Des agriculteurs bloquent les routes et s’opposent à la réforme de l’agriculture
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Des agriculteurs bloquent les routes et s’opposent à la réforme de l’agriculture

Les manifestants ont jeté des œufs et des légumes au sol ; les députés de la coalition travailleraient à la modification ou à la suspension du projet de loi

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Des agriculteurs bloquent la jonction Bilu dans le cadre des manifestations organisées dans tout le pays contre le projet des ministères des Finances et de l'Agriculture d'ouvrir le marché des fruits et légumes à l'importation, le 29 juillet 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Des agriculteurs bloquent la jonction Bilu dans le cadre des manifestations organisées dans tout le pays contre le projet des ministères des Finances et de l'Agriculture d'ouvrir le marché des fruits et légumes à l'importation, le 29 juillet 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Des centaines d’agriculteurs ont bloqué des carrefours et des routes à travers le pays jeudi, pour protester contre une réforme de l’agriculture prévue par le gouvernement qui, selon eux, détruira leurs moyens de subsistance.

Lors de certaines manifestations, les manifestants ont jeté des marchandises sur les routes, notamment des centaines d’œufs.

Les agriculteurs bénéficient du soutien de certains membres de la coalition de la Knesset qui s’efforceraient de résoudre les différends relatifs à ce plan, qui vise à faciliter l’importation de produits frais et à annuler les quotas qui faisaient partie du système de régulation du marché local en Israël.

Des manifestations ont eu lieu aux intersections de Goma, Meggido, Kabri, Hefer, Bilu, Gilat, Petza’el, En Yahav et Haroeh.

Toutes les routes ont été ouvertes après environ une heure de manifestations.

La réforme a été annoncée au début du mois par le ministre des Finances Avigdor Liberman et le ministre de l’Agriculture Oded Forer, tous deux issus du parti Yisrael Beytenu, qui ont déclaré que l’intention était de réduire les prix trop élevés pour les consommateurs.

Les agriculteurs ont averti que cela ne réduira pas les coûts pour les consommateurs au final car ce sont les fournisseurs, et non les producteurs, qui gonflent artificiellement les prix.

Ils ont également averti que la réforme risquait de détruire l’industrie agricole israélienne, et donc de rendre Israël vulnérable aux boycotts et autres mesures punitives.

La réforme fait partie de la loi sur les arrangements économiques, qui sera incluse dans le prochain budget 2021-2022.

Les membres de la coalition issus des partis Yesh Atid, Meretz, travailliste et Kakhol lavan s’efforcent tous de résoudre les problèmes, selon le site Globes.

Si le parti Kakhol lavan était disposé à chercher un compromis, le parti travailliste est totalement opposé à l’inclusion du plan dans la loi sur les arrangements, et le député du Meretz Yair Golan a déclaré que si la réforme est maintenue, il votera contre le budget malgré la faible majorité de la coalition, ce qui pourrait condamner le gouvernement.

En réponse aux protestations, Liberman a tweeté jeudi que le déversement de produits sur les routes « ne profitera pas aux consommateurs… et ne fera que leur nuire par d’autres moyens ».

« Pourquoi les fruits sont-ils moins chers en Scandinavie qu’à Haïfa ? » a demandé Liberman. Il a rappelé que le plan de réforme prévoit des millions de shekels de subventions pour les producteurs de denrées alimentaires.

Des agriculteurs bloquent la jonction Bilu dans le cadre des manifestations organisées dans tout le pays contre le projet des ministères des Finances et de l’Agriculture d’ouvrir le marché des fruits et légumes à l’importation, le 29 juillet 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

La députée Kakhol lavan Yael Ron Ben-Moshe, présent à la manifestation à l’intersection Kabri, a averti que « sans agriculture, il n’y a pas de sionisme. Ce n’est pas un cliché, ce sont des faits ».

Elle a appelé à des pourparlers entre le gouvernement et les agriculteurs pour résoudre les problèmes, notant que la formation du plan avait jusqu’à présent été unilatérale.

L’Association des agriculteurs d’Israël a déclaré dans un communiqué qu’elle ne permettrait pas l’adoption de la réforme, prévenant qu’elle conduirait à la « disparition » de l’agriculture en Israël.

« Nous ne coopérerons pas avec une réforme qui portera atteinte au pays, aux citoyens-agriculteurs et à notre sécurité physique et alimentaire à tous », a déclaré l’association dans un communiqué.

Le président du Centre des conseils de district, Shai Hajaj, qui est également chef du conseil régional de Merhavim, a déclaré qu’il pensait que de nombreux députés étaient contre le plan.

« La plupart des membres de la Knesset savent que la réforme est destructrice », a déclaré Hajaj à la Douzième chaîne.

Hajaj a déclaré que le plan serait « un coup fatal pour le secteur agricole » et a mis en garde contre le fait de laisser Israël devenir dépendant des importations étrangères pour son approvisionnement alimentaire.

Dovi Amiti, président de la Fédération des agriculteurs d’Israël, a réitéré les affirmations des agriculteurs selon lesquelles ils ne sont pas responsables des prix élevés, et a promis que les protestations se poursuivraient.

« Nous continuerons à nous battre jusqu’à ce que la réforme soit retirée de la loi sur les arrangements », a-t-il déclaré à la Douzième chaîne.

Le président de la Fédération des agriculteurs d’Israël Dovi Amitai assiste à l’Institut d’Israël à la conférence Eli Horowitz pour l’économie et la société, organisée par l’Institut israélien de la démocratie à Jérusalem le 29 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Avshalom Vilan, secrétaire général de la Fédération des agriculteurs d’Israël, a déclaré que « ceux qui fixent les prix dans les supermarchés ne sont pas les agriculteurs qui ne reçoivent que quelques shekels pour leurs produits, mais les chaînes qui vendent à un prix plusieurs fois supérieur et empochent de milliards de shekels sur le dos des consommateurs et des agriculteurs. »

La réforme prévue réduira progressivement sur cinq ans les droits d’importation sur la plupart des fruits et légumes, et les réduira immédiatement sur les œufs, les avocats, l’ail, les pois, les haricots, les dattes, les ananas et les artichauts, entre autres.

En outre, Israël reconnaîtra les normes européennes pour les fruits et légumes.

Dans un communiqué commun publié la semaine dernière pour dévoiler le plan, les ministères des Finances et de l’Agriculture ont déclaré que la réforme permettrait aux consommateurs israéliens d’économiser 2,7 milliards de shekels par an.

Le ministre des Finances Avigdor Liberman, à droite, et le ministre de l’Agriculture et du Développement rural Oded Forer assistent à une conférence de presse, présentant la nouvelle réforme du secteur agricole, au ministère des Finances à Jérusalem, le 21 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon les ministères, le prix de nombreux produits frais a augmenté de 80 % au cours des dernières années.

La réforme fait partie de la loi sur les arrangements économiques, qui sera incluse dans le prochain budget 2021-2022.

Elle comprend également une enveloppe de plus de 2 milliards de shekels destinée à accroître la productivité de l’industrie agricole locale.

Toutefois, les agriculteurs affirment que l’ouverture du marché aux importations tuera l’industrie locale, qui a longtemps été protégée par des lois et des tarifs protectionnistes.

Liberman envisagerait de prendre d’autres mesures contre les chaînes de supermarchés afin de faire baisser les prix des produits frais pour les consommateurs.

Lors d’une récente réunion ministérielle, Liberman a semblé se ranger à l’avis des agriculteurs selon lequel les supermarchés étaient responsables de la hausse des prix, après s’être vu présenter des chiffres sur les bénéfices réalisés par certaines chaînes au cours de l’année écoulée pendant la pandémie de COVID-19, a rapporté la Douzième chaîne mardi.

Ces chiffres montrent que les bénéfices de certaines grandes chaînes ont augmenté de 50 % ou plus au cours de l’année écoulée. Alors que les confinements et d’autres restrictions telles que l’enseignement à distance pour les écoliers ont contraint de nombreuses personnes à rester chez elles, augmentant ainsi la consommation alimentaire des ménages, Liberman aurait jugé ces chiffres irrecevables.

Diverses propositions ont été évoquées lors de la réunion, notamment le démantèlement de certaines des plus grandes chaînes, selon la Douzième chaîne, bien que la chaîne ait noté que cette idée serait difficile à mettre en pratique.

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