US/Options binaires : Des Israéliens accusés d’une fraude de 100 millions de $
Rechercher

US/Options binaires : Des Israéliens accusés d’une fraude de 100 millions de $

Gil Beserglik et son fils Raz auraient exploité les sites Bloombex Options, Morton Finance et Starling Capital depuis des centres d'appel israéliens et allemands

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Capture d'écran de la page d'accueil de Bloombex Options telle qu'elle apparaissait au mois d'août 2015 (Capture d'écran)
Capture d'écran de la page d'accueil de Bloombex Options telle qu'elle apparaissait au mois d'août 2015 (Capture d'écran)

La Commission des titres et des échanges (SEC), aux Etats-Unis, a accusé jeudi deux Israéliens et un ressortissant allemand de fraude aux options binaires à hauteur d’une somme atteignant les 100 millions de dollars.

Les trois accusés sont Gil Beserglik, 63 ans, un citoyen israélien vivant en Allemagne, son fils Raz Beserglik, 33 ans, qui vit en Israël et Kai Christian Petersen, qui habite en Allemagne.

Selon la plainte, les trois hommes auraient escroqué des investisseurs aux Etats-Unis et à l’étranger pour un montant dépassant les 100 millions de dollars par le biais des sites internet Bloombex Options, Morton Finance et Starling Capital.

Les hommes étaient à la tête de centres d’appel en Allemagne et en Israël. Le plus important de ces call-centers, qui se trouvait sur le territoire de l’Etat juif, s’appelait le Five Stones Monopoly Marketing Ltd. Il est devenu depuis la Silverpop Media Ltd.

La plainte initiée par la SEC, qui a été déposée auprès d’une cour de district dans le centre de la Californie, explique comment une investisseuse américaine du troisième âge a perdu 600 000 dollars au profit de Bloombex Options après l’utilisation par une employée agressive « de déclarations frauduleuses et de dispositifs trompeurs » pour l’amener à déposer son argent.

Selon la plainte, de 2012 à 2016, le site Bloombex Options a reçu 80 millions de dollars en dépôt de la part d’investisseurs du monde entier et notamment originaires des Etats-Unis. Morton Finance aurait compté plus de 8 000 investisseurs américains pour un total de fonds recueillis s’élevant à plus de 14 775 000 dollars. Chez Starling Capital, plus de 2 700 personnes auraient déposé près de trois millions de dollars.

Une fois les fonds « investis », les accusés auraient refusé à leurs clients de retirer leur argent, clame la plainte.

Il n’y a aucune preuve dans les documents judiciaires ou policiers mis à disposition du public que les procureurs ou que la police israélienne aient enquêté sur l’entreprise ou sur ses responsables pour des malversations présumées.

Selon la plainte, les accusés auraient blanchi des millions de dollars mal acquis par le biais de la Shraga Holdings et de la Lembex Global Investments Ltd, contrôlées par Gil Beserglik et enregistrées dans les îles Vierges britanniques.

Des sites et des commerciaux escrocs

La plainte établit que la fraude présumée a commencé avec le site Bloombex Options lui-même, qui ressemblait à un site de trading légitime mais sur lequel aucune opération financière n’avait jamais lieu.

Les investisseurs réalisaient sans le savoir des transactions au profit des courtiers qui s’abritaient derrière la vitrine du site – ces derniers gagnaient de l’argent au fur et à mesure que les clients en perdaient.

L’argent qui semblait se trouver sur le compte des investisseurs n’y figurait pas en réalité, ajoute la plainte.

« Les courtiers de Bloombex ne disposaient pas des fonds nécessaires pour couvrir les engagements qu’ils avaient envers leurs investisseurs parce qu’ils… utilisaient l’argent de ces derniers pour couvrir leurs dépenses », note le document judiciaire.

Parmi les dettes accumulées, les paiements aux distributeurs affiliés – qui attiraient le trafic de clients vers le site internet par le biais de vidéos et autres promotions.

Selon une enquête réalisée au mois de février 2019 et publiée sur le site Finance Uncovered, une enquête a laquelle le Times of Israël a contribué, l’un des distributeurs ayant promu Bloombex Options était Binaryaffilates.com, appartenant en partie à Ran Sheleg, le frère d’Ehud Sheleg, trésorier du parti Conservateur au pouvoir au Royaume-Uni.

Toujours selon la plainte, les agents, dans les centres d’appels, passaient habituellement jusqu’à 200 appels téléphoniques par jour, entrant en communication avec un total de 30 à 60 clients et amenant trois à huit personnes à effectuer des dépôts quotidiennement.

