Abbas : « Jérusalem est la porte de la paix et de la guerre – Trump doit choisir »
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Abbas : « Jérusalem est la porte de la paix et de la guerre – Trump doit choisir »

Le dirigeant de l'AP appelle les Palestiniens à résister avec des moyens "pacifiques", et encourage musulmans et chrétiens du monde entier à visiter et à "défendre" Jérusalem

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s'exprime lors d'une réunion à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018 (AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)
Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s'exprime lors d'une réunion à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018 (AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a continué mercredi à s’opposer à la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, avertissant que les actions menées dans la ville pourraient déclencher une guerre future, tout en préconisant une voie « pacifique ».

« Jérusalem est la porte de la paix et de la guerre – Trump doit choisir », a déclaré Abbas, lors d’une conférence à l’Université Al Azhar au Caire sur le « soutien mondial pour Jérusalem ».

Tout en mettant en garde contre la guerre, le dirigeant palestinien âgé de 82 ans a également réaffirmé que le seul moyen pour les Palestiniens de s’opposer aux politiques américaine et israélienne était de recourir à des moyens pacifiques.

« Une résistance populaire et pacifique est la voie qui réussira et que nous continuerons à mener », a déclaré Abbas.

Contrairement à son discours controversé prononcé dimanche à Ramallah, dans lequel il a attaqué sévèrement le président américain et d’autres responsables américains, et lancé une série d’attaques contre Israël, affirmant que l’État juif était un « projet colonial qui n’a rien à voir avec le judaïsme », le dirigeant palestinien au Caire s’est montré sobre et mesuré.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas posent pour une photo lors d’une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017 (AFP / Mandel Ngan)

« Chaque fois qu’une nouvelle administration américaine arrive, elle désavoue ses prédécesseurs. Comment pouvons-nous faire confiance à ce grand pays pour agir en tant qu’arbitre entre nous et Israël ? Nous ne pouvons pas lui faire confiance et ne l’accepterons pas en tant qu’arbitre », a déclaré Abbas.

Après le discours du 6 décembre de Trump reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, Abbas a déclaré que les Etats-Unis ne pouvaient plus servir d’intermédiaire pour la paix, et a institué un boycott de l’administration Trump. Le président américain a d’abord déclaré que sa décision reconnaissait simplement que Jérusalem était la capitale d’Israël et qu’elle n’était pas censée préjuger des frontières définitives de la ville, bien qu’il ait déclaré plus tard que la ville avait été « retirée de la table » [des négociations].

« Nous sommes au cœur de défis majeurs et face à une conspiration majeure visant Jérusalem », a déclaré Abbas à une foule de musulmans et de religieux chrétiens à al-Azhar.

Il a exhorté les musulmans et les chrétiens du monde entier à « défendre » Jérusalem, et a encouragé les membres des deux religions à se rendre à Jérusalem, soulignant que de telles visites ne constituaient pas une « normalisation » avec Israël.

« Nous avons besoin de votre soutien, et que vous nous aidiez », a déclaré Abbas. « Aucun juif honorable n’accepterait les violations contre Jérusalem », a-t-il ajouté, tout en notant qu’ « il y a beaucoup de juifs honorables ». Le chef de l’Autorité palestinienne n’a pas précisé ce qu’étaient ces « violations », mais dans le passé, le terme a été utilisé pour désigner la « judéïsation » de Jérusalem et la restriction de l’accès au Mont du Temple.

Abbas a dit à plusieurs reprises que Jérusalem était une ville pour les musulmans et les chrétiens, sans mentionner les Juifs. En même temps, il a dit que si les Palestiniens accédaient au pouvoir à Jérusalem, ce serait une ville ouverte à toutes les religions, en particulier aux religions abrahamiques, y compris le judaïsme.

« Nous aurons recours à toutes les options, mais nous ne recourrons pas au terrorisme et à la violence », a-t-il déclaré. « Nous avons d’autres moyens, y compris l’appel aux masses de notre nation à jouer leur rôle dans la lutte pour Jérusalem. »

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (C) lors d’une réunion à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018. (AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Abbas a souligné comme un exemple de résistance non-violente les manifestations palestiniennes à Jérusalem en juillet dernier au sujet des mesures de sécurité placées autour du Mont du Temple par la police israélienne à la suite d’une attaque terroriste perpétrée sur place.

Il a également déclaré que les Palestiniens iraient à la Cour pénale internationale « pour défendre notre droit ».

Abbas a salué les actions de Ahed Tamimi, 16 ans, qui est devenue une icône palestinienne après avoir été filmée frappant et provoquant des soldats israéliens.

« Elle a attaqué et frappé un soldat armé et n’a pas eu peur. Maintenant, elle est en prison », a déclaré Abbas à propos de Tamimi.

Au cours de son discours, il a renouvelé son affirmation selon laquelle les Palestiniens sont les descendants des anciens Cananéens mentionnés dans la Bible.

« Nous sommes restés ici et nous ne quitterons pas notre terre », a déclaré M. Abbas.

Un reportage télévisé israélien diffusé mardi soir a indiqué qu’Abbas avait décidé de prononcer son discours incendiaire dénonçant Israël et les Etats-Unis après que les fonctionnaires saoudiens l’ont informé des paramètres du plan de paix de Trump, qui étaient massivement favorables à l’Etat juif.

Un proche du président de l’AP a été convoqué à Riyad pour une réunion d’urgence au début du mois. Sur place, les détails du plan de paix de Trump, qui prévoit un « mini Etat », ont été présentés aux Palestiniens pour la première fois, selon le rapport de Hadashot.

Les principales clauses du plan étaient les suivantes : un mini Etat pour les Palestiniens, un contrôle israélien continu sur les questions de sécurité, une présence permanente de l’armée israélienne dans la vallée du Jourdain, des échanges de terres non basés sur les lignes d’avant 1967, pas d’évacuations d’implantations, et un veto israélien concernant le statut final de Jérusalem, qui serait négocié par la suite par les parties, a indiqué le rapport.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas rencontre le roi saoudien Salmane à Ryad, le 7 novembre 2017. (Crédit : Thaer Ghanaim / Wafa)

« Nous avons dit à Trump que nous n’accepterions pas son projet, « l’affaire du siècle », qui est devenue la ‘gifle du siècle' », avait déclaré Abbas dimanche. « Mais nous allons revenir en arrière. »

Dans une déclaration en réponse au reportage de mardi, la Maison Blanche a déclaré qu’il était « regrettable que les dirigeants palestiniens cherchent à créer une fausse impression contre un plan inachevé qu’ils n’ont même pas vu », selon une traduction en hébreu par Hadashot

« Nous présenterons nos propositions directement aux Israéliens et aux Palestiniens au bon moment et dans les bonnes conditions », concluait la déclaration de la Maison Blanche.

Dans le but de désamorcer les tensions, le représentant spécial pour les négociations internationales de Trump au processus de paix israélo-palestinien, Jason Greenblatt, devait arriver mercredi en Israël.

Greenblatt doit participer à des réunions avec des membres du Quartet pour le Moyen Orient – les Etats-Unis, la Russie, l’Union européenne et les Nations Unies -, a rapporté mardi la Dixième chaîne de télévision israélienne.

Le Times of Israel a contribué à cet article.

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