Université Ben-Gourion : Les élus qui ont réclamé une audience contre nous ont été ‘achetés’
Rechercher

Université Ben-Gourion : Les élus qui ont réclamé une audience contre nous ont été ‘achetés’

L'Institution affirme que les députés ont convié cette réunion sous de faux prétextes pour protéger un ami et donateur - le membre du Bureau Michael Gross, qui craint l'éviction

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

La présidente de l'Université Ben-Gourion Rivka Carmi. (Crédit : Dani Machlis/Ben-Gurion University)
La présidente de l'Université Ben-Gourion Rivka Carmi. (Crédit : Dani Machlis/Ben-Gurion University)

L’Université Ben-Gourion du Negev (BGU) a accusé jeudi des membres de la Knesset d’avoir convié une audience au parlement sous de faux prétextes pour tenter d’obstruer les tentatives supposées de l’université d’évincer l’un des membres du bureau des gouverneurs de l’Université — le véhément homme d’affaires Michael Gross — un ami, et dans l’un des cas, un donateur des législateurs.

L’Université a suggéré que les législateurs avaient été « achetés » et placés sous influence par Gross lors de l’organisation d’une rencontre la semaine dernière à la Knesset.

Cette réunion, selon l’établissement, a eu lieu pour évoquer des accusations fabriquées de toutes pièces qui affirment que l’institution à Beer Sheva soutiendrait les efforts de boycott d’Israël.

Gross a expliqué qu’il avait été impliqué dans la convocation de la réunion. Il a ajouté qu’elle a strictement concerné des tendances au boycott israélien au sein de l’Université plutôt qu’une affaire personnelle.

Le 24 mai, la Commission de l’Education, de la Culture et des Sports de la Knesset a organisé une réunion à la demande du législateur de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich, d’Anat Berko et Amir Ohana, tous deux des parlementaires issus du Likud. La réunion était intitulée « Craintes que l’Université Ben-Gourion continue à soutenir BDS », une référence au mouvement ‘Boycott, Divestment, and Sanctions’.

Ce n’est pas la première audience à ce sujet – il y a déjà eu des précédents d’enquêtes de la Knesset sur de possibles biais anti-israéliens de la part des universités – mais c’est la première fois depuis quelques années.

Le chef de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman aux côtés du philanthrope Michael Gross (Autorisation : World Beytenu/)
Le chef de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman aux côtés du philanthrope Michael Gross (Autorisation : World Beytenu/)

Selon le texte de la requête de Smotrich, cette audience – qui a coïncidé avec la Journée de Jérusalem – a été réunie en raison d’un article paru dans le tabloïd Israel Hayom qui avait affirmé qu’un atelier de travail consacré à la photographie d’arrestations et de manifestations politiques avait été promu dans le journal du syndicat étudiant de l’université, que des subventions universitaires étaient accordées à des étudiants bénévoles au sein d’organisations anti-israéliennes, et que divers professeurs s’étaient montrés critiques envers l’état d’Israël.

Yoel Hasson, député de l'Union sioniste. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Yoel Hasson, député de l’Union sioniste. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Gross — personnage controversé qui, en 2009, avait envoyé un courriel à un professeur de l’Université Ben-Gourion dans lequel il écrivait qu’ il souhaitait qu’il « périsse » – il s’est rendu à l’audience de la Knesset en compagnie de son fils. (Ce courriel était arrivé après que ce dernier, le professeur David Newman, a participé à un documentaire britannique consacré à la soit-disant influence cachée au Royaume-Uni du « lobby israélien », un film ultérieurement accusé de nuances antisémites).

Au début de l’année, des informations parues dans les médias israéliens avaient indiqué que Gross avait retiré un million de dollars de dons à l’Université après avoir appris qu’elle accueillait une conférence financée par l’ONG controversée, Breaking the Silence, qui s’intéresse aux abus présumés commis par les soldats israéliens à l’encontre des Palestiniens.

