Un homme de Toronto se reconnaît sur une photo de Bergen-Belsen
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Un homme de Toronto se reconnaît sur une photo de Bergen-Belsen

Le survivant de la Shoah, Yehuda Danzig, a été submergé d'émotion quand il a vu le cliché publié dans le Times of Israel

Une photo extraite de "L'enquête factuelle sur les camps de concentration allemands " montrant des enfants souriants à travers les barbelés à l'arrivée les troupes alliées, avril 1945. (Imperial War Museum)
Une photo extraite de "L'enquête factuelle sur les camps de concentration allemands " montrant des enfants souriants à travers les barbelés à l'arrivée les troupes alliées, avril 1945. (Imperial War Museum)

Yehuda Danzig a eclaté en sanglots en lisant mercredi dernier le Times of Israel. Alors qu’il parcourait le site, il a rencontré une photo de lui et de son jeune frère Michael au camp de concentration nazi de Bergen-Belsen dans le nord de l’Allemagne peu de temps après sa libération en avril 1945.
 
La photo était un cliché extrait de « German Concentration Camps Factual Survey » [Enquête factuelle sur les camps de concentration allemands], un film documentaire sur la Shoah realisé il y a 70 ans avec l’aide du célèbre réalisateur Alfred Hitchcock.

Les rushs originaux qui constituent la majorité du film ont été tournés à Bergen-Belsen, Auschwitz et Dachau par par des cameramen de guerre et d’actualités dans les premières semaines après leur libération.

Le film a été laissé inachevé pendant près de sept décennies, et a finalement été terminé par les chercheurs en cinéma de l’Imperial War Museum britannique.

Il a été projeté en première au Festival du film de Berlin en 2014 et cette semaine au Museum of Jewish Heritage de New-York. Une version du film, intitulée Mémoire des camps, a été diffusée à la télévision publique en Amérique du Nord.

Danzig n’avait jamais vu cette photo – et aucune autre photo- de lui-même comme survivant de la Shoah âgé de 12 ans.

« Ce fut un véritable choc de la voir », a confié Danzig au Times of Israel le lendemain. « Je ne saurais vous dire si mes larmes étaient des larmes de tristesse ou de joie », a-t-il dit.

Le survivant de la Shoah Yehuda Danzig aujourd'hui (Photo: autorisation)
Le survivant de la Shoah Yehuda Danzig aujourd’hui (Photo: autorisation)

L’image a ramené de nombreux souvenirs douloureux pour Danzig, qui s’est installé de façon permanente à Toronto à la fin des années 1950 après des passages par le Royaume-Uni, le Canada et Israël dans la décennie suivant la guerre.

Bien que Danzig, maintenant âgé de 82 ans, ne se souvient de personne d’autre sur la photo que de son frère Michael – qui est décédé il y a un an et demi à 79 ans – il ne peut pas oublier les conditions à Bergen-Belsen.

Yehuda, qui était originaire de Zlate Moravce en Tchécoslovaquie, est arrivé au camp de concentration dans la fin de l’été 1944 avec sa belle-mère, deux de ses frères et une de ses sœurs, après avoir survécu à plusieurs camps de transit et de travail et une marche de la mort. (Son père avait été séparé de sa famille et il est mort dans le camp de concentration de Berga, et une autre sœur handicapée a survécu à la guerre dans une institution).

« Je me souviens des appels nominaux quotidiens, qui ont eu lieu peu importe le temps – dans le froid glacial, la pluie ou la neige », a dit Danzig. « Ils furent des assassinats absolus en hiver ».

« Il n’y avait rien à manger et pas d’eau, et nous étions couverts de poux de la tête aux pieds. Nous avons tous eu le typhus et nous étions comme des zombies », se rappelle-t-il

Le 15 avril 1945, un officier britannique est entré dans la barraquement de Danzig et a annoncé en anglais : « Vous êtes libres ! »

« On n’avait pas la moindre idée de ce qu’il avait dit. Cela ne voulait rien dire pour nous », se souvient-il.

« Puis quelqu’un traduit en allemand ce qu’il avait dit et nous avons commencé à comprendre, alors nous avons essayé de nous diriger vers l’extérieur. Les cadavres n’avaient pas été ramassés et il y en avait des piles et des piles de sorte que nous ne pouvions pas sortir du barraquement ».

Danzig estime que le cliché qu’il a repéré dans le Times of Israel a été réalisé environ deux semaines après la libération.

« A ce moment, nous étions pris en charge par les Britanniques et nous avions pu nous laver et nous nettoyer », a-t-il dit.

Yehuda, sa belle-mère et ses deux frères et une soeur ne sont restés dans le camp de personnes déplacées de Bergen-Belsen mis en place près du camp de concentration (que les Britanniques avaient entièrement brûlé) que pendant environ un mois. Ils étaient impatients de retourner dans leur ville natale dans l’Ouest de la Slovaquie, à environ 100 km de Bratislava.

Berme recouvrant une fosse commune sur le site du camp de concentration de Bergen-Belsen, le 24 avril  2015 (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)
Berme recouvrant une fosse commune sur le site du camp de concentration de Bergen-Belsen, le 24 avril 2015 (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Quand ils y sont arrivés, ils ont découvert que, hormis un oncle qui était allé se cacher pendant la guerre et a survécu, personne d’autre de chaque branche de leur famille n’était encore en vie.

En avril 1948, un rabbin britannique s’est rendu dans la ville de Danzig à la recherche d’orphelins.

Il a emmené Yehuda et ses deux frères au Royaume-Uni, où l’un d’eux est resté dans une yeshiva (lui, la sœur et sa belle-mère de Yehuda se sont finalement installés en Israël). Yehuda et son jeune frère Michael ont été autorisés à immigrer au Canada parce qu’ils étaient orphelins complets – leur père ayant été assassiné dans la Shoah et leur mère biologique était morte en couches.

À leur arrivée à Toronto en août 1948, les jeunes adolescents ont été pris en charge par des familles différentes de la communauté juive. Yehuda a appris l’électronique dans une école technique. Il est également devenu actif dans le mouvement de jeunesse sioniste Habonim et a fini par passer plusieurs années en Israël dans les années 1950.

Il est retourné à Toronto en 1958 pour épouser Etty, qu’il avait rencontré à Habonim. Ils ont deux fils et quatre petits-enfants.

« Yehuda n’a jamais été loquace à propos de la Shoah », raconte Etty. « Il n’a jamais rien dit à nos enfants au sujet de ses expériences jusqu’à ce qu’ils aient été adultes ».

Danzig a finalement livré son témoignage à la Fondation de la Shoah. Ses enfants en ont chacun reçu une copie. Desormais, ils ont aussi une image de leur père et de leur oncle que personne dans leur famille ne connaissait jusqu’à il y a quelques jours.

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