Israël en guerre - Jour 255

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15 000 personnes à la cérémonie commémorative conjointe israélo-palestinienne

Des familles endeuillées des deux côtés du conflit dénoncent les politiques israéliennes en Cisjordanie, tandis que des manifestants de droite qualifient les participants de "traîtres"

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Cérémonie commémorative israélo-palestinienne, à Tel Aviv, le 24 avril 2023. (Crédit : Gili Getz)
Cérémonie commémorative israélo-palestinienne, à Tel Aviv, le 24 avril 2023. (Crédit : Gili Getz)

Malgré un événement qui a attiré près de 15 000 participants, un coin du parc Ganeï Yehoshua de Tel Aviv était inhabituellement calme lundi soir, alors qu’Israël entamait les cérémonies de Yom Hazikaron en mémoire des soldats tombés au combat et des victimes du terrorisme.

C’est alors qu’un manifestant de droite a rompu le silence en criant « traître » et « gauchiste » à l’adresse d’un orateur qui racontait l’histoire du meurtre de sa sœur lors d’un attentat terroriste palestinien en 1994.

Yuval Sapir, qui s’est effondré en évoquant la perte de celle qu’il appelait « son âme sœur », a raconté son histoire aux Israéliens et aux quelque 150 Palestiniens de Cisjordanie rassemblés à l’occasion d’une cérémonie commune controversée destinée à commémorer mutuellement les victimes des deux côtés du conflit.

« Il est facile et naturel de haïr, d’être en colère, de vouloir se venger et d’alimenter le feu du conflit encore et encore », a déclaré Sapir. « J’ai choisi d’essayer de briser la chaîne de la vengeance et de la haine. »

L’événement annuel de Yom Hazikaron, organisé par le groupe de gauche Combatants for Peace, est un événement commémoratif unique conçu pour rassembler les Israéliens et les Palestiniens qui ont perdu des proches dans le conflit, et est considéré comme un symbole d’espoir pour certains. Cependant, depuis sa création, il a été profondément controversé, en particulier au sein de la population israélienne, ses détracteurs l’accusant de légitimer le terrorisme et d’assimiler les soldats israéliens tombés au combat à ceux qui les ont attaqués. Pour les détracteurs palestiniens, cet événement, qui en est à sa 17e année, représente une normalisation non désirée avec Israël.

Yom Hazikaron est considéré par la plupart des Israéliens comme solennel et au-dessus de toute politique partisane, mais l’événement conjoint est l’une des cérémonies les plus politiques de la journée et a suscité la controverse cette année avant même de commencer.

Au début du mois, le ministre de la Défense, Yoav Gallant, a tenté d’empêcher les Palestiniens d’assister à l’événement en bloquant l’entrée des participants en Israël, citant ce qu’il a appelé la « situation complexe en matière de sécurité » en Cisjordanie. Combatants for Peace avait demandé des permis d’entrée en Israël pour 169 Palestiniens afin de participer au rassemblement.

La Haute Cour de justice a toutefois ordonné dimanche à Gallant d’autoriser les Palestiniens à entrer en Israël pour y participer. Dans une décision rédigée en termes très clairs, le tribunal a déclaré qu’il « regrettait » le fait que la décision de Gallant au début du mois ait été prise en violation de deux décisions judiciaires antérieures de 2018 et 2019 ordonnant aux ministres de la Défense de l’époque d’autoriser les Palestiniens invités à l’événement à entrer en Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le ministre de la Défense Yoav Gallant lors d’une cérémonie en hommage aux soldats d’Etzel tombés au combat à Tel Aviv, le 16 avril 2023. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Lors de la cérémonie, dans des discours prononcés en hébreu et en arabe, des militants et des familles endeuillées ont dénoncé l’occupation de la Cisjordanie et ont exhorté les autres à œuvrer en faveur de la paix.

Parmi les 15 000 personnes présentes se trouvait une délégation de l’ambassade américaine dirigée par George Noll, chef du bureau des Affaires palestiniennes.

À l’extérieur de la manifestation, un petit groupe de manifestants de droite a brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Les gauchistes sont des traîtres » et « Il n’y a pas de coexistence avec l’ennemi ».

Les manifestants ont également crié sur les participants à la cérémonie à leur arrivée et ont tenté de perturber les discours des membres des familles endeuillées, qui ont continué à s’exprimer malgré les interruptions.

La police a séparé les deux camps et a arrêté un manifestant de droite, a rapporté la radio de l’armée.

Des représentants de l’ONG PCFF (Parents Circle – Families Forum), qui regroupe des familles endeuillées de part et d’autre du conflit, ont déclaré dans leurs discours qu’il y avait de la douleur des deux côtés de la Ligne verte et ont demandé la fin du conflit qui a coûté la vie à leurs proches.

« C’est la douleur de notre perte et notre espoir commun de mettre fin au conflit qui nous lient et nous renforcent », a déclaré l’Israélienne Anat Marnin, qui a perdu deux de ses frères le même jour pendant la Guerre de Yom Kippour de 1973.

