Après la menace d’envoyer le pays en « enfer » l’été dernier, des hackers anti-israéliens promettent un « Holocauste électronique » le mois prochain.

Une voix électronique prétendant venir du groupe de hackers Anonymous a averti, dans une vidéo publiée cette semaine, que les hackers « puniront l’entité sioniste stupide » pour ses « bombardements, ses meurtres et ses enlèvements de Palestiniens ».

« Comme nous l’avons fait tant de fois, nous paralyserons vos serveurs, les sites du gouvernement, les sites de l’armée et des institutions israéliennes, a déclaré la voix. Nous vous effacerons de l’espace internet dans notre Holocauste électronique », qui aura lieu le 7 avril selon le groupe.

Bien qu’ils s’appellent « anonymes », déclare Daniel Cohen, chercheur associé à l’Institut pour les Etudes de sécurité nationale (IESN) d’Israël, spécialisé dans la guerre informatique, ils ont mené assez d’attaques contre Israël pour que les experts aient suffisamment d’informations sur leur identité.

Selon Cohen, les hackers d’Op-Israël responsables des actions viennent principalement du Moyen-Orient. Ils sont principalement des musulmans de Gaza, de Syrie, du Maroc et d’autres pays dans la région. En tant que groupe, ils s’opposent généralement à l’ordre établi et sont influencé par des mouvements islamistes radicaux et terroristes qui les poussent aussi à attaquer Israël.

C’est un bon exemple d’ »hacktivisme » où les hackers – par eux-mêmes ou avec la soutien de groupes activistes et gouvernementaux – attaquent les serveurs et les infrastructures des entités cibles, explique le colonel Gabi Siboni, chef du Programme de sécurité informatique de l’IESN.

« Les défis de terreur devant Israël et l’Occident ne sont pas seulement physiques, mais aussi informatiques, a-t-il déclaré. Israël fait face à des menaces du Hezbollah chiite et du Hamas sunnite quotidiennement. Ils sont efficaces et le deviennent de plus en plus. »

Lors de l’opération Bordure protectrice, Israël ne combattait pas seulement contre les terroristes de Gaza, mais avec contre un grand nombre de hackers. Les hackers anti-israéliens ont ensuite déclaré que l’opération #OpSaveGaza serait « la plus grande campagne jamais menée contre Israël pour exposer son activité terroriste au monde ».

Lors de la guerre, explique Isaac Ben-Israel, responsable de l’Atelier pour la science, la technologie et la sécurité à l’Université Yuval Neeman de Tel-Aviv, les attaques informatiques ont augmenté de 900 %.

« Au lieu des 100 000 attaques habituelles que nous subissons chaque jour, nous recevions alors un million d’attaques de tous les pays arabes ou musulmans », se souvient-il.

Ce nombre, a-t-ajouté, s’applique seulement aux sites officiels du gouvernement en mentionnant la difficulté de savoir si un foyer privé ou une entreprise informatique avaient été attaqués.

Lundi, Yiftah Ron-Tal, le chef de l’Entreprise électrique d’Israël, a déclaré que lors de la guerre, les serveurs de l’entreprise et l’infrastructure avaient été attaqués près d’un million de fois chaque jour.

« Si nous comparons le nombre d’attaques informatiques durant la guerre au nombre de missiles tirés par le Hamas, le réseau électrique d’Israël a été touché par deux ‘missiles électroniques’ chaque jour en 2013. En 2014, cela aurait été 15 par jour », déclare Ron-Tal en ajoutant qu’avec tout le respect dû à un missile qui pourrait détruire une cible unique, une « frappe directe » sur le réseau électrique aurait mis le pays tout entier à genoux.

En réalité, une des plus grandes préoccupations du secteur de la défense informatique est la possibilité d’une attaque majeure contre l’infrastructure.

Stuxnet, le virus informatique qui a attaqué et paralysé le programme nucléaire de l’Iran, a véritablement effrayé les responsables de l’électricité, de l’eau et d’autres infrastructures sensibles.

La question sera débattue en profondeur le mois prochain à la conférence sur les Opérations et le Renseignement de défense informatique (ORDI) américano-israélien qui aura lieu à Washington DC. les 27 et 28 avril.

La conférence est un partenariat israélo-américain visant à promouvoir un débat public éclairé sur la sécurité informatique et des collaborations internationales dans les domaines de la technologie, du renseignement et des prises de décisions politiques.

Parmi les participants à l’événement, on retrouvera des représentants de l’Institut électrique Edison, un groupe qui représente plus de 700 fournisseurs d’électricité américains, et la Table ronde des affaires, qui compte parmi ses membres certains des plus importants industriels et entrepreneurs de la défense des Etats-Unis.

Les Israéliens ont généralement traité les attaques Op-Israël avec calme en s’appuyant sur les capacités significatives du pays en matière de protection de données informatiques.

Pourtant, notent les experts, il vaudrait mieux prendre des précautions. Devançant le danger, les bureaux du gouvernement ont demandé à leurs employés de prendre des précautions – comme éviter de cliquer sur des liens ou des pièces jointes dans des e-mails, changer les mots de passe, éviter les sites informatiques pouvant donner des virus informatiques aux internautes qui vont sur ces pages.

Pourtant, selon Siboni, de nouvelles mesures sophistiquées s’avéreront bientôt nécessaires. Les hackers, a-t-il expliqué, sont sophistiqués et le deviennent de plus en plus. Il ne fait aucun doute qu’à un moment ou un autre, les Etats-Unis et les autres pays occidentaux devront faire face aux mêmes menaces qu’Israël de la part de ces groupes comme l’ISIS, si ce n’est pas déjà le cas. L’ISIS est particulièrement adepte de l’utilisation du réseau mondial pour faire avancer ses objectifs.

« Et ce ne sont pas seulement les groupes terroristes qui mènent ces attaques informatiques, mais beaucoup de pays le font également. Le besoin de réponses pour la sécurité informatique augmente de manière exponentielle », a-t-il ajouté.

Israël, malheureusement, a bien trop d’expérience en tant que victime de piratage, et, espérons-le, le pays sera capable de partager certaines de ses expériences avec les Etats-Unis pour aider ce pays à rester sûr informatiquement.

« Israël est une superpuissance informatique mondiale, et des officiels gouvernementaux et de l’industrie américaine sont intéressés par ce que le pays peut dire », explique Siboni.

« La décision de tenir une conférence dans la capitale américaine permettra à plus de technologies et de compagnies israéliennes d’être présentes sur le marché américain, et augmentera les possibilités de coopération, tout particulièrement dans les domaines sensibles de l’infrastructure, du renseignement et de l’échange d’information sur les menaces informatiques. »