Abbas traite l’ambassadeur américain en Israël de « fils de chien »
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Abbas traite l’ambassadeur américain en Israël de « fils de chien »

David Friedman, juif observant, a suggéré que les propos du président de l'Autorité palestinienne étaient suspects d'antisémitisme

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, s'adresse au Comité central de l'OLP à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018 (Flash90)
Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, s'adresse au Comité central de l'OLP à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018 (Flash90)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a qualifié lundi de « fils de chien » l’ambassadeur américain en Israël David Friedman, dans un contexte de vives tensions entre la direction palestinienne et l’administration Trump.

M. Abbas a porté cette violente charge contre M. Friedman alors que l’administration Trump est supposée présenter prochainement son plan de paix pour les Palestiniens.

Après plusieurs décisions montrant selon eux le parti pris ouvertement pro-israélien de l’administration Trump, les Palestiniens ont fait savoir que les Etats-Unis étaient disqualifiés dans le rôle de médiateurs. L’état des relations entre Américains et Palestiniens suscitent des interrogations sur la possibilité que le plan soit mort-né.

Faisant mention de la reconnaissance du président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël et de son projet visant à y déplacer l’ambassade américaine, Abbas a expliqué que Friedman « considèrait aussi les colonies [implantations] comme légitimes ».

« Plus d’un fonctionnaire a dit cela », a-t-il ajouté.

« L’ambassadeur, David Friedman, a déclaré qu’ils construisaient sur leur propre terre. Espèce de fils de chien, vous construisez sur votre propre terre ?! », a fulminé Abbas.

« L’ambassadeur américain à Tel Aviv est un colon [résident des implantations] et un fils de chien », a dit M. Abbas dans un discours à Ramallah dénonçant la politique américaine face au conflit israélo-palestinien.

David Friedman est au sein de l’administration Trump une figure honnie par la direction palestinienne.

Autrefois avocat de Donald Trump, M. Friedman a pris ses fonctions en mai 2017 précédé par ses positions controversées en faveur de la colonisation.

Il est aussi un ardent défenseur de la reconnaissance de Jérusalem comme la capitale d’Israël et du transfert, à ce titre, de l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le président Trump a ulcéré les Palestiniens le 6 décembre en annonçant la reconnaissance et le transfert, rompant avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international. Les Palestiniens, qui revendiquent Jérusalem-Est pour capitale de l’Etat auquel ils aspirent, ont depuis gelé les contacts avec les officiels américains.

M. Friedman devrait devenir en mai le premier ambassadeur américain à siéger à Jérusalem quand les Etats-Unis y inaugureront leur ambassade.

M. Friedman, juif observant, a suggéré que les propos de M. Abbas étaient suspects d’antisémitisme.

Lors d’une conférence sur l’antisémitisme à Jérusalem, M. Friedman a indiqué avoir pointé du doigt ces jours derniers l’absence de condamnation par l’Autorité palestinienne du meurtre de trois Israéliens par des Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

La réponse de M. Abbas « a consisté à me traiter de fils de chien. Est-ce de l’antisémitisme ou du débat politique ? Je vous laisse juges », a dit M. Friedman selon les services de l’ambassade.

L’ambassadeur américain en Israël David Friedman assiste à une réunion du lobby pour les relations israélo-américaines à la Knesset, le 25 juillet 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

Depuis sa prise de fonctions, M. Friedman a ulcéré à plusieurs reprises les Palestiniens, par exemple en parlant de « prétendue occupation » des Territoires ou en déclarant qu’Israël occupait « seulement 2 % de la Cisjordanie ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a commenté l’insulte du président de l’Autorité palestinienne contre l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman.

« L’attaque d’Abu Mazen [Mahmoud Abbas] contre l’ambassadeur des Etats-Unis David Friedman dit tout », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Pour la première fois depuis des décennies, l’administration américaine a cessé de dorloter les dirigeants palestiniens et leur dit stop. Apparemment, le choc de la vérité leur a fait perdre leur sang-froid. »

Au cours du même discours, M. Abbas a accusé le groupe terroriste palestinien du Hamas d’être directement impliqué dans l’attentat à la bombe de la semaine dernière contre le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah, et a annoncé de futures sanctions contre le mouvement islamiste.

Le convoi de Rami Hamdallah avait été la cible d’un attentat à la bombe le 13 mars lors d’une rare visite dans la bande de Gaza, gouvernée par le Hamas. Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne s’en était sorti indemne.

Le Hamas est « derrière l’attentat », a dit M. Abbas. Si l’attentat avait réussi, il aurait « ouvert la voie à une guerre civile sanglante » entre organisations palestiniennes, a-t-il ajouté. L’Autorité qu’il dirige va prendre des « mesures nationales, légales et financières » en réponse, a-t-il affirmé.

L’Autorité, reconnue internationalement et censée préfigurer un Etat palestinien indépendant, a été évincée de force de la bande de Gaza en 2007 par le Hamas, ennemi d’Israël et infréquentable pour une partie de la communauté internationale. Une décennie de querelles désastreuses a ensuite opposé les organisations palestiniennes.

L’Autorité n’exerce plus ses prérogatives limitées que sur des fragments de Cisjordanie. Le Hamas a accepté en octobre de rétrocéder à l’Autorité le pouvoir à Gaza, au moins civil. Mais le processus de réconciliation est à nouveau à l’agonie.

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