« Au plus profond de la douleur, nous trouvons la force de travailler ensemble », a-t-elle ajouté à propos de son expérience au forum, « pour montrer qu’une autre voie est possible, pour transmettre notre message à nos amis des deux côtés. Regardez-nous, nous à qui le conflit a enlevé ce que nous avions de plus cher. Si nous pouvons ensemble dire ‘assez’, vous pouvez tous répondre à l’appel et vous êtes invités à le faire ».

Yusra Abdel Aziz Mahfouz, de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, qui a perdu son fils Alaa d’une balle perdue en 2000, a décrit la transition qu’elle a opérée après sa mort, passant d’un désir de vengeance à un plaidoyer en faveur de la paix.

« Dans les premiers jours qui ont suivi la tragédie, j’avais un fort désir de vengeance, c’est-à-dire de faire quelque chose pour me guérir, mais je ne savais pas quoi faire », a-t-elle déclaré. Grâce à des rencontres avec des familles palestiniennes et israéliennes endeuillées, Mafouz a compris que « leur douleur est similaire à la mienne, et la volonté de se venger s’est transformée en compréhension du fait qu’il est préférable de rechercher la paix et de ne pas poursuivre le cercle de violence ».

Adel Abu Badawiya, originaire de Jénine, en Cisjordanie, théâtre d’affrontements répétés entre les troupes israéliennes et les groupes terroristes au cours de l’année écoulée, a perdu son frère Majid, mort alors qu’il était enfant et qu’il se cachait des troupes israéliennes. À l’instar de plusieurs autres orateurs, il a profité de cette tribune pour réclamer la fin de la présence israélienne en Cisjordanie.

« Nous, Palestiniens, Israéliens, Arabes et Juifs, devons essayer de changer la réalité et de créer un avenir meilleur pour nos enfants. Un avenir où il n’y a ni douleur, ni peur, ni occupation », a-t-il déclaré.

Allant plus loin, Mohammed Beiruti, qui a fondé une organisation appelée « Une terre pour tous » et qui milite pour « deux États dans une seule patrie », a déclaré à la foule majoritairement israélienne que son gouvernement était « fasciste » et a lié la fin de l’occupation à la fin du conflit.

Cérémonie commémorative israélo-palestinienne, à Tel Aviv, le 24 avril 2023. (Crédit : Gili Getz)

« Ce n’est pas seulement le vôtre », a-t-il déclaré en référence à la terre sur laquelle toutes les familles endeuillées ont perdu un être cher. « Arrêtez l’occupation si vous voulez la paix. »

Neta Ziv, administratrice d’une université israélienne, a fait écho à l’appel de Beiruti en s’en prenant à la coalition de droite radicale du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui comprend deux partis d’extrême-droite favorables aux résidents d’implantations, en plus d’un large soutien à l’expansion de la présence juive au sein du parti du Premier ministre, le Likud.

« Des vents mauvais, extrémistes et racistes, soufflent actuellement depuis les centres officiels du pouvoir en Israël », a déclaré Ziv, ajoutant « qu’ils prêchent la suprématie juive et s’efforcent d’approfondir l’expansion de la présence juive. Ils cherchent à creuser le fossé et à répandre la haine entre les peuples palestinien et israélien ».

Le projet du gouvernement de supprimer les contrôles judiciaires sur son propre pouvoir, qui a creusé des fossés dans les fondations sociales d’Israël, a également fait partie de la discussion lors de l’événement. Des manifestations de masse contre la réforme du système judiciaire ont secoué Israël au cours des quatre derniers mois.

Des dizaines de milliers d’Israéliens manifestant contre les projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à réformer le système judiciaire, à Tel Aviv, en Israël, le 15 avril 2023. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Ziv, vice-présidente chargée de l’équité, de la diversité et de la communauté à l’université de Tel Aviv, a déclaré que les divergences entre les partisans et les opposants au projet de réforme du système judiciaire ont ouvert la voie à un débat sur le conflit israélo-palestinien.

« L’effritement du sens de la solidarité israélienne est difficile et réel. Mais peut-être que cela crée aussi une opportunité », a déclaré Ziv. « Une occasion de se demander comment établir et formuler un nouveau contrat social qui ne soit pas fondé sur la participation de membres d’une seule nationalité. »

Les manifestations contre les projets de réformes du gouvernement ont été attaquées parce qu’elles comportaient des éléments « anti-occupation » et pro-palestiniens importants, que tous les manifestants ne soutiennent pas.

Après que la Haute Cour a ordonné à Gallant d’autoriser les Palestiniens à assister à l’événement, le député Moshe Saada (Likud) a dénoncé la décision en déclarant que « la Haute Cour intervient une fois de plus dans des décisions qui ne lui appartiennent pas et piétine grossièrement le gouvernement et ses représentants ». « Si vous vous demandiez pourquoi les réformes du système judiciaire sont si nécessaires, voici un exemple parmi tant d’autres de la nécessité de réparer et de changer un système qui a perdu son chemin et sa boussole morale. »

L’année dernière, l’événement a été réparti entre Tel Aviv et Beit Jala, après avoir été organisé principalement en ligne les deux années précédentes en raison de la pandémie de COVID-19. Selon les organisateurs, plus de 200 000 personnes ont regardé la cérémonie de l’année dernière, qui a été diffusée en direct sur Internet en arabe, en hébreu et en anglais.

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