Ayelet Shaked : les femmes peuvent tout faire, y compris diriger un parti
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Ayelet Shaked : les femmes peuvent tout faire, y compris diriger un parti

L'ancienne ministre de la Justice réagit aux propos du célèbre rabbin, Shlomo Aviner, qui avait dit que les femmes "n'ont pas leur place" en politique

Ayelet Shaked s'exprimant lors de sa cérémonie d'adieu, dans les locaux du ministère de la Justice à Jérusalem, le 4 juin 2019. (Hadas Parush / Flash90)
Ayelet Shaked s'exprimant lors de sa cérémonie d'adieu, dans les locaux du ministère de la Justice à Jérusalem, le 4 juin 2019. (Hadas Parush / Flash90)

L’ancienne ministre de la Justice, Ayelet Shaked, a rejeté vendredi les propos d’un éminent rabbin sioniste religieux selon lesquels la politique n’est « pas un endroit pour les femmes ».

« Je rappelle juste qu’une femme peut tout faire — voyager, être mère, diriger un parti, et même officier comme maire, chef d’entreprise ou chef de l’État », a-t-elle tweeté, y ajoutant une photo d’elle au Canada où elle passes ses vacances.

Le rabbin Shlomo Aviner, ancien grand-rabbin de l’implantation de Beit El et directeur de la yeshiva Ateret Yerushalayim, fait partie de la dizaine de rabbins qui se sont élevés contre la possibilité qu’Ayelet Shaked, qui est laïque, dirige la formation religieuse de droite après les élections de septembre.

Le site Walla a publié mercredi un communiqué signé par des rabbins, dans lequel ils exprimaient leur soutien à l’actuel chef du parti Rafi Peretz et déclaraient que les rênes du parti ne devaient jamais être confiées à un candidat non-religieux.

Le rabbin Shlomo Aviner, un des auteurs de la lettre condamnant l’homosexualité et la Gay Pride, pendant l’inauguration d’un jardin d’enfants dans l’implantation de Beit El, en Cisjordanie, le 26 mars 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Mais jeudi, le rabbin a déclaré dans un entretien qu’il était contre la nomination de l’ancienne ministre à la tête de la formation en raison de son genre.

Ayeket Shaked est certes « exceptionnelle », a-t-il ainsi assuré à la chaîne publique Kan, « chacun a son rôle. Ce n’est pas bien, le monde complexe de la politique n’est pas un endroit pour le rôle de la femme ».

Sans nommer Shlomo Aviner, le parti HaBayit HaYehudi dirigé par Rafi Peretz, a publié un communiqué jeudi après-midi, prenant ses distances avec ses déclarations.

« HaBayit HaYehudi a été le premier parti politique à établir une tribune de femmes influentes pour défendre et promouvoir les femmes dirigeantes, et 45 % environ des membres du parti sont des femmes », pouvait-on lire dans le communiqué.

« Le parti a également réservé des places aux femmes [sur sa liste parlementaire] afin de veiller à leur juste représentation à la Knesset ».

Rafi Peretz (à droite), président de l’Union des partis de droite, et Bezalel Smotrich, président de la faction Union Nationale, lors du lancement de la campagne électorale du parti en 2019, le 11 mars 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Le sionisme religieux est composé de plusieurs tendances et visions du monde, mais nous savons comment ne former qu’un parti quand il le faut. Nous pensons que les femmes ont une place important dans la vie publique israélienne », concluait le communiqué.

La fondatrice du caucus de femmes de HaBayit HaYehudi, Sagit Peretz Deri, a rejoint cette semaine la nouvelle formation politique d’Ehud Barak.

Les commentaires du rabbin ont été vivement critiquée par tout le spectre politique israélien.

Shuli Moalem-Refael, députée de HaBayit HaYehudi, l’une des factions qui composent l’Union des partis de droite, s’est dite « sidérée ».

« La présence des femmes, y compris des femmes religieuses, dans la sphère publique, va sans dire », a-t-elle été citée par le site web national religieux, Srugim.

Shuli Moalem-Refaeli, députée du parti nationaliste orthodoxe HaBayit HaYehudi, devant la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)

La députée Orna Barbivai de Kakhol lavan, qui a été la première femme élue à atteindre le grade de major-général dans l’armée israélienne, a déclaré que les propos d’Aviner « donneront l’impulsion aux femmes sur leur place en politique ».

« Je remercie le rabbin Aviner de m’avoir rappelée pourquoi je suis entrée en politique », a déclaré la député Miki Haimovich (Kakhol lavan) à la chaine Kan.

Ayelet Shaked a fait part de son intention de se présenter aux élections de septembre, mais n’a pas annoncé sous quelle étiquette elle se présentait. Les sondages indiquent que si l’ancienne ministre de la Justice – qui a quitté HaBayit HaYehudi en décembre dernier pour former HaYamin HaHadash avec Naftali Bennett – est l’une des personnalités politiques les plus populaires dans son camp. Plusieurs personnalités majeures du Likud, dont le ministre Haim Katz, avait tenté de lui faire rejoindre les rangs de son parti, mais d’autres ministres et cadres du parti s’y sont opposés.

Shlomo Aviner, auteur prolifique et analyste de l’actualité, a déjà suscité les critiques pour ses vues radicales, qu’il estime ancrées dans la loi juive. Celui qui avait quitté la France pour Israël dans les années 60 a notamment affirmé que la loi juive interdit aux Juifs de louer des appartements en Israël à des Arabes – une affirmation dénoncée par de nombreux autres rabbins – et défend la « thérapie de conversion » pour les personnes homosexuelles.

En avril, il avait suggéré que l’incendie ayant ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris était le châtiment divin venu punir l’autodafé du Talmud à ce même endroit, au cours duquel des charrettes entières de textes juifs avaient été brûlés par les prêtres catholiques français, il y a huit siècles.

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