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Après des articles du NYT, un groupe veut faire connaître les orthodoxes auprès du public

L’initiative « Know Us » d’Agudath Israel of America entend réagir aux articles sur les écoles juives, par des affiches, un livre blanc et une sensibilisation sur Internet

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Des membres des communautés juives orthodoxes manifestant avant la réunion du Conseil des Régents qui doit statuer sur les nouvelles exigences selon lesquelles les écoles privées doivent enseigner l'anglais, les mathématiques, les sciences et l'histoire aux élèves du secondaire, devant le bâtiment du Département de l'Éducation de l'État de New York, à Albany, New York, le 12 septembre 2022. (Crédit : Will Waldron/The Albany Times Union via AP)
Des membres des communautés juives orthodoxes manifestant avant la réunion du Conseil des Régents qui doit statuer sur les nouvelles exigences selon lesquelles les écoles privées doivent enseigner l'anglais, les mathématiques, les sciences et l'histoire aux élèves du secondaire, devant le bâtiment du Département de l'Éducation de l'État de New York, à Albany, New York, le 12 septembre 2022. (Crédit : Will Waldron/The Albany Times Union via AP)

NEW YORK – Une grande organisation orthodoxe américaine a lancé cette semaine une campagne pour réagir aux articles du New York Times concernant le système scolaire religieux juif à New York.

La campagne d’Agudath Israel of America, organisation de coordination, a pour objectif de donner au grand public une autre vision de la communauté orthodoxe.

Ces derniers mois, le New York Times a publié une série d’articles, très relayés, particulièrement critiques de ces écoles, connues sous le nom de yeshivot. Il a notamment suggéré que les yeshivot privaient les enfants d’une éducation laïque, exploitaient les fonds publics, contribuaient à la pauvreté et maltraitaient les étudiants, entre autres.

L’article le plus récent, publié jeudi, accuse les yeshivot de profiter des largesses d’un programme d’enseignements spécialisés dont ils « siphonneraient » les subventions à d’autres fins.

De nombreux Juifs hassidiques, parmi lesquels des dirigeants communautaires, ont pris ombrage de ces reportages du Times qu’ils jugent diffamatoires et ont accusé le journal d’examiner de manière injustifiée la communauté hassidique, pour des motifs sectaires ou politiques. Ils soutiennent également que l’ingérence du gouvernement porte atteinte à leurs droits religieux, normalement protégés.

La campagne menée par Agudath, appelée Know Us [NDLT : Apprenez à nous connaître], qualifie ces articles de « campagne de diffamation » et affirme que les articles « présentent une image grossièrement déformée des yeshivot et de notre mode de vie ».

« Ils dénigrent notre mode de vie dans son ensemble, de la façon dont nous éduquons nos enfants à celle dont nous gérons les mariages et divorces en passant par celle dont nous assumons financièrement nos familles tout en étant fidèles à notre foi et à nos traditions », a déclaré Agudath.

Cette photo du 10 octobre 2012 montre le bâtiment du New York Times à New York. (AP Photo/Richard Drew, File)

Cette campagne prend la forme d’un site Internet, de publications sur les réseaux sociaux, de panneaux d’affichage, de la publication d’un livre blanc et d’une vidéo d’information.

Le premier panneau d’affichage a été installé à côté du Lincoln Tunnel, à Manhattan, et d’autres seront bientôt déployés à Times Square et près du siège du New York Times.

Le rabbin Shlomo Soroka, directeur des affaires gouvernementales d’Agudath dans l’Illinois, a déclaré que ces articles avaient affecté les communautés juives de tous les États-Unis.

« Le New York Times n’est pas seulement lu par les gens de New York, il est lu par tout le pays et il a un impact sur les orthodoxes », a-t-il déclaré.

« Nous voulons que la société dans son ensemble apprenne à nous connaître. La plupart des sectarismes, de la haine ou des préjugés, naissent de l’ignorance. »

« La plupart des gens n’ont pas de relations avec les Juifs orthodoxes, et en fait, beaucoup n’ont jamais rencontré de Juifs orthodoxes. Dans ce cas, ce qu’ils croient connaître de notre communauté leur vient de ce qu’ils lisent dans la presse ou voient à la télévision ou dans les films », a-t-il ajouté.

« C’est très loin d’être une image exacte et cela crée des idées fausses, qui nourrissent les mensonges de tous ordres. »

Agudath soutient que le système de yeshiva est le fondement de communautés prospères, permet d’économiser des fonds publics dans l’ensemble parce que les parents paient les frais de scolarité tout en payant des impôts et a des taux d’abus inférieurs à ceux des écoles publiques.

