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Washington et Paris condamnent Téhéran après des frappes meurtrières à Erbil

Les responsables irakiens font état de 4 civils tués dans des frappes que les Gardiens de la Révolution décrivent notamment comme une réponse à la mort de Razi Mousavi

Cette image tirée d'une vidéo fournie par Rudaw TV montre de la fumée s'élevant d'un bâtiment touché par une frappe à Erbil, en Irak, le 16 janvier 2024. (Crédit : Rudaw TV via AP)
Cette image tirée d'une vidéo fournie par Rudaw TV montre de la fumée s'élevant d'un bâtiment touché par une frappe à Erbil, en Irak, le 16 janvier 2024. (Crédit : Rudaw TV via AP)

Les Etats-Unis ont condamné les attaques menées par l’Iran au Kurdistan irakien et indiqué qu’ils étaient « opposés » à ces « frappes irresponsables de missiles » qui « sapent la stabilité de l’Irak », selon un communiqué du département d’Etat.

La France a aussi condamné mardi les frappes, les qualifiant de « violations inadmissibles » de la souveraineté de l’Irak, dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères. « De tels actes (…) contribuent à l’escalade des tensions régionales et doivent cesser », souligne le Quai d’Orsay.

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé tôt mardi avoir lancé plusieurs salves de missiles balistiques sur des cibles à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Au moins « quatre civils » ont été tués et six autres blessés dans les tirs de missiles iraniens, ont annoncé les autorités de la région autonome dans un communiqué, précisant que certains blessés se trouvaient dans un « état critique ».

Un correspondant de l’AFP à Erbil a entendu plusieurs fortes explosions, les missiles ayant touché un quartier résidentiel huppé dans la périphérie d’Erbil, au nord-est de la capitale du Kurdistan.

Cette image tirée d’une vidéo fournie par Rudaw TV montre de la fumée s’élevant d’un bâtiment touché par une frappe à Erbil, en Irak, le 16 janvier 2024. (Crédit : Rudaw TV via AP)

Le Conseil de sécurité du Kurdistan a accusé Téhéran de recourir à des « justifications sans fondements » pour ses bombardements répétés contre la région.

Le Premier ministre de la région Masrour Barzani a appelé « le gouvernement de Bagdad à adopter une position ferme contre cette violation de la souveraineté irakienne », assurant qu’il allait être en contact avec « nos partenaires au sein de la communauté internationale pour mettre un terme à ces attaques brutales ».

Dans la périphérie d’Erbil, les Gardiens de la Révolution iraniens ont assuré avoir visé et détruit ce qu’ils ont appelé « un quartier général d’espionnage » qu’ils ont attribué à Israël – tout comme a été ciblé, selon eux, « un rassemblement de groupes terroristes anti-iraniens », selon l’agence de presse officielle IRNA.

Selon l’agence de presse officielle IRNA, l’attaque à Erbil intervient en représailles aux assassinats récents de plusieurs commandants des Gardiens de la Révolution mais aussi de chefs de « l’axe de résistance ».

L’Iran, qui ne reconnaît pas l’existence d’Israël, se considère avec le pouvoir en Syrie, le Hezbollah libanais, le mouvement palestinien Hamas, des groupes irakiens et les rebelles yéménites Houthis comme faisant partie de « l’axe de la résistance » face à Israël au Moyen-Orient.

Il s’agissait d’une « réponse aux récents actes pervers du régime sioniste qui a martyrisé les commandants du CGRI et de la résistance », faisant apparemment référence à une frappe en Syrie qui a tué le général de brigade de haut rang du CGRI, le général Razi Mousavi.

Deux attaques distinctes au Liban attribuées à l’État hébreu ont par ailleurs tué le numéro 2 du groupe terroriste palestinien du Hamas Saleh al-Arouri et le commandant militaire du groupe terroriste libanais du Hezbollah Wissam al-Tawil. Arouri et Tawil entretenaient des liens très étroits avec Téhéran.

L’officier du CGRI Razi Mousavi, tué le 26 décembre 2023 à Damas, avec l’ancien chef de la Force Al-Qods du CGRI, Qassem Soleimani, tué dans une frappe de drone américain à Bagdad en janvier 2020. (Via l’agence de presse Tasnim)

Plus tôt, le parti aux manettes à Erbil, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), avait rapporté la mort de civils, dont un magnat de l’immobilier, Peshraw Dizayee, son épouse et d’autres membres de sa famille, leur domicile ayant été touché.

Il y a un an, Téhéran bombardait les positions de plusieurs groupes armés de l’opposition kurde iranienne, accusés notamment d’être impliqués dans le mouvement de contestation déclenché après la mort en détention de Mahsa Amini.

Si l’Irak criminalise tout contact avec Israël, des hommes politiques du Kurdistan autonome ont pu se montrer plus laxistes par le passé. Mais la ligne officielle du Kurdistan reste prudente et dément tout rapport ou velléités de normalisation avec Israël.

Les frappes iraniennes de lundi surviennent dans un contexte de crainte d’une spirale de conflit au Moyen-Orient, dans le contexte de la guerre entre Israël et les terroristes palestiniens du Hamas à Gaza, déclenchée par son attaque dévastatrice du 7 octobre, au cours de laquelle quelque 1 200 personnes – essentiellement des civils – ont été tuées et environ 240 autres kidnappées et emmenées de force dans l’enclave. Après ces atrocités, les alliés du Hamas et de Téhéran sont entrés dans la mêlée depuis le Liban, la Syrie, l’Irak et le Yémen.

Outre les attaques contre le nord d’Israël par le groupe terroriste libanais Hezbollah et contre les navires commerciaux dans la mer Rouge par les Houthis au Yémen, les milices soutenues par l’Iran en Irak ont ​​lancé des attaques de drones quasi quotidiennes sur des bases abritant les forces américaines en Irak et en Syrie, ce que les groupes ont déclaré être des représailles au soutien de Washington à Israël et aussi une tentative de forcer les troupes américaines à quitter la région. Il y a également eu des attaques contre Israël depuis l’Irak et la Syrie.

Des Iraniens se précipitent après des explosions survenues le 3 janvier 2024 près de la tombe de Qassem Soleimani, l’homme clé du régime iranien tué en janvier 2020, à l’âge de 62 ans, lors d’une attaque de drone américain en Irak. (Crédit : capture d’écran)

Par ailleurs, le Corps des gardiens a annoncé sur son site internet Sepah News avoir identifié en Syrie « les lieux de rassemblement des commandants et des principaux éléments liés aux récentes opérations terroristes, en particulier l’Etat islamique » (EI) et les avoir « détruits en tirant un certain nombre de missiles balistiques ».

Il a expliqué que cette attaque s’était faite en « réponse aux récents crimes de groupes terroristes qui ont injustement martyrisé un certain nombre de nos chers compatriotes à Kerman et Rask ».

Le 3 janvier, des assaillants ont perpétré deux attentats suicides contre la foule rassemblée à Kerman, dans le sud de l’Iran, lors d’une cérémonie commémorative près de la tombe du général Qassem Soleimani, l’ex-architecte des opérations militaires iraniennes au Moyen-Orient, tué en janvier 2020 par une frappe américaine en Irak.

L’attaque, revendiquée par l’EI, a fait environ 90 morts et de nombreux blessés.

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