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Un homme qui portait le cercueil d’Abu Akleh a été arrêté, selon son avocat

Amro Abu Khdair n'est pas encore mis en examen ; il n'y a aucun lien avec les obsèques, dit la police, qui ajoute que toute prétention du contraire est "une conspiration facile "

Les funérailles de la journaliste d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh à Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Les funérailles de la journaliste d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh à Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’un des hommes qui avait porté le cercueil de la journaliste Shireen Abu Akleh et qui avait lui-même fait l’objet de violences policières à cette occasion, la semaine dernière, a été arrêté, selon son avocat. Khaldoon Nijm a ajouté que son client, Amro Abu Khdair, avait été appréhendé lundi et qu’il n’a pas été informé de la cause de cette arrestation.

L’information de cette arrestation a été transmise par Reuters, mercredi, et Nijm l’a confirmée auprès du Times of Israel.

La police israélienne a de son côté rejeté tout lien entre les funérailles et l’arrestation d’Amro Abu Khudeir.

« Nous assistons à une tentative de produire une théorie du complot qui est fondamentalement erronée », a déclaré la police dans un communiqué.

« Le suspect a été arrêté dans le cadre d’une enquête en cours qui, contrairement aux allégations, n’avait rien à voir avec sa participation au cortège funéraire », a ajouté la police, précisant que « la détention du suspect a été prolongée par le tribunal. »

La police, qui a ordonné une enquête sur l’incident, a justifié son intervention lors des funérailles de Shireen Abu Akleh par la présence d' »émeutiers » parmi les membres du cortège, qui ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre.

Elle a aussi évoqué la nécessité de réprimer les chants « nationalistes » ou palestiniens.

Nijm a déclaré néanmoins qu’Abu Khdair lui avait dit que la police lui avait posé des questions sur les funérailles.

Reuters a cité un porte-parole de la police qui a nié tout lien entre l’arrestation d’Abu Khdair et les obsèques, affirmant que toute tentative de relier les deux incidents relevait « d’une conspiration facile ».

Abu Khdair restera derrière les barreaux jusqu’à dimanche, a poursuivi son avocat.

Les violences entre policiers et Palestiniens pendant la procession funéraire de la journaliste Shireen Abu Akleh à Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Levin)

Reuters a indiqué s’être entretenu avec un autre homme qui avait porté le cercueil, dont l’anonymat a été conservé et qui a indiqué avoir été interrogé par la police au sujet des funérailles mais ne pas avoir été arrêté.

Les forces de l’ordre avaient initialement fait savoir que des hommes s’étaient emparés du cercueil contre la volonté de la famille et que les agents avaient voulu les empêcher de partir, une affirmation contestée par les personnes présentes.

Le frère d’Abu Akleh a déclaré que la famille et l’assistance venue rendre hommage à sa sœur voulaient mettre en place « un petit cortège » mais qu’ils avaient été « bombardés » par la police à la sortie de l’hôpital.

Selon un article publié dimanche dans Haaretz, la police serait intervenue pour saisir les drapeaux palestiniens brandis pendant la cérémonie.

Les scènes montrant la police israélienne utilisant la force contre les Palestiniens qui sortaient le cercueil d’Abu Akleh de l’hôpital ont été largement condamnées à l’international, la Maison Blanche évoquant des images « profondément perturbantes » et l’Union européenne faisant part de « sa consternation ».

Les autorités ont ultérieurement convenu d’ouvrir une enquête sur l’incident. Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a dit qu’il était « important » de « tirer des conclusions » du comportement des policiers pendant la cérémonie.

« La police de district de Jérusalem aurait dû réaliser qu’il était nécessaire de permettre le déroulement de cet événement, en particulier en raison de ses conséquences et de sa portée à l’international », aurait déclaré une source policière sous couvert d’anonymat à la Douzième chaîne, samedi.

« Même si des drapeaux palestiniens ont été brandis, même si des déclarations anti-israéliennes ont été entendues, et même si quelques pierres ont été lancées, les responsables des policiers qui se trouvaient sur place auraient dû réfléchir à deux fois avant de donner l’ordre à leurs agents de se ruer dans la foule avec des matraques et de s’en prendre à ceux qui transportaient le cercueil », a continué la source.

Mais d’autres hauts-responsables de la police, cités par les médias israéliens, ont affirmé que l’enquête était le résultat des pressions politiques exercées par Barlev, insistant sur le fait que tous les efforts avaient été livrés pour que les funérailles puissent se dérouler de manière pacifique et respectueuse tandis que des émeutiers « ont tenté d’interférer et qu’ils ont blessé des policiers ».

Pour leur part, Israël et l’Autorité palestinienne ont ouvert des enquêtes séparées sur la mort de la journaliste. Les Palestiniens se sont refusés à coopérer avec l’État juif dans le cadre d’une enquête conjointe.

Plusieurs groupes indépendants ont aussi lancé leurs propres investigations sur l’incident.

Abu Akleh, 51 ans, a été tuée par une balle mercredi dernier dans la matinée alors qu’elle couvrait des affrontements entre soldats israéliens et hommes armés palestiniens au cours d’un raid militaire à Jénine, en Cisjordanie.

Les Palestiniens et la chaîne Al Jazeera affirment que les troupes israéliennes l’ont tuée, tandis qu’Israël a déclaré qu’elle pourrait avoir été tuée par des tirs palestiniens ou par un tir errant d’un sniper israélien.

L’AFP et Aaron Boxerman ont contribué à cet article.

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