Photo d’illustration : Un homme marche devant un arrêt de bus avec une signalisation en yiddish à Borough Park, à Brooklyn, à New York City, le 1er janvier 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Agudath estime que ces reportages pointent injustement du doigt le système des yeshivot, sans droit de réponse pour ses défenseurs, et s’appuient sur des sources peu fiables, que n’épargnent pas les inexactitudes.

Le Times a déclaré avoir interrogé des centaines de personnes pour ses articles, dont 175 élèves ou employés – actuels ou anciens – de yeshivot, et avoir adossé ses chiffres à des données publiques.

Un membre au moins de la direction d’Agudath s’est entretenu avec les journalistes du New York Times pour évoquer la question.

La campagne d’Agudath est également dirigée contre Yaffed, organisation new-yorkaise à but non lucratif favorable à la réforme des yeshivot, qui a contribué aux reportages du New York Times.

Les voix les plus critiques dénoncent des articles partisans, centrés sur le point de vue de personnes qui ont quitté la communauté, alors que l’écrasante majorité de ses membres soutient le système de yeshiva.

La campagne d’Agudath fait un parallèle entre ces articles critiques et l’antisémitisme rampant, aux États-Unis. Elle dénonce la manière dont sont – ou ont été – évoqués dans la presse les camps d’été juifs, la course au poste de gouverneur de 2022, la polio ou même la diversité religieuse à New York, oublieuse des Juifs orthodoxes.

Le tout premier article de cette série du New York Times a fait la première page du journal et a également été publié en yiddish. Le comité de rédaction du journal a par ailleurs publié un article favorable à la réforme des yeshivot.

Soroka explique avoir décidé de lancer la campagne d’Agudath au moment où les articles défavorables aux yeshivot et à la communauté se sont « systématisés ».

Les articles du New York Times ont réjoui les opposants aux yeshivot, qui considèrent la reforme nécessaire – et ce, depuis longtemps -, mais entravée par des considérations politiques.

Ces récents articles et les mesures prises par l’État de New York pour réglementer les yeshivot ont suscité de vives réactions au sein des communautés orthodoxes.

Le sujet des yeshivot a été déterminant, avec la criminalité, dans le soutien que de nombreux électeurs orthodoxes ont apporté à Lee Zeldin, candidat Républicain au poste de gouverneur de New York. Zeldin avait mis en avant ses origines juives et son soutien aux yeshivot, tout au long de la campagne, pour s’assurer un important soutien de la part des communautés hassidiques, ce qui ne l’a toutefois pas empêché de perdre les élections face à la Démocrate sortante, Kathy Hochul.

Illustration : Des enfants et des adultes traversant la rue devant un bus scolaire à Borough Park, dans le quartier de Brooklyn qui abrite de nombreuses familles juives ultra-orthodoxes, à New York, le 20 septembre 2013. (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)

Le débat s’est principalement concentré sur les yeshivot ultra-orthodoxes, et non sur les écoles orthodoxes modernes, qui dispensent une éducation plus laïque.

D’autres événements récents, relayés par la presse, ont également ébranlé le système des yeshivot.

En octobre, une importante yeshiva a admis devant un tribunal fédéral américain avoir escroqué le gouvernement de millions de dollars, en détournant des fonds destinés à nourrir des enfants dans le besoin.

En octobre toujours, les autorités de l’État de New York ont pour la première fois jugé qu’une yeshiva enfreignait la loi en ne donnant pas assez de cours laïcs.

En septembre, l’État a finalisé un corpus de règles destinées à renforcer la surveillance des yeshivot et autres écoles non publiques, les obligeant à fournir un niveau minimum d’éducation laïque dans quatre matières fondamentales de base.

Cette décision, prise à l’issue d’un long processus et de plusieurs années, a précédé de peu la publication des articles du New York Times.

Des yeshivot et organisations de soutien ont intenté une action en justice contre l’État, pour s’opposer à l’entrée en vigueur de ces nouvelles règles.

Les autorités de l’État de New York sont, dans l’ensemble, restées muettes sur la question.

En 2020, on estime que quelque 160 000 élèves étaient scolarisés dans près de 450 yeshivot dans tout l’État de New York.

Yaffed estime que d’ici 2030, 30 % des écoliers de Brooklyn seront ultra-orthodoxes et seront scolarisés dans des yeshivot ou des écoles religieuses similaires.

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