Après les saluts nazis, le camp Trump dénonce le racisme mais pas la droite alternative
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Après les saluts nazis, le camp Trump dénonce le racisme mais pas la droite alternative

Lapid met en garde contre notre échec à ne pas reconnaître le fléau assez tôt ; le musée de l’Holocauste met en garde contre des similarités avec Hitler

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Manifestants pro- et anti-Trump devant la Trump Tower, à New York, le 20 novembre 2016. (Crédit : AFP/Kena Betancur)
Manifestants pro- et anti-Trump devant la Trump Tower, à New York, le 20 novembre 2016. (Crédit : AFP/Kena Betancur)

Un porte-parole de l’équipe de transition du président américain élu Donald Trump a dénoncé lundi soir le racisme en réponse à une conférence de la droite alternative pendant laquelle des saluts nazis ont été réalisés pour célébrer la victoire du candidat républicain.

Un des orateurs les plus importants de la conférence a prononcé un discours d’idéologie suprématiste blanche.

Le musée américain de l’Holocauste a publié une mise en garde glaçante, déclarant que ce discours reflétait étroitement les opinions du dirigeant nazi Adolf Hitler.

Ces déclarations ont eu lieu après la publication d’une vidéo lundi soir par The Atlantic, qui montre Richard Spencer, le dirigeant du think-tank nationaliste blanc National Policy Institute, qui évoque l’imagerie et les termes nazis, parler avec passion de suprématie blanche, et faire allusion au contrôle juif des médias pendant la conférence organisée par son think-tank à Washington.

« Hail Trump ! Hail à notre peuple ! Hail à notre victoire ! », a crié Spencer, souvent décrit comme le meneur de la droite alternative américaine. Le public enthousiaste de l’évènement de samedi a répondu avec des applaudissements et plusieurs saluts nazis.

En réponse, Bryan Lanza, porte-parole de l’équipe de transition Trump – Pence, a souligné dans un communiqué que Trump avait fréquemment condamné le racisme, a annoncé CNN. Il n’a pas commenté spécifiquement l’évènement du National Policy Institute.

« Le président élu Trump a continué à dénoncer le racisme de toute sorte, et il a été élu parce qu’il sera le dirigeant de chaque Américain, a déclaré Lanza. Penser autrement est une représentation totalement fausse du mouvement qui a uni les Américains de toutes origines. »

P.J. Tobia, producteur de « PBS Newshour », a déclaré sur Twitter que Spencer lui avait envoyé un message soulignant que les saluts avaient « clairement été faits dans un esprit d’ironie et d’exubérance. »

Néanmoins, la conférence a soulevé de nouvelles peurs de racisme et d’antisémitisme généralisé suite à la victoire de Trump. Bien que l’équipe de Trump ait cherché à se distancier des éléments racistes parmi ses partisans, la nomination de Stephen Bannon au poste de stratège en chef de la Maison Blanche a hérissé en raison de ses liens avec la droite alternative, qu’il a alimentée quand il dirigeait le site d’informations Breitbart News.

Trump lui-même a été nettement silencieux sur le sujet, et a même à un moment refusé de condamner David Duke, ancien dirigeant du Ku Klux Klan.

Le musée américain de l’Holocauste a publié lundi soir un communiqué déclarant qu’il était « profondément alarmé par le discours haineux » de la conférence du National Policy Institute, et que l’allusion de Spencer au contrôle juif des médias « fait étroitement écho à l’opinion qu’avait Adolf Hitler sur les juifs, et cette histoire est un combat racial pour la survie. »

« L’Holocauste n’a pas commencé en tuant, il a commencé par des mots, a ajouté le musée. Le musée appelle tous les citoyens américains, nos dirigeants civiques et religieux, et la direction de toutes les branches du gouvernement à confronter la pensée raciste et les discours haineux clivants. »

Pendant la conférence de samedi, organisée au Ronald Reagan Building de Washington, D.C., Spencer a également utilisé des termes militaires, exprimant le besoin du mouvement de « conquérir ou mourir », et a raillé les grands médias qu’il a appelé en souriant « Lügenpresse », un terme utilisé par les nazis qui se traduit par « presse menteuse ».

Il a ensuite sous-entendu que les médias étaient contrôlés par les juifs, en citant la légende juive du Golem de Prague. « On se demande si ces personnes sont vraiment des personnes, a-t-il déclaré en parlant des journalistes, ou plutôt des golems sans âme animés par une sombre puissance pour répéter » les arguments de la gauche.

Richard Spencer, suprématiste blanc qui dirige un think-tank à Washington, le National Policy Institute. (Crédit : capture d'écran YouTube via JTA)
Richard Spencer, suprématiste blanc qui dirige un think-tank à Washington, le National Policy Institute. (Crédit : capture d’écran YouTube via JTA)

Spencer a déclaré que l’identité blanche était la force motrice du mouvement, et que depuis l’ascension fulgurante de Trump, les blancs avaient été « éveillés à leur propre identité ».

« Etre blanc, c’est être un lutteur, un croisé, un explorateur et un conquérant. Nous construisons. Nous produisons. Nous allons vers le haut, a-t-il affirmé. Dans le sang même de nos veines, en tant qu’enfant du soleil, réside le potentiel de la grandeur. »

Il a ajouté que « nous ne sommes pas faits pour vivre dans la honte, la faiblesse et la disgrâce. Nous ne sommes pas faits pour implorer une validation morale de la plupart des créatures méprisables qui ont jamais peuplé la planète. »

« Nous avons été conçus pour vaincre, vaincre tout cela, parce que c’est naturel et normal pour nous. »

« Nous n’exploitons pas d’autres groupes », a-t-il déclaré, en référence aux autres groupes ethniques. « Nous ne gagnons rien de leur présence. Ils ont besoin de nous, pas le contraire. »

Spencer a déclaré que « l’Amérique était, jusqu’à la dernière génération, un pays blanc conçu pour nous et notre postérité ». Il a ajouté que « c’est notre création, c’est notre héritage, et elle nous appartient. »

Yair Lapid, président de Yesh Atid ,le 11 février 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Yair Lapid, président de Yesh Atid ,le 11 février 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Yair Lapid, le président du parti Yesh Atid, a réagi mardi à ce discours. Il a déclaré que « voir une vidéo de saluts nazis au cœur de Washington, D.C., est écœurant et intolérable. »

« Les Etats-Unis sont le plus proche allié d’Israël, et notre relation est construite non seulement sur des intérêts communes, mais repose aussi profondément sur le partage des valeurs de liberté, de tolérance et de démocratie. Dans l’esprit de ceux qui ont partagé ces valeurs, j’appelle les dirigeants des Etats-Unis à condamner publiquement les expressions de sympathie nazie et de fascisme, ainsi que l’antisémitisme en hausse », a poursuivi Lapid.

« Mon père a survécu à l’Holocauste, mais pas la plupart de ma famille. L’une des plus grandes erreurs que l’humanité a jamais faite a été de ne pas reconnaitre le danger du fascisme assez tôt pour pouvoir l’attaquer de front. Le peuple juif a payé le prix de cela avec le meurtre de six millions des nôtres. Nous ne pouvons pas laisser l’histoire se répéter. Je fais absolument confiance au président [Barack] Obama et au président-élu Trump pour s’opposer à ce phénomène odieux. Il est à présent temps de traduire cette opposition en condamnation sans équivoque et en action rapide », a conclu le président de Yesh Atid.

Depuis l’élection de Trump, beaucoup d’articles ont été écrits sur le rôle de sa campagne dans la montée de la droite alternative, un regroupement flou de nationalistes d’extrême-droite qui adoptent une position très dure sur l’immigration et ce qu’ils perçoivent comme la dégradation culturelle des Etats-Unis.

Spencer, qui aurait inventé le terme de droite alternative, a précisé qu’à ses yeux, ce mouvement n’était en aucun cas un simple mouvement nationaliste, mais un mouvement basé sur une doctrine de suprématie blanche et de haine envers les juifs et les individus qui ne sont pas blancs.

La semaine dernière, le compte Twitter de Spencer avait été suspendu pour avoir violé les interdictions de « menaces violentes, harcèlement, et comportement haineux », ce qui l’a entraîné à attaquer violemment ce qu’il a appelé le « stalinisme d’entreprise » et à déclarer qu’une « grande purge était en cours », selon l’AFP.

Alexander Fulbright a contribué à cet article.

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