombre de responsables à Washington.

Non pas que la déclaration de Trump ait été une surprise. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a exercé des pressions ces dernières semaines sur l’administration Trump en faveur d’une telle déclaration, susceptible de redonner une impulsion à sa campagne électorale au sein de l’Etat juif. Mais ce qu’a espéré accomplir Trump par cette démarche, au-delà de renforcer le Premier ministre – ce qu’il a nié par ailleurs – reste indéterminé.

« Je n’avais même pas connaissance de ça », a commenté Trump devant les caméras de Fox Business lorsqu’il a été interrogé sur ce coup de pouce politique accordé à Netanyahu.

Le tweet de Trump n’est pas une reconnaissance en elle-même et même une déclaration officielle de la part du Département d’Etat américain et du Congrès aurait été une initiative plus symbolique. Toutefois, cette démarche, selon certains critiques, pourrait créer une instabilité supplémentaire dans cette région dangereuse.

Cette déclaration aura pour effet d’accorder à Netanyahu un autre trophée diplomatique à brandir devant les électeurs israéliens alors que le Premier ministre en exercice tente actuellement de remporter un cinquième mandat. Assiégé par les scandales de corruption, affrontant un défi formidable posé par la formation centriste Kakhol lavan, Netanyahu n’a cessé de mettre ses réussites diplomatiques et ses relations de proximité avec Trump sur le devant de la scène.

Il y a fort à parier que Trump, qui accueillera le semaine prochaine Netanyahu à la Maison Blanche, préfère le Premier ministre israélien actuel à Benny Gantz de Kakhol lavan – avec lequel il n’entretient aucune relation connue et qui n’a pas été invité à rencontrer le président.

« C’est un communiqué politique via Twitter », a dit Aaron David Miller, négociateur pour la paix au Moyen-Orient vétéran au sein des administrations démocrate et républicaine. « Le principal moteur d’une telle initiative, c’est le désir de Trump de voir Netanyahu réélu ».

« Il n’y a rien qu’il puisse faire pour changer réellement le statut du Golan », a ajouté Miller. « Il faudrait obtenir une résolution du congrès. »

Le sénateur américain Lindsey Graham, à gauche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman, à droite, lors d’une visite dans le plateau du Golan, le 11 mars 2019 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Et effectivement, il semble que c’est ce que les législateurs républicains se sont donnés pour objectif de faire. Le sénateur de Caroline du sud Lindsey Graham, qui s’est récemment rendu en Israël et qui a vivement recommandé au président Trump de reconnaître le Golan, a indiqué qu’il prônerait une motion sous le dôme du Capitole.

« La décision du président Trump de reconnaître le Golan comme partie intégrante d’Israël est sage au niveau stratégique et formidable dans l’ensemble », a écrit Graham sur Twitter. « Bravo, monsieur le président ! Maintenant, aux côtés du sénateur [Ted Cruz], je vais tenter de faire en sorte que le congrès suive votre exemple ».

« Nous devons soutenir la souveraineté d’#Israël sur le #Golan. #Assad permet au #Hezbollah et à l’#Iran d’opérer en toute impunité dans le sud de la #Syrie », a noté pour sa part le sénateur de Floride Marco Rubio sur Twitter. « Si Assad s’empare du Golan, ils opèreront également de là-bas. Israël a besoin que cette zone-tampon soit permanente ».

Israël a capturé le plateau du Golan à la Syrie en 1967, pendant la guerre des Six jours, et a étendu la loi israélienne au territoire en 1981, une initiative qui a mené à une annexion de-facto. Mais les Etats-Unis et la communauté internationale ont considéré pendant longtemps le Golan comme un territoire syrien sous occupation israélienne.

Ces dernières années, Israël a maintenu que son contrôle sur le plateau du Golan était essentiel pour repousser les mandataires de l’Iran en Syrie et empêcher la guerre civile qui ravage le pays de s’approcher de ses frontières.

Certains des détracteurs les plus virulents de Trump ont déclaré jeudi qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que l’Etat juif renonce au territoire étant donné les circonstances, mais ils ont également fustigé le président pour ce qu’ils ont qualifié de décision politique permettant une sorte ingérence pro-Netanyahu ne disant pas son nom dans la campagne électorale israélienne.

« Il est clair que cette initiative cynique de la part de Trump n’est pas dans les intérêts à long-terme des Etats-Unis ou d’Israël mais qu’il s’agit d’un autre cadeau politique offert au Premier ministre Netanyahu dans l’espoir de renforcer ses chances de réélection le mois prochain », a affirmé Jeremy Ben-Ami, chef de J-Street, une organisation libérale dont les travaux se consacrent au Moyen-Orient.

Une photo prise le 18 octobre 2017 montre un drapeau israélien flottant à côté d’un vieux tank israélien sur une colline du plateau du Golan à la frontière avec la Syrie (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

« Il est indubitable qu’actuellement, le maintien du contrôle sur le plateau du Golan a une importance stratégique et sécuritaire pour l’Etat d’Israël – en particulier compte-tenu des violences et de l’instabilité continue en Syrie », a-t-il ajouté. « En fin de compte, le statut final de ce territoire devra être déterminé via un accord négocié. Jusque là, une reconnaissance prématurée de la souveraineté israélienne sur le Golan est une initiative provocatrice qui n’est pas nécessaire, qui contrevient à la loi internationale et qui n’aide pas à renforcer la sécurité d’Israël ».

Les critiques considèrent plutôt qu’une telle démarche pourrait compliquer les efforts des Etats-Unis et nuire aux chances de l’administration d’obtenir l’adhésion régionale au plan de paix israélo-palestinien qu’elle prévoit de révéler dans les prochains mois.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, et le président américain Donald Trump au Palace Hotel de New York, le 20 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

En faisant une autre déclaration unilatérale susceptible d’entraîner la colère des mêmes Etats arabes sur lesquels l’administration compte pour appuyer ce qu’elle qualifie « d’accord du siècle », Trump semble rendre sa démarche déjà chimérique plus fantasmagorique encore.

« L’idée d’Israël de rendre le Golan à la Syrie dans un avenir proche est inimaginable », a commenté Steve Rabinowitz, Juif démocrate fortement impliqué au sein du Jewish Democratic Council of America.

« Mais ce que doit être aujourd’hui son statut légal est une toute autre histoire, une histoire que le président, à l’heure actuelle, est incapable de comprendre », a-t-il dit au Times of Israel. « Un grand nombre de personnes sont impatientes de voir le jour où le président Trump entreprendra une action utile en faveur de la résolution de la relation compliquée d’Israël et de ses voisins, et elles déplorent une nouvelle action inutile qui ne fera qu’enflammer une situation d’ores et déjà difficile. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...