Ces bloggeuses juives orthodoxes qui se font entendre sans montrer leurs visages
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Ces bloggeuses juives orthodoxes qui se font entendre sans montrer leurs visages

Cinq mères de la région de New York proposent un site lifestyle dédié aux mères juives. Elles ne publient pas de photos d'elles, mais leur succès n'est plus à prouver

De gauche à droite : Leah Schapira, Esti Waldman, Victoria Dwek, Shaindy Menzer, et Renee Muller, les femmes à l'origine du site Between Carpools. (Crédit : ESTIphotography pour Between Carpools)
De gauche à droite : Leah Schapira, Esti Waldman, Victoria Dwek, Shaindy Menzer, et Renee Muller, les femmes à l'origine du site Between Carpools. (Crédit : ESTIphotography pour Between Carpools)

NEW YORK — Peu après sa sortie, le nouveau livre de recettes “Dinner Done: Practical Recipes For Your Busy Day” s’est hissé numéro un sur Amazon et les stocks en Israël ont rapidement été écoulés. Ce livre est la version papier du site Between Carpools, un site collaboratif sur le mode de vie juif orthodoxe. Between Carpools est unique en son genre dans le sens où ses créatrices ont réussi le pari fou de maintenir une forte présence en ligne sur les réseaux sociaux tout en échappant à une exposition jugée par certains impudique.

Les cerveaux de cette opération— Leah Schapira, Victoria Dwek, Renee Muller, Esti Waldman, et Shaindy Menzer — ne se contentent pas d’attribuer la popularité du site et du livre auprès des femmes orthodoxes à des recettes de poulet frit. Ou à des conseils sur la façon de rallonger les robes trop courtes avec des rubans de gros grain aux couleurs vives. Ou encore aux instructions pas à pas sur la façon de démarrer une voiture.

Il parait évident qu’il y avait un créneau à prendre : le site comptabilise plus de 90 000 vues par mois, leur compte Instagram réunit plus de 37 100 abonnées et tout cela, en gardant leurs identités de super-mamans secrètes.

« Il n’est pas question de nous. Il est question de partage. Pour nos lectrices, nous sommes comme la grande sœur à avoir sous la main, à qui demander conseil », a dit Dwek, autrice culinaire et co-autrice de six livres de recettes casher.

La galette de fruits de « Dinner Done », de Leah Schapira, Esti Waldman, Victoria Dwek, Shaindy Menzer et Renee Muller les femmes à l’origine du site Between Carpools. (Crédit : ESTIphotographie pour Between Carpools)

Durant un récent entretien sur Zoom avec le Times of Israël, aux allures de café entre copines, ces femmes ont parlé de la façon dont elles perçoivent leur site et leur livre de recettes comme une ressource pour les femmes orthodoxes.

« C’est un espace sûr et joyeux pour les femmes de nos communautés, que les femmes ont envie de consulter », a expliqué Waldman, qui travaille comme photographe. Elle se spécialise dans la photographie culinaire et les photos d’enfants. « Il n’y a ni ragots ni politique. Rien qui puisse laisser de feeling étrange quand on quitte le site. »

Mais cela ne veut pas dire qu’elles ne prennent pas de risque ou qu’elles n’ont eu aucun retour négatif. Sans surprise, elles ont été critiquées pour un article vantant les avantages d’un accouchement à domicile, comparé à un accouchement à l’hôpital.

Mais c’est leur décision de ne pas publier de photos d’elles qui a perturbé une partie du lectorat.

Les commentaires ont afflué sur le compte Instagram de Between Carpools, affirmant que le groupe ne tolérait pas la publication de visages de femmes. Dans une communauté orthodoxe, où de nombreux médias religieux – et même des publicitaires – refusent de publier des visages de femmes, cette accusation a une résonnance toute particulière.

Réunion de travail de l’équipe de Between Carpools. (Autorisation)

« Nous ne croyons pas en l’effacement des femmes. Il y a des photos de femmes sur tout le site. Mais nous ne voulons pas de photos de nous : nous sommes une seule voix et Between Carpools est une seule photo », a expliqué Schapira.

Muller, qui a construit sa propre carrière derrière l’objectif en tant que styliste et photographe culinaire, a surenchéri : « nous apprécions notre intimité. A titre personnel, je ne suis pas à l’aise devant la caméra », a-t-elle dit.

« Et il faudrait toujours avoir l’air présentable si nous publiions constamment des photos de nous », a déclaré Waldman.

Avec le recul, il semblerait que ce soit la providence divine qui a réuni ces cinq femmes du New Jersey – et leurs compétences.

Waldman a rencontré Schapira pendant une séance photo des enfants de Schapira. Cette dernière, cuisinière autodidacte et fondatrice du site CookKosher.com – une plateforme de partage de recettes – travaillait pour Ami Magazine, une publication destinée au lectorat orthodoxe. Pendant la séance photo, elles ont parlé de photographie culinaire et ont réalisé qu’elles avaient de nombreuses choses en commun.

Quelques années plus tard, Waldman, Muller et Dwek travaillaient ensemble dans la photographie culinaire pour Ami Magazine, Dwek étant alors responsable de la rubrique culinaire du journal. Menzer et Waldman se sont retrouvées collègues dans un magasin de prêt-à-porter pour enfants. Et petit à petit, Schapira les a réunis et le groupe a réalisé qu’elles formaient une équipe qui pourrait répondre à un besoin.

« Nous nous respectons mutuellement et nous nous en remettons à l’expertise de chacune. À nous toutes, nous formons la femme parfaite », a expliqué Muller.

Photos d’Esti Waldman d’un enfant allumant la hanoukkia (Crédit : ESTIphotographie pour Between Carpools)

« De nombreux sites lifestyle ne parlent pas suffisamment de l’aspect juif, ou alors ne parlent justement que de l’aspect juif. Nous réunissons les deux. Nous parlons de lifestyle juif », a résumé Waldman.

Les fêtes confinées

En plus d’un contenu portant sur la mode, la décoration d’intérieur, les recettes et les idées de voyages, les internautes peuvent trouver des articles sur le mariage ou la parentalité à travers le prisme de la religion, comme par exemple sur le mythe des réconciliations sur l’oreiller ou la censure des livres pour adolescents.

Le site propose également un contenu spécialement dédié aux fêtes juives, comme un guide pour les cadeaux de Hanoukka, des idées de décoration de table, ou une méthode infaillible pour prendre de superbes photos avec les bougies.

Les tacos de « Dinner Done », de Leah Schapira, Esti Waldman, Victoria Dwek, Shaindy Menzer et Renee Muller les femmes à l’origine du site Between Carpools. (Crédit : ESTIphotographie pour Between Carpools)

Et quand le confinement battait son plein, en mars et avril, le site est devenu une mine d’or pour les cinq femmes et leur lectorat. Ensemble, les bloggeuses ont proposé de multiples façon d’aider les femmes isolées par la pandémie, avec les enfants déscolarisés et nulle part où aller.

Elles ont proposé des astuces pour l’école à distance, des activités pour tous âges. Et pour Pessah, elles ont fait appel à un chanteur pour enseigner aux enfants les chants de la fête.

Elles ont également réfléchi à la manière de sécuriser les ordinateurs portables et les tablettes pour ceux qui en ont besoin, en s’assurant de les filtrer avec le contrôle parental – un impératif pour la population orthodoxe.

Between Carpools a récemment lancé sa version masculine, « The Mentch« , qui se décrit comme un site lifestyle pour « l’homme juif occupé ». Les hommes peuvent y trouver des informations sur les aliments hypocholestérolémiants, des conseils d’investissement, des conseils technologiques et des conseils conjugaux et parentaux.

« Nous adorons ce que nous faisons, nous comptons les unes sur les autres et nous sommes là pour notre communauté », a conclu Schapira.

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