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Une expo se penche sur la vie des tatzpitaniyot, en hommage à celles tuées le 7-Octobre

Une nouvelle installation au Musée de Tel Aviv rassemble les témoignages de soldates d’observation et retrace leur rôle crucial dans la surveillance de la frontière de Gaza

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Extrait de Observation/The Field Observers of the Gaza Sector: A Video Installation de Talya Lavie, présentée au Musée d’art de Tel Aviv jusqu’au 11 avril 2026 (Crédit : Elad Sarig)
Extrait de Observation/The Field Observers of the Gaza Sector: A Video Installation de Talya Lavie, présentée au Musée d’art de Tel Aviv jusqu’au 11 avril 2026 (Crédit : Elad Sarig)

Pendant les 60 minutes que dure Observation/The Field Observers of the Gaza Sector, une installation vidéo de la cinéaste Talya Lavie au Musée d’art de Tel Aviv, les visiteurs entendent les témoignages de dix femmes ayant servi comme tatzpitaniyot, ou soldates d’observation, de Tsahal dans la région frontalière de Gaza.

L’exposition, visible jusqu’au 11 avril, évoque également le destin des 14 observatrices tuées à l’avant-poste de Nahal Oz lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

Les tatzpitaniyot opèrent le long des frontières du pays ainsi que dans toute la Cisjordanie dans le cadre du dispositif de renseignement de combat du Corps de défense des frontières.

Souvent surnommées « les yeux de l’armée », les soldates d’observation fournissent des renseignements en temps réel aux soldats sur le terrain, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Pendant des mois avant l’invasion du Hamas dans le sud du pays, elles avaient signalé des mouvements suspects du côté gazaoui de la frontière, à moins d’un kilomètre de leur base. Les officiers supérieurs qui avaient reçu ces signalements n’avaient pris aucune mesure à cet égard, tandis que les responsables du renseignement les avaient ignorés, les jugeant sans importance.

Les informations transmises faisaient notamment état d’entraînements quotidiens des membres du Hamas, qui creusaient également des trous et plaçaient des explosifs le long de la frontière. Selon les soldates, le sexisme explique en partie pourquoi leurs avertissements ont été ignorés.

Le centre de commandement incendié de la base militaire Nahal Oz, pris d’assaut par les terroristes du Hamas, le 7 octobre 2023, pendant une visite faite par les proches des soldats de surveillance qui ont été tués par les terroristes, le 19 décembre 2023. (Crédit : Eyal Eshel)

Le premier film de Lavie, la comédie noire primée Zero Motivation (2014), racontait l’histoire d’une unité de femmes soldates israéliennes dans une base isolée du désert, attendant patiemment de pouvoir retourner à la vie civile. La réalisatrice dit avoir été profondément bouleversée par la tragédie des soldates d’observation assassinées par les terroristes du Hamas alors qu’elles se trouvaient dans le centre de commandement ou tentaient de se cacher dans des abris.

« Je me suis surprise à penser à elles sans cesse, avec tristesse et colère, et j’ai ressenti un besoin intense de faire quelque chose », a confié Lavie au Times of Israel. « J’ai décidé d’écrire un scénario pour un long métrage inspiré de leur histoire. »

Elle a alors commencé des recherches pour un long métrage consacré à ces observatrices de terrain, inspiré par l’histoire de celles stationnées à Nahal Oz ce jour-là. Lavie prévoit de débuter dans les prochains mois le tournage de ce film, intitulé Seven Eyes et produit par Spiro Films.

Tous les personnages du long métrage sont fictifs. Le scénario s’inspire toutefois d’événements réels, tels que rapportés dans des dizaines de témoignages enregistrés par Lavie auprès d’anciennes tatzpitaniyot dans le cadre de ses recherches.

La réalisatrice Talya Lavie présente une installation vidéo sur les femmes soldats chargées de la surveillance au Musée d’art de Tel Aviv, en amont de son prochain long métrage (Crédit : Jonathan Bloom)

« En décembre 2023, j’ai publié sur Facebook que je cherchais à rencontrer d’anciennes tatzpitaniyot dans le cadre de mes recherches », explique Lavie dans une série de messages texte échangés avec le Times of Israel. « En moins de deux heures, ma boîte de réception était inondée. Des centaines de femmes m’ont écrit. Des femmes qui avaient servi à différentes frontières, à différentes époques. Certaines avaient quitté l’armée depuis 20 ans. Toutes voulaient partager leurs expériences, comme si elles attendaient depuis longtemps de pouvoir enfin s’exprimer. »

Les rencontres, organisées avec les producteurs de Talya Lavie, un ami proche et sa petite équipe de recherche, étaient intenses et souvent très émouvantes, a déclaré la cinéaste, qui souhaitait immortaliser ces moments.

« Ces femmes sont remarquables, et je voulais conserver l’expérience brute de mes rencontres avec elles avant que leurs histoires ne soient transformées en récits ou en fictions », explique Lavie. « Certaines femmes ont choisi de rester anonymes, mais la plupart ont accepté d’apparaître sous leur nom complet, et beaucoup d’entre elles ont accepté d’être filmées, offrant ainsi un ensemble de témoignages puissant et diversifié. »

Extrait de Observation/The Field Observers of the Gaza Sector: A Video Installation de Talya Lavie au Musée d’art de Tel Aviv jusqu’au 11 avril 2026 (Crédit : Elad Sarig)

Mira Lapidot, conservatrice en chef du Musée d’art de Tel Aviv, a conçu l’installation, qui présente en boucle une heure d’images des dix femmes, qui ont toutes servi comme soldates d’observation entre 2016 et 2024, et qui abordent tous les aspects de leur travail.

La tension monte à mesure que les témoignages, réalisés en gros plan sur fond noir, passent des femmes qui ont servi comme tatzpitaniyot avant le 7-Octobre à celles en poste lors des massacres.

Lavie a dit avoir réalisé à un moment donné que la chronologie constituait un élément clé de l’histoire, et a choisi de conserver chaque témoignage dans son intégralité, en les organisant dans l’ordre chronologique.

« Au fur et à mesure que l’œuvre progresse, les années avancent et les femmes deviennent de plus en plus jeunes », dit-elle. « L’expérience devient de plus en plus troublante pour le spectateur à mesure que le 7-Octobre approche, et celui-ci se sent de plus en plus impliqué. »

Extrait de Observation/The Field Observers of the Gaza Sector: A Video Installation de Talya Lavie, au Musée d’art de Tel Aviv jusqu’au 11 avril 2026 (Crédit : Elad Sarig)

L’histoire de chaque femme mêle aspects personnels et professionnels, retraçant le parcours de jeunes femmes qui s’engagent dans l’armée et occupent ce poste, les responsabilités qu’elles assument ainsi que les relations et la solidarité qu’elles développent en s’entraînant et en servant ensemble à la frontière de Gaza.

Lavie savait que les observatrices surveillaient la frontière depuis des écrans installés dans une salle de commandement et de contrôle, mais elle n’avait pas réalisé à quel point elles étaient physiquement proches de la frontière elle-même. Alors qu’elles semblent protégées à l’intérieur du poste avancé, elles sont en réalité très exposées.

Dans les interviews, les femmes décrivent comment elles fixent les caméras braquées sur la frontière et les amitiés qui se nouent au fil de conversations intimes pendant les longues gardes, sans contact visuel entre elles, car les observatrices n’ont pas le droit de détourner les yeux de leurs écrans.

Extrait de Observation/The Field Observers of the Gaza Sector: A Video Installation de Talya Lavie, au Musée d’art de Tel Aviv jusqu’au 11 avril 2026 (Crédit : Elad Sarig)

« Les tatzpitaniyot doivent garder les yeux rivés sur l’écran devant eux et ne jamais détourner le regard, même pas une seconde ; elles doivent rester vigilantes face à tout incident ou mouvement, aussi infime soit-il », explique Lavie. « Elles s’habituent tellement à ne jamais quitter l’écran des yeux, quoi qu’il arrive, que beaucoup décrivent cette habitude comme quelque chose dont elles ne parviennent tout simplement pas à se défaire, même des années plus tard, même lorsqu’elles sont seules chez elles à regarder une série sur leur ordinateur. »

Selon d’autres témoignages de soldates d’observation, une proximité s’est également installée entre les observatrices et ceux qu’elles surveillaient. Les terroristes du Hamas ont passé des années à surveiller de près les comptes des soldates sur les réseaux sociaux, connaissant les numéros de téléphone de certains officiers ainsi que les numéros d’immatriculation de véhicules de Tsahal.

Eyal Eshel, père endeuillé, confie que sa fille, Roni Eshel, soldate d’observation assassinée le 7 octobre, lui avait raconté qu’à l’occasion de son 19ᵉ anniversaire, en septembre 2023, soit à peine quelques semaines avant le pogrom, un terroriste du Hamas avait brandi une pancarte de l’autre côté de la barrière frontalière de Gaza sur laquelle on pouvait lire « Mazal Tov » (« Félicitations », en hébreu).

Des soldates israéliennes supervisant des caméras de surveillance dans un centre de commandement de la base militaire du kibboutz Reïm, dans le sud d’Israël, le 5 novembre 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Lavie souligne que, contrairement aux civils des kibboutzim voisins ou aux jeunes présents au festival de musique Nova, les soldates avaient une vue directe sur les terroristes qui se préparaient à commettre les atrocités qui allaient suivre.

« Pendant longtemps, elles ont été témoins de ce qui s’est avéré être des préparatifs d’un massacre », explique Lavie. « Leur rôle est de protéger les communautés, les civils et les soldats sur le terrain. Mais ce samedi-là, personne ne les protégeait, et rien n’a pu les sauver lorsque la violence qu’elles observaient sur leurs écrans s’est déplacée jusque dans la salle de commandement et de contrôle où elles se trouvaient. »

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