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80 ans après, la France honore la mémoire des résistants étrangers au nazisme

Des milliers de résistants étrangers - Juifs polonais, communistes arméniens ou républicains espagnols - ont risqué leur vie pour combattre l'occupant nazi en France

Missak Manouchian (Crédit : Domaine public)
Missak Manouchian (Crédit : Domaine public)

Leur nombre est incalculable, comme leur valeur : des milliers de résistants étrangers – Juifs polonais, communistes arméniens ou républicains espagnols – ont risqué leur vie pour combattre l’occupant nazi en France, qui va leur rendre hommage 80 ans après.

Le 21 février, les restes du plus fameux de ces résistants, le communiste arménien Missak Manouchian, entrera au Panthéon à Paris, le temple des « immortels » français, au nom de tous ses compagnons d’armes.

Le Groupe Manouchian, largement composé d’étrangers, fut immortalisé par une célèbre « affiche rouge », sur laquelle les autorités d’occupations le dépeignaient comme une « armée du crime », insistant sur les origines juives, communistes ou « rouges » de dix de ses membres, pensant ainsi les discréditer.

Manouchian mourut, avec 21 autres camarades, fusillé le 21 février 1944, à l’âge de 37 ans. Incarnation des milliers d’étrangers s’étant engagés contre les nazis ou leurs collaborateurs français.

La majorité d’entre eux étaient « des Allemands et Autrichiens antinazis, des républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Italiens antifascistes, des Polonais fuyant l’antisémitisme, des Arméniens, des Juifs d’Europe de l’Est et d’Allemagne », explique le ministère des Armées français sur son site internet.

Parmi les quelque 2,2 millions qui vivaient alors en France, il est toutefois « impossible » de chiffrer combien ont rejoint la Résistance, selon l’historien Denis Peschanski, co-commissaire d’une exposition sur les étrangers dans la Résistance actuellement présentée au Mémorial de la Shoah à Paris.

Reproduction d’une affiche qui fut placardée dans les principales villes de France sous l’Occupation par les services de la propagande allemande. Ce document connu comme « l’Affiche rouge », présentait les portraits de dix résistants parmi les vingt-trois qui allaient être condamnés à mort et fusillés, au mont Valérien le 21 février 1944. Ces hommes, qui appartenaient au « Groupe Manouchian » – du nom de leur chef arménien du moment, Missak Manouchian -, étaient des membres des Francs-tireurs et partisans de la Main-d’Oeuvre immigrée (M.O.I.) créée en 1926 par le Parti communiste français. (Crédit : AFP)

Une partie d’entre eux sont arrivés en France après la Première Guerre mondiale dans un pays « saigné » par le conflit, qui avait « besoin absolument de main d’œuvre » et a fait venir des étrangers « par millions », en particulier des Polonais, raconte-t-il.

Missak Manouchian a ainsi travaillé comme ouvrier dans les usines Citroën, à Paris.

A cette immigration économique, à laquelle le krach boursier de 1929 mettra fin, se sont ajoutés ceux qui fuyaient les persécutions antisémites et anticommunistes en Europe.

« Ce sera le terreau de la Résistance », assure M. Peschanski, décrivant plusieurs formes d’organisation: les Espagnols se regrouperont de « manière autonome » dans le Sud-Ouest, les Italiens dans le Sud-Est, d’autres intégreront, dans les villes, les unités communistes des Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI).

« Identité multiple »

Ces unités, à la place centrale dans l’imaginaire des résistants étrangers, incluaient deux types de combattants : il y avait « les gamins d’entre 17 et 22 ans », et ceux qui, à 32-35 ans, avaient déjà « l’expérience de la clandestinité », et pour certains de la guerre qu’ils ont menée en Espagne, énumère Denis Peschanski.

La résistance étrangère s’est toutefois exprimée de « mille autres façons », observe Renée Poznanski, autre commissaire de l’exposition au mémorial de la Shoah, qui cite « l’assistance aux juifs » ou aux « intellectuels et artistes poursuivis par les Allemands ».

« Tous ont, en plus de toute leur identité multiple, celle majeure de l’attachement à la France des droits de l’homme », issue de « la Révolution française », par opposition à celle du régime collaborationniste du maréchal Pétain, affirme Denis Peschanski.

Missak Manouchian, symbolisait tout cela, note Renée Poznanski : poète, son statut de « rescapé du génocide des Arméniens » en 1915 est un élément supplémentaire qui l’a fait « subsister dans la mémoire collective », remarque l’historienne.

Selon les estimations, entre 1,2 million et 1,5 million d’Arméniens ont été tués pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l’Empire ottoman, alors allié à Allemagne et à l’Autriche-Hongrie.

Reconnu par une trentaine de pays, le terme de génocide arménien est récusé par la Turquie, issue du démantèlement de l’Empire en 1920, qui mentionne des massacres durant une guerre civile, doublée d’une famine, dans laquelle 300 000 à 500 000 Arméniens et autant de Turcs ont selon elle trouvé la mort.

Manouchian en réchappa pour trouver la mort en France, après un intense combat contre les nazis.

Comme lui, de nombreux étrangers mourront pour la libération de la France. Seule femme jugée pendant le procès du « Groupe Manouchian » en 1944, Golda Bancic sera guillotinée en Allemagne, les nazis refusant d’exécuter des femmes sur le sol français.

Les noms de ces résistants du FTP-MOI figureront bientôt à côté de la tombe de Manouchian au Panthéon. Car « le sang versé pour la France a la même couleur pour tous », insistait récemment l’Elysée.

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