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Analyse

Diphtérie en Australie et polio en Israël seraient des effets collatéraux du COVID

Deux cas de diphtérie en Australie et un début d'épidémie de polio en Israël ; les experts affirment que le phénomène est dû à la diminution des vaccins de base durant la pandémie

Image d'illustration : un jeune enfant reçoit un vaccin. (Crédit: dimamorgan12 via iStock by Getty Images)
Image d'illustration : un jeune enfant reçoit un vaccin. (Crédit: dimamorgan12 via iStock by Getty Images)

La polio. La diphtérie. Après plus de deux ans de pandémie de COVID-19, les vaccins pour enfants ont été lésés et des maladies depuis longtemps disparues de l’Occident refont surface.

Des nouvelles effrayantes en provenance de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, ont fait état ces derniers jours de l’hospitalisation de deux enfants atteints de diphtérie. La maladie avait disparu de cet État depuis les années 1990.

Cette nouvelle survient quatre mois après qu’Israël a connu son premier cas clinique de polio en plus de trois décennies, ainsi que plusieurs cas asymptomatiques. Depuis lors, le Royaume-Uni a également trouvé des traces de polio dans ses eaux usées.

Tout comme la résurgence de la polio ne s’est pas limitée à Israël, les experts affirment que la diphtérie pourrait bien être observée dans les pays occidentaux, au-delà de l’Australie. Il est « assurément » possible que l’on retrouve des cas de diphtérie également en Israël, a déclaré au Times of Israel le professeur Nadav Davidovitch, épidémiologiste et dirigeant du syndicat des médecins israéliens.

Malgré la distance qui sépare l’Australie d’Israël, les épidémies semblent raconter la même histoire : des parents inquiets et des routines médicales perturbées par la pandémie ont entraîné un relâchement des vaccinations de routine. Résultat : on assiste à un retour de maladies depuis longtemps éradiquées.

Israël doit se préparer à la résurgence de maladies considérées comme appartenant au passé, a déclaré Davidovitch. Il a ajouté que si la campagne de vaccination contre la poliomyélite a été un succès – comme l’a souligné jeudi le responsable national de la santé publique – elle pourrait encore faire une réapparition.

Un enfant israélien reçoit le vaccin oral contre la polio au bureau du ministère de la Santé à Beer Sheva, le 5 août 2013. (Crédit : Dudu Greenspan/Flash90)

Les statistiques ne laissent rien présager de bon. En Israël, la vaccination contre la méningite aurait diminué de 4 % au cours de la pandémie, tout comme la prise du vaccin DPT contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos. La couverture du vaccin contre l’hépatite A est passée de 91 % à 71 %.

Les experts affirment qu’il ne s’agit pas d’une baisse motivée par une idéologie des anti-vax, mais plutôt du résultat de parents qui, pendant plus de deux ans, ont dû faire face à des fermetures d’écoles et à des périodes où les pics de COVID les ont incités à se tenir éloignés des services hospitaliers.

Capture d’écran de la vidéo de Nadav Davidovitch, directeur de l’école de santé publique de l’université Ben Gurion en Israël. (Crédit : YouTube)

« La période du COVID a eu une influence sur les autres vaccins, notamment en retardant l’administration des piqûres ; bien sûr que cela a eu des conséquences », a déclaré Nadav Davidovitch, professeur à l’université Ben Gurion. « Cela est particulièrement vrai dans les populations difficiles à atteindre, et c’est ce qui s’est passé avec le faible taux de vaccination contre la polio dans certaines parties de la communauté ultra-orthodoxe. »

Dr. Michal Shtein, directrice de l’unité des maladies infectieuses pédiatriques de l’hôpital Sheba près de Tel Aviv, a commenté : « Nous nous sommes inquiétés de cette situation et, en effet, ce que nous redoutions s’est produit. Cela montre que la pandémie a entraîné une diminution des vaccins de routine et, par conséquent, que cela laisse craindre une propagation de ces maladies dans la société. »

Davidovitch a déclaré qu’il voyait un risque particulièrement élevé d’oreillons, de rougeole et de coqueluche. « Tous les vaccins qui sont compris dans les programmes de vaccination de routine souffrent d’une couverture vaccinale plus faible qu’avant la pandémie », a-t-il déclaré. « Toutes les maladies contre lesquelles nous vaccinons nos enfants  présentent des risques si les taux de vaccination ne sont pas élevés. »

Au Royaume-Uni, un groupe parlementaire multipartite a affirmé que la découverte de la polio dans les égouts reflétait les conséquences des restrictions de confinement et de la « focalisation étroite » sur les vaccins COVID, ce qui signifie que les autres vaccinations de routine ont eu tendance à être mis de côté.

Les experts australiens s’inquiètent également des niveaux des couvertures vaccinales.

Chris Maher, conseiller principal en matière de vaccins auprès de l’UNICEF Australie, a déclaré que les cas de diphtérie soulignaient la nécessité d’augmenter le nombre de vaccins : « C’est une maladie que nous associons à une époque plus ancienne », a-t-il commenté, selon le Sydney Morning Herald. « Nous ne l’associons pas à notre société actuelle car nous savons que si les gens étaient vaccinés, cela ne se produirait pas.

« Le fait qu’elle soit réapparue devrait être un choc pour nous, et devrait nous encourager en tant que communauté à atteindre des niveaux élevés de couverture vaccinale afin de protéger nos enfants. »

En Israël, la communauté ultra-orthodoxe est particulièrement concernée, car les taux de vaccination y sont généralement plus faibles, et comme les communautés vivent dans des zones à forte densité, le risque de propagation est plus élevé. Mais selon Shtein, le défi est généralement moins complexe qu’on ne le pense.

« Il y a bien quelques personnes qui s’opposent à la vaccination, mais elles ne représentent qu’une petite minorité, et ce sont plutôt les difficultés pratiques liées à la gestion de familles nombreuses qui freinent les taux de vaccination », a commenté Shtein. Selon elle, si les prestataires de soins de santé peuvent trouver des moyens d’offrir un accès pratique aux vaccins, cela pourrait augmenter le taux de participation.

Elle fait remarquer que la sensibilisation est également efficace et que la campagne du ministère de la Santé en faveur des vaccins contre la polio a un fort impact.

Davidovitch pense que la baisse des taux met en évidence la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation. « Il est urgent d’investir dans des mesures incitatives, de renforcer les effectifs et de cibler les groupes difficiles à atteindre », a-t-il commenté. « Nous devons être beaucoup plus proactifs et innovants dans la promotion de la santé et la sensibilisation ciblée, cela doit être durable car cette crise est malheureusement partie pour durer. »

« Lorsqu’il y a une approche proactive, en ciblant les populations difficiles à atteindre, en utilisant l’expérience passée et en faisant usage des connexions avec la communauté, a-t-il ajouté, comme nous l’avons vu avec la polio, à Jérusalem, on peut atteindre des résultats considérables. »

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