Ils mentaient sur leur identité, sur la localisation de leurs bureaux, sur leur compétences et sur leurs expériences, ne disant évidemment rien du fait qu’ils gagnaient de l’argent lorsque le client en perdait. À leur apogée, les trois centres d’appels employaient au total jusqu’à 200 personnes, note la plainte.

Les investisseurs étaient souvent attirés sur le site internet grâce à la promesse qu’ils pourraient y utiliser un logiciel de trading formé sur la base d’algorithmes ou un « robot » qui effectuerait des transactions en leur nom. Mais les commerciaux avaient apparemment reçu pour instruction de dissuader les clients d’utiliser le logiciel, les encourageant plutôt à mener à bien des opérations par le biais d’un « conseiller financier ».

Ainsi, un script recommandait aux commerciaux de dire que « le problème, avec le logiciel, c’est qu’il ne sait pas quand un événement est en train de se passer (exemples : Brexit, élections…) et il se contente donc de placer des transactions tout au cours de la journée – ce que nous pourrions qualifier de ‘risque non-nécessaire’, vous n’êtes pas d’accord ? »

Les agents semblaient également dire fréquemment aux investisseurs que s’ils investissaient à hauteur d’un nombre de cinq à six chiffres, ils bénéficieraient alors d’un statut « VIP », « Gold » ou « Platinum », ce qui leur accorderait un accès à des courtiers plus expérimentés ainsi qu’à des primes ou des rendements plus importants.

« En réalité », dit la plainte, « il n’y avait aucun bénéfice réel dans le dit-statut VIP et il s’agissait simplement d’un stratagème pour attirer des dépôts de plus en plus grands ».

Les courtiers de Bloombex faisaient d’abord en sorte que les investisseurs gagnent initialement de l’argent pour accroître leur confiance et qu’ils puissent retirer de petits montants.

La firme aurait été en contact avec SpotOption, fournisseur de la plateforme, et changeait les « paramètres de risque » des clients pour leur permettre de gagner ou de perdre des opérations, poursuit la plainte.

« Dans un courriel en date du mois de juillet 2015, un représentant d’un centre d’appel de Bloombex Options disait à SpotOption, son fournisseur de plateforme, qu’un ‘client a remporté dix transactions d’affilée sur la plateforme à 60 secondes. Veuillez placer ce client sur la liste à haut-risque' », continue-t-elle.

La plainte déposée par la SEC est civile – en opposition au pénal – et cherche à exiger des accusés qu’ils remboursent l’argent qu’ils auraient volé et qu’ils s’acquittent de pénalités financières, tout en acceptant de ne plus solliciter d’investissements. Si le Département de la justice américain devait lui reprendre à son compte les accusations contre les trois hommes incriminés, ils pourraient être poursuivis et écoper d’une peine d’emprisonnement.

Un avocat pour les victimes présumées : « Un cadeau du Nouvel an »

Yoram Fay, avocat israélien qui a déposé plainte devant les tribunaux de l’Etat juif contre les dirigeants présumés de Bloombex Options, SternOptions et d’autres sites associés, dit au Times of Israël que « cette plainte de la SEC est un cadeau de Nouvel an pour mes clients qui se trouvent actuellement au beau milieu d’un procès ».

L’avocat Yoram Fay. (Autorisation)

Dans un protocole en date du 3 juillet, l’avocat David Biton – qui représente certains des accusés – avait clamé que les plaignants, défendus par Fay, se trouvaient dans l’incapacité de prouver que les employés et les propriétaires du centre d’appel israélien Five Stones Monopoly Marketing étaient liés, d’une manière ou d’une autre, à l’argent perdu par les clients.

En plus de Raz Beserglik, Fay a poursuivi le frère de Gil Beserglik, Yishai Beserglik, ancien directeur du call-center israélien. Il a également porté plainte contre Ati Bar Ilan, beau-père de Raz Beserglik, propriétaire d’une firme appelée Citrin Technologies Ltd. et qui, selon Fay, est liée à la fraude. Ati Bar Ilan est un ancien entraîneur de l’équipe de football du Maccabi Petah Tikva.

Tous les accusés traînés en justice par Fay ont rejeté les accusations proférées à leur encontre.

Fay explique au Times of Israël qu’il a constaté que les juges israéliens étaient généralement très sceptiques concernant l’éventuelle connexion entre les entreprises offshores, propriétaires de sites d’options binaires, et les dirigeants et employés israéliens dans les centres d’appel locaux.

Il qualifie par ailleurs l’attitude des avocats du secteur des options binaires – et parfois des juges – de « moqueuse ».

« Cette action entreprise par la SEC va obliger les magistrats israéliens à voir la vérité. Je pense que certains juges préfèrent nier la contribution israélienne à cette industrie de fraude. Dorénavant, ils ne pourront plus ignorer que c’est Israël qui a la compétence dans ces dossiers ».

Plusieurs membres de la famille Beserglik sont impliqués dans l’immobilier. Selon la plainte de la SEC, quand Gil Beserglik avait ouvert un compte bancaire pour Shraga Holdings, au mois d’octobre 2015, il avait déclaré à la banque « qu’il investit dorénavant dans l’immobilier et qu’il est le propriétaire de Bloombex Options aux côtés de son fils, Raz Beserglik. »

Les registres publics indiquent que Gil Beserglik est également propriétaire de plusieurs firmes liées à l’immobilier en Allemagne. Pour sa part, son frère, Yishai Beserglik, est à la tête de Beserland Properties, une entreprise israélienne qui se consacre aux appartements haut de gamme à Tel Aviv.

L’enquête de la SEC a été menée par Jason Anthony, Michael Fuchs et Deborah Maisel et supervisée par Jennifer Leete.

Bloombex Options a été un parmi des centaines de sites internet de vente d’options binaires à être exploités, ces dernières années, depuis Israël. La fraude aux options binaires a prospéré en Israël pendant environ une décennie avant que la Knesset ne mette hors-la-loi l’industrie, au mois d’octobre 2017, largement grâce aux résultats d’un travail de journalisme d’investigation mené par le Times of Israël et qui avait commencé avec un article écrit au mois 2016 intitulé « Les loups de Tel Aviv : la vaste et immorale arnaque des options binaires dévoilée ».

Un grand nombre de dirigeants de ces entreprises frauduleuses ont déplacé leurs opérations à l’étranger ou se sont tournés vers d’autres escroqueries en continuant à travailler depuis Israël. Leurs actes n’ont pas été punis et leur statut, au sein de la société, ne semble guère avoir été ébranlé.

Une application laxiste de la loi en Israël

Les forces de l’ordre israéliennes se sont montrées incapables – ou non-désireuses – de s’attaquer au problème des fraudes sur internet dans le pays, en dépit du fait que, depuis plusieurs années, ces dernières se font à l’échelle industrielle.

Lee Elbaz, accusée d’escroquerie par la vente et la commercialisation d’options binaires, arrive à une cour fédérale lors de la sélection du jury pour son procès à Greenbelt, dans le Maryland, le 16 juillet 2019. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

Les autorités américaines, pour leur part, s’attaquent de plus en plus aux fraudeurs. Au début de l’année, le département américain de la Justice a inculpé quinze cadres des options binaires en lien avec les sites frauduleux présumés BigOption.com et BinaryBook.com. Cinq d’entre eux ont plaidé coupable tandis qu’une autre, la directrice-générale de Yukom Communications, Lee Elbaz, a été condamnée par un jury du Maryland, le 6 août, pour son rôle dans une fraude à hauteur de 154 millions de dollars.

Un article récent publié dans Finance Magnates, publication consacrée au commerce pour l’industrie de trading en ligne, qui est lue par de nombreux cadres des options binaires et des crypto-devises, a clamé qu’en raison des poursuites intentées par le département américain de la Justice, de nombreux employés des options binaires craignaient de se rendre aux Etats-Unis ou même de partir à l’étranger.

À l’âge d’or de cette industrie, des centaines de firmes travaillaient dans le secteur des options binaires, employant des milliers d’Israéliens qui auraient dérobé des milliards à des victimes du monde entier.

« Une telle illégalité continue et étendue n’a pu être rendue possible que par un échec systématique des forces de l’ordre », commente Nimrod Assif, un avocat qui a poursuivi des entreprises d’options binaires, dans une déclaration au Times of Israël.

« Tandis que dans de nombreux secteurs, comme la technologie et la recherche universitaire, Israël est sur le devant du monde développé, ici, le pays semble à la traîne des autres pays développés et tout particulièrement des Etats-Unis. En prenant davantage d’initiatives en termes d’application de la loi, les Etats-Unis peuvent aider l’Etat d’Israël et non seulement en signalant aux contrevenants en Israël qu’ils ne peuvent pas agir impunément, mais également en ouvrant la route aux forces de l’ordre et aux enquêteurs », ajoute-t-il.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...