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Bruxelles: les députés belges rejettent l’interdiction de l’abattage casher et halal

Un projet d'ordonnance visant à interdire l'abattage a été rejeté vendredi au Parlement régional ; la capitale est la seule région où l'abattage rituel reste autorisé

Photo d'illustration : Un rabbin orthodoxe contrôle la qualité de la viande de volailles dans un abattoir casher de Csengele, en Hongrie, le 15 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Laszlo Balogh)
Photo d'illustration : Un rabbin orthodoxe contrôle la qualité de la viande de volailles dans un abattoir casher de Csengele, en Hongrie, le 15 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Laszlo Balogh)

JTA — Le projet de loi soumis par les défenseurs belges de l’interdiction de l’abattage casher et halal des animaux a été rejeté à Bruxelles, siège de l’Union européenne et seule région de Belgique où la pratique est encore légale.

Le vote qui a eu lieu vendredi dans la région de Bruxelles-capitale – l’une des trois régions qui forment le royaume fédéral de Belgique – portait sur l’approbation ou sur le rejet d’un texte proposant l’interdiction. Soumise par des partis libéraux – le PS en particulier – et écologistes, la législation avait été rejetée devant une Commission qui l’avait renvoyée devant le Parlement.

Sur les 89 députés présents au Parlement régional, à l’issue de plusieurs semaines de débats houleux, 42 législateurs ont voté son rejet, 38 ont voté contre son abandon, huit se sont abstenus et une personne était absente – ce qui permet de maintenir pour le moment la légalité de l’abattage casher et halal à Bruxelles, a fait savoir le site d’information 7sur7.

« Je suis évidemment déçu du résultat, c’est un échec pour le bien-être animal », a réagi auprès de l’AFP Jonathan de Patoul, élu du parti centriste Défi qui portait le projet d’ordonnance avec les formations néerlandophones Open-VLD (libéraux) et Groen (écologiste).

L’association de défense des animaux Gaia a jugé de son côté « hallucinant » que les députés bruxellois ignorent le consensus scientifique ayant établi que les animaux d’élevage souffrent bien davantage lors de l’abattage s’ils n’ont pas été étourdis au préalable.

« Les hommes et les femmes politiques devraient se fonder sur la science. Or, ce n’est clairement pas le cas. À cause d’eux, des centaines de milliers d’animaux vont encore être abattus dans la pire douleur », a dénoncé Ann De Greef, une des responsables de Gaia, citée par l’agence de presse Belga.

Abattage rituel à l’abattoir de Zaklady Miesne Mokobody près de Varsovie, en 2011. Illustration. (Crédit : Autorisation de Zaklady Miesne Mokobody via JTA)

Le débat a été vif au sein même des familles politiques. Ainsi l’interdiction était combattue par la gauche francophone mais soutenue par les pendants flamands du PS et d’Ecolo, les partis Vooruit et Groen.

Un député bruxellois de Vooruit, Fouad Ahidar, a été sanctionné pour s’être opposé à l’interdiction, ignorant la consigne de vote de son parti. Il a été écarté vendredi du bureau politique.

Il y a dix jours, aucune majorité ne s’était dégagée en commission au Parlement bruxellois pour valider le projet d’ordonnance Défi-Groen-Open VLD.

Si une majorité de législateurs avaient voté « contre » l’abandon du projet de loi, ce dernier aurait été présenté au vote devant le parlement – où des députés issus de différents horizons idéologiques conviennent que l’abattage sans étourdissement préalable d’un animal doit être mis hors-la-loi.

Une majorité de parlementaires des autres états qui forment la Belgique – la région francophone wallonne et la région néerlandophone flamande – ont voté, pour leur part, l’interdiction de la pratique en 2017 et en 2019 respectivement. La justice de l’UE avait estimé, en 2020, qu’une telle interdiction n’était pas contraire au droit européen, ce qu’avaient déploré des organisations juives et musulmanes.

L’interdiction de l’abattage rituel à Bruxelles aurait fait entrer la Belgique dans le club des quelques pays européens où la pratique est totalement illégale.

Bruxelles, une ville binationale qui accueille de multiples sièges des institutions de l’Union européenne, est considérée souvent comme un symbole du bloc. A travers toute l’Europe occidentale, les nationalistes et les progressistes se sont unis autour du désir de faire interdire l’abattage casher et halal.

De multiples parties nourrissant de forts préjugés à l’encontre de l’islam – et parfois aussi à l’encontre du judaïsme – interdisent l’abattage casher et halal en considérant ces pratiques comme le signal d’une présence étrangère non-désirée sur le continent. Elles ont tendance aussi à soutenir l’interdiction de la circoncision non-médicale des petits garçons, que pratiquent à la fois les musulmans et les Juifs.

Pour leur part, les formations de gauche laïques et humanistes s’opposent également à l’abattage rituel des animaux et à la circoncision, estimant que ces deux pratiques ne sont ni éthiques, ni nécessaires.

Le rabbin Pinchas Goldschmidt, président de la Conférence des rabbins européens, a salué ce vote dans un communiqué.

« Ces interdictions non-sollicitées ont un précédent historique bien sombre et plutôt que d’ouvrir la voie à un avenir où le bien-être animal sera renforcé, ces interdictions législatives alarmantes sont, bien au contraire, un pas en arrière dur et destructeur », a-t-il noté dans ce communiqué.

La région de Bruxelles a rejeté vendredi un texte visant à bannir l’abattage rituel des animaux sans étourdissement préalable, ce qui continue d’isoler la capitale belge sur ce sujet par rapport à la Flandre (nord) et la Wallonie (sud).

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