Bennett va « tout faire pour former un gouvernement d’union »; Colère de Netanyahu
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Bennett va « tout faire pour former un gouvernement d’union »; Colère de Netanyahu

Smotrich a fustigé "la plus grande arnaque de l'histoire de la politique israélienne"; Saar, toujours pas intéressé par une triple rotation

Le président de Yamina, Naftali Bennett, dirige une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le président de Yamina, Naftali Bennett, dirige une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de Yamina, Naftali Bennett, a prononcé dimanche soir son discours très attendu aux heures de grande écoute. Il a affirmé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’avait pas la possibilité de former un gouvernement de droite.

« C’est un mensonge complet », a-t-il dit.

Selon Bennett, les options sont soit un cinquième scrutin, soit un gouvernement avec le « bloc du changement » composé des partis anti-Netanyahu.

Le chef de la formation de droite radicale israélienne a donc annoncé ce dimanche son intention de joindre le camp de l’opposant Yaïr Lapid.

« J’annonce que je vais tout faire pour former un gouvernement d’union avec mon ami Yaïr Lapid », a déclaré Bennett qui cultivait depuis plusieurs semaines le mystère sur son intention de joindre ou non le chef de l’opposition qui tente de former un « gouvernement d’union nationale ».

« Dans ces instants de vérité, il faut savoir prendre ses responsabilités », a-t-il ajouté dans un discours télévisé. « Yaïr et moi avons nos différences mais nous partageons l’amour de ce pays. »

Bennett avait promis à maintes reprises qu’il ne servirait jamais dans un gouvernement Lapid.

Naftali Bennett montre une promesse signée de ne jamais servir dans un gouvernement dirigé par Yair Lapid, le 21 mars 2021. (Crédit : capture d’écran/Vingtième chaîne)

Le projet d’un gouvernement d’union sous la direction du chef de l’opposition Yaïr Lapid serait un « danger pour la sécurité d’Israël », a averti dimanche Netanyahu, qui s’exprimait après Bennett en direct à la télévision.

« Ce gouvernement sera un danger pour la sécurité de l’Etat d’Israël. Il s’agit de l’arnaque du siècle », a-t-il déclaré

S’exprimant après Bennett en direct à la télévision, Netanyahu l’a accusé d’avoir induit en erreur le public israélien, après avoir déclaré que le Premier ministre n’avait aucune option pour former une coalition.

Pour Netanyahu, Bennett est l’instigateur de l’arnaque du siècle qui ne pense qu’à être Premier ministre.

Netanyahu a de nouveau proposé l’idée d’un gouvernement dans lequel le chef de Tikva Hadasha, Gideon Saar, occuperait d’abord le poste de Premier ministre, suivi de lui-même et ensuite de Bennett. Saar avait rejeté l’idée d’un tel gouvernement plus tôt dans la journée.

Netanyahu a également affirmé que les députés lui ont dit qu’ils rompraient avec leurs partis pour se joindre à son bloc religieux de droite une fois que Lapid aura formé un gouvernement.

Après le discours de Bennett, les membres du bloc religieux de droite de Netanyahu s’en sont aussi pris au chef de Yamina. « Nous avons dit à l’époque et cela a été prouvé aujourd’hui : vous votez pour Bennett, vous obtenez Lapid. La population n’oubliera pas », a écrit sur Twitter le député Miki Zohar, membre du Likud de Netanyahu.

Le chef du parti Sionisme religieux d’extrême droite, Bezalel Smotrich, a tweeté : « La capacité de Bennett à mentir devant les caméras sans cligner des yeux est tout simplement incroyable… Tout a été coordonné et planifié à l’avance… la plus grande arnaque de l’histoire de la politique
israélienne. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une déclaration à la presse à Lod, le 14 mai 2021. (Capture d’écran/Prime Minister’s Office)

Le Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, avait publié plus tôt dimanche une nouvelle déclaration dans laquelle il fustigeait Bennett, après que ce dernier avait déclaré aux législateurs de son parti, son intention de former un gouvernement avec Lapid.

Le Likud accuse Bennett d’utiliser son engagement déclaré à éviter un cinquième scrutin comme une « excuse » pour rassembler une coalition avec le « bloc du changement » des partis anti-Netanyahu.

« Bennett sait bien qu’à chaque fois qu’il rejoint la droite, un gouvernement de droite sera formé », accuse le Likud.

« La seule chose cohérente chez Bennett, c’est tromper ses électeurs et le reste des électeurs de droite, et jeter à la poubelle les ‘principes’ dont il a parlé, tout cela pour être à tout prix Premier ministre. »

Le président de Tikva Hadasha Gideon Saar dirige une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une vidéo postée plus tôt dans la journée sur Twitter, il avait appelé M. Bennett et Gideon Saar, chef d’un petit parti de droite, à « venir, maintenant, tout de suite », entamer des discussions en vue d’une coalition gouvernementale, sur le principe d’une rotation à sa tête, à commencer par M. Saar, puis MM. Netanyahu et Bennett.

« Nous sommes à un moment crucial pour la sécurité et l’avenir de l’Etat d’Israël », avait-il plaidé.

Ancien du Likud, Gideon Saar avait indiqué sur Twitter ne pas être intéressé et rester fidèle à son projet : « remplacer le régime de Netanyahu ».

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, durant une conférence de presse à Tel Aviv, le 6 mai 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/FLASH90)

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid a relancé ces derniers jours les négociations avec les principaux partis élus au Parlement le 23 mars, pour former un gouvernement sur un programme anti-Benjamin Netanyahu, Premier ministre le plus pérenne de l’histoire du pays.

Il y a 25 ans presque jour pour jour (29 mai 1996), il avait vaincu le travailliste Shimon Peres et avait occupé le poste de Premier ministre durant trois ans. Il était revenu au pouvoir en 2009 et ne l’a plus quitté depuis.

Jugé pour « corruption » dans trois affaires, il est le premier chef du gouvernement à faire face à des poursuites criminelles en cours de mandat.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Le mandat reçu par M. Lapid début mai du président Reuven Rivlin, après l’échec de M. Netanyahu à former une coalition, court jusqu’à mercredi, 23H59.

Après des semaines marquées par la guerre de 11 jours entre le groupe terroriste du Hamas palestinien au pouvoir de facto dans la bande de Gaza et l’Etat hébreu, des tensions à Jérusalem-Est et des heurts dans des villes judéo-arabes en Israël, Lapid avait relancé vendredi son offre pour un « gouvernement d’union nationale ».

Il avait écrit sur Facebook vouloir une coalition qui dise « nous sommes ici ensemble, notre lutte est commune, ce pays est notre responsabilité à tous ».

Pour y parvenir, M. Lapid, à la tête du parti Yesh Atid, compte sur l’appui de la gauche, du centre et de deux formations de droite, totalisant 51 députés.

Mais dans ce sprint final, il devait encore convaincre la formation de droite radicale Yamina de Naftali Bennett (7 sièges) et les députés arabes de le rejoindre pour obtenir une majorité de 61 sièges à la Knesset.

« Les dés sont-ils jetés ? Jusqu’au dernier moment, un nuage de doutes planera sur tout signe de révolution », notait dimanche le Yediot Aharonot, titre le plus vendu de la presse israélienne.

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, prend la parole lors d’une conférence de presse à Nazareth, le 1er avril 2021.(Crédit : David Cohen / Flash90)

Israel Hayom, quotidien gratuit marqué à droite et surnommé le « bibiton » [un jeu de mots entre le surnom de Netanyahu et le mot « iton », « journal » en hébreu], dénonce de son côté une tentative de « putsch » afin de mettre fin à l’ère Netanyahu, soutenue par des « représentants du Hamas », une attaque indirecte contre la formation arabe israélienne Raam (islamiste) de Mansour Abbas (4 députés) qui pourrait soutenir la coalition Lapid.

Après quatre élections en moins de deux ans, l’opposition est « plus près que jamais » de chasser M. Netanyahu du pouvoir, a estimé Gayil Talshir, professeure de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Si le camp anti-Netanyahu ne parvient pas à former un gouvernement, 61 députés pourront demander au président de désigner comme Premier ministre un parlementaire.

Autre scénario, le plus redouté par les électeurs déjà appelés à voter quatre fois en un peu plus de deux ans : un retour aux urnes.

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