Dans une lettre envoyée par le président Alex Goren au bureau des gouverneurs, jeudi, dont une copie a été obtenue par le Times of Israël, l’université a condamné les allégations « scandaleuses, outrageantes et principalement absurdes » affirmant qu’elle soutenait les efforts de boycott, notant que Yaakov Margi, législateur du Shas et président de la Commission, lui avait sans équivoque fait part de sa confiance à la fin de la session. L’Université est sur la ligne de front dans la lutte contre BDS et ne soutient pas le mouvement, a-t-il expliqué.

La réunion de la Knesset avait été prévue à l’origine pour coïncider avec la rencontre du bureau des gouverneurs, au cours de laquelle les membres devaient voter un amendement permettant l’exclusion de certains d’entre eux.

L’université était parvenue, non sans peine, à faire reporter cette audience de la Knesset à une date ultérieure, dit la missive.

L’amendement, qui semblait viser Gross, a toutefois été approuvé il y a deux semaines mais aucune autre initiative n’a été prise à son encontre depuis lors, selon un responsable gouvernemental.

Mais la date initialement prévue pour la réunion de la Knesset, déterminée par les législateurs – et appuyée par des militants du groupe de droite Im Tirzu qui reçoit des dons de la part de Gross – était intentionnelle, a prétendu Goren.

« Il y avait deux niveaux dans la réunion : le niveau ouvert et le niveau couvert. Pour l’ordre du jour couvert – ‘garantir’ la présence de Michael Gross au bureau des gouverneurs de la BGU – des affirmations vides ont été soulevées dans l’ordre du jour ouvert, ce qui a permis la mise en oeuvre d’une ‘fin qui justifierait les moyens’. Le temps précieux des élus a été gaspillé dans l’affaire sans que la majorité d’entre eux aient seulement conscience qu’il y avait un ordre du jour dissimulé dans la discussion », accuse la lettre.

Anat Berko, députée du Likud, pendant une session de la commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le 19 novembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Anat Berko, députée du Likud, pendant une session de la commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le 19 novembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« C’est donc difficile de ne pas avoir le sentiment qu’un membre du bureau des gouverneurs ait pu ‘acheter’ une réunion de la Commission de l’éducation à la Knesset sur de faux prétextes sans fondement tout en dégradant l’université, afin d’empêcher ce qu’il lui paraissait comme une tentative de l’écarter du Bureau des gouverneurs. Je pense donc aux membres de la Knesset venus assister à une réunion consacrée à un certain sujet – aussi tiré par les cheveux soit-il – et qui ont été en fait des outils placés entre les mains d’une personnalité dotée de moyens et qui a cherché à promouvoir ses propres intérêts ».

« L’Université a l’intention d’en référer à la Commission éthique de la Knesset israélienne » à ce sujet, a-t-il ajouté.

Dans la lettre, le président du Bureau a noté que Berko et Oded Forer, du parti Yisrael Beytenu, avaient reconnu entretenir des contacts avec Gross, et que le législateur de l’Union sioniste Yoel Hasson avait reçu dans le passé des donations pour les primaires de son parti de la part de l’homme d’affaires anglais, comme il l’a également établi dans les enregistrements de la réunion. Tous ont exprimé leur préoccupation lors de cette rencontre face aux tentatives d’évincement de Gross du bureau.

Toutefois, alors que la missive disait que Berko et Forer avaient initié la réunion, selon une déclaration de la part de la commission de la Knesset, il s’est avéré que Berko, Smotrich et Ohana étaient en définitive les parlementaires qui l’avaient demandée.

Gross a déclaré au Times of Israël qu’alors qu’il se trouve personnellement en contact avec les législateurs après des décennies à avoir travaillé aux côtés de personnalités gouvernementales pour créer des logements sociaux à long terme en Israël, la rencontre a strictement concerné les allégations de boycott.

« Cette réunion spécifique a été réclamée en réponse au niveau de BDS au sein de l’Université Ben-Gourion. Le groupe Im Tirzu est impliqué, des soldats de réserves sont impliqués, et c’est le cas d’un grand nombre de gens », a-t-il dit. « Bien sûr, j’étais impliqué… ce sont des questions de préoccupation publique », a-t-il ajouté.

« La vérité de l’affaire, c’est que ces gens encouragent et renforcent le mouvement BDS à l’Université et que je suis celui qui est prêt à parler, alors on ne l’apprécie pas », a-t-il dit. « Je ne peux manifestement pas contrôler la Knesset. Quatre membres de la Knesset issus de différents partis ont décidé d’apporter le sujet ici et ces gens sont des anti-sionistes d’extrême-gauche qui se haïssent eux-mêmes. Et c’est eux qui ont actuellement le contrôle de l’Université. Alors que suis-je supposé faire ? »

« Une personne se dresse et bien entendu, ces gens l’attaquent », a-t-il maintenu.

En réponse à l’accusation, Berko a défendu son positionnement en affirmant que les donateurs de l’Université devaient avoir l’autorisation d’exprimer leurs opinions.

« Je pense qu’il est inacceptable d’exclure les membres du Bureau parce qu’ils ont exprimé leur opinion… Tous ceux qui financent l’institution devraient avoir le droit de dire ce qu’ils pensent », a-t-elle indiqué dans une déclaration. Un porte-parole a ajouté que les propos de Berko n’étaient « aucunement liés au fait qu’elle connaisse [Gross] ».

Bezalel Smotrich, député de HaBayit HaYehudi, lors d'une réunion d'une commission de la Knesset, le 11 janvier 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Bezalel Smotrich, député de HaBayit HaYehudi, lors d’une réunion d’une commission de la Knesset, le 11 janvier 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le porte-parole de Smotrich a nié qu’il entretenait des contacts personnels avec Gross.

Durant l’audience, le législateur du parti HaBayit HaYehudi a déclaré au président de l’Université Ben-Gourion Rivka Carmi qu’elle n’avait pas son mot à dire sur la date de la réunion et qu’il n’était pas prévu qu’elle coïncide avec la rencontre du Bureau des gouverneurs.

« Vous m’avez interrogé sur le moment choisi. Je ne travaille pour personne », a indiqué Smotrich la semaine dernière.

Au même moment, Smotrich a maintenu qu’il cherchait à anticiper l’amendement et à le lier aux accusations attestant que les maîtres de conférence, à l’Université, semblent favoriser le BDS et que « si la liberté d’expression est maintenue pour les enseignants alors certainement, certainement, elle doit être maintenue pour M. Gross ».

Il a également pris ses distances face aux commentaires attribués à Gross, affirmant qu’il « désapprouve grandement » ces déclarations.

Un porte-parole de Hasson, qui avait qualifié Gross « d’ami cher » au cours de l’audience, a nié de manière semblable tout lien entre la réunion et la donation effectuée par Gross au cours de sa campagne des Primaires.

« Evidemment qu’il n’y a pas de lien, le don a eu lieu en 2008! », s’est exclamé le porte-parole.

Durant l’audience, Hasson a qualifié l’université de « merveilleuse » et déclaré que l’établissement ne soutenait d’aucune façon les efforts de boycott d’Israël.

« Mais je viens vous demander : Si vous êtes favorables à la liberté d’expression, pourquoi Michael Gross ne peut-il pas exprimer son opinion en tant que membre du bureau des gouverneurs ?  » a-t-il interrogé. « Vous êtes favorable à la liberté académique, au pluralisme, à la démocratie. Vous avez un membre, au Bureau des gouverneurs, qui pense différemment de vous. Ne l’expulsez pas, parce que c’est ce que vous voulez faire ».

Interrogé directement par Smotrich, Carmi a indiqué au panel de la Knesset qu’il n’y avait aucune tentative d’exclure Gross, une affirmation que ce dernier a qualifié de « mensonge éhonté ».

« Je n’aurais jamais pensé faire venir M. Gross même s’il est maintenant assis ici », a indiqué Carmi dans l’audience du 24 mai, s’adressant à Hasson. « On dit que nous – en tant qu’Université – tentons de ‘réduire au silence’ M. Gross ».

« C’est M. Gross qui a souhaité qu’un membre de la faculté meurt, qui a qualifié le professeur Shimon Glick, père du législateur Yehudah Glick, ‘judenrat’ qui a dit indirectement que j’étais un ‘kapo' », a-t-elle dit. « C’est ainsi que M. Michael Gross s’est adressé à l’Université, de la façon la plus sale – et je ne l’aurais pas mentionné si vous ne l’aviez pas évoqué.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...