Des sénateurs américains accusent MBS d’avoir « ordonné » le meurtre de Khashoggi
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Des sénateurs américains accusent MBS d’avoir « ordonné » le meurtre de Khashoggi

Bob Corker et Lindsey Graham se disent convaincus par la conclusion de la CIA et refusent de fermer les yeux sur les agissements de l'Arabie saoudite malgré son rôle face à l'Iran

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi au formum économique mondial de Davos, en janvier 2011. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo)
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi au formum économique mondial de Davos, en janvier 2011. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo)

Des sénateurs républicains américains ont affirmé mardi, après avoir été informés à huis clos des conclusions de la CIA, n’avoir « aucun doute » sur le fait que le prince héritier saoudien avait « ordonné » le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Cette position contredit directement le président américain Donald Trump, qui avait déclaré que le service de renseignement n’avait « rien trouvé d’absolument certain ».

« Je n’ai aucun doute sur le fait que le prince héritier » saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, « a ordonné le meurtre et a été maintenu au courant de la situation tout le long », a déclaré à des journalistes Bob Corker en sortant d’une réunion avec Gina Haspel, directrice de la CIA.

Chef de la puissante commission des Affaires étrangères, M. Corker a affirmé n’avoir pas entendu au cours de la réunion, qui a duré environ une heure, l’enregistrement audio de l’assassinat de Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, en octobre.

Le sénateur américain Lindsey Graham lors d’une audience de confirmation de la commission judiciaire du Sénat au Capitole, le 20 mars 2017. (AFP Photo/Brendan Smialowski)

« Je pense qu’il (MBS) est complice du meurtre de M. Khashoggi au plus haut niveau possible », a ajouté Lindsey Graham, pourtant un allié de Donald Trump au Sénat.

Plusieurs sénateurs démocrates se sont également dits « convaincus » par le briefing de la CIA.

Journaliste critique du pouvoir saoudien, M. Khashoggi vivait depuis 2017 aux Etats-Unis, où il collaborait pour le Washington Post.

MM. Corker et Graham ont reconnu l’importance de l’Arabie saoudite pour les Etats-Unis, notamment face à l’Iran. Mais aucun n’est prêt pour autant à fermer les yeux.

Le sénateur Bob Corker (Républicain-Tennessee), président de la Commission sénatoriale des relations étrangères lors d’une réunion de la Commission sénatoriale des relations étrangères au Capitole à Washington, DC, le 16 février 2017. (AFP/Zach Gibson)

« L’Arabie saoudite est un allié stratégique et cette relation vaut la peine d’être sauvée, mais pas à tout prix », a martelé Lindsey Graham. « Notre position dans le monde et notre sécurité nationale seront plus affectées si nous ignorons MBS que si nous nous occupons de lui ».

Mohammed ben Salmane « est fou, il est dangereux, et il a mis cette relation en danger » car il n’est pas « fiable », a-t-il également lancé.

Vote incertain sur le Yémen

Quelques sénateurs seulement avaient été conviés à cette rencontre avec Gina Haspel, parmi lesquels les chefs républicain et démocrate du Sénat, ainsi que les responsables des commissions liées aux questions de sécurité.

La réunion était très attendue par les parlementaires, qui s’étaient indignés la semaine dernière lorsque la directrice de la CIA n’avait pas répondu à leur invitation.

Les sénateurs avaient alors riposté avec un sévère coup de semonce en direction de Ryad, passant outre la position de la Maison Blanche. Une résolution pour cesser tout soutien militaire à l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen avait franchi avec une nette majorité, le 28 décembre, un premier vote au Sénat.

Mais son approbation définitive reste incertaine, et dépendra notamment des actions de l’administration Trump face aux dirigeants saoudiens.

Il serait plus simple que le gouvernement « s’exprime directement » que de trouver un texte de consensus, a souligné Bob Corker. « La loi est un objet tranchant qu’il est beaucoup plus difficile d’équilibrer parfaitement, mais c’est ce que nous devons faire puisque l’administration n’a pas, jusqu’à maintenant, adressé la question de façon appropriée ».

Le sénateur républicain, qui quittera le Sénat début janvier, réserve encore son vote sur la résolution concernant le Yémen.

Comme lui, plusieurs élus préféreraient un texte se centrant uniquement sur le rôle de Ryad dans le meurtre de Jamal Khashoggi. Les sénateurs travaillent encore à l’élaboration d’un texte qui rassemblerait un plus grand consensus, a-t-il précisé. Plusieurs autres textes circulent, notamment la proposition d’un gel des ventes d’armes à Ryad.

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, arrive à la conférence Future Investment Initiative à Riyad, la capitale saoudienne, le 24 octobre 2018. (Giuseppe Cacace/AFP)

Selon plusieurs médias américains, la CIA estime que l’assassinat a été commandité par le prince héritier saoudien. L’agence aurait comme preuve un échange de messages avec un proche conseiller supervisant l’opération, Saoud al-Qahtani, dans les heures précédant et suivant le meurtre.

Donald Trump n’a pas exclu que Mohammed ben Salmane ait été au courant du meurtre, mais il répète que « les Etats-Unis entendent rester un partenaire inébranlable de l’Arabie saoudite ».

Après une rencontre avec les mêmes sénateurs américains, le 28 novembre, son secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, avait affirmé que le rapport de la CIA ne contenait « aucun élément direct liant le prince héritier à l’ordre de tuer Jamal Khashoggi